Bio 9 mai 2025

Des terres coexploitées pour rentabiliser les grains bio

SAINT-PIE – Croître en grandes cultures biologiques et rentabiliser les coûts de production élevés n’est pas une mince affaire. C’est pourquoi deux agriculteurs de la Montérégie exploitent conjointement 120 hectares de maïs, de soya et de blé appartenant à leur ferme respective. En partageant toutes les dépenses et en répartissant les bénéfices, à la fin de l’année, ils sécurisent leurs revenus et amoindrissent les risques. 

« On se regroupe sous une coexploitation pour avoir une plus grande force, avec plus d’hectares », résume l’un des deux partenaires, Gabriel Beauchemin, qui est à l’origine du projet. La Terre lui a rendu visite le 2 mai, à l’aube de la période des semis. 

Depuis deux ans, Pierre Renard et lui, qui ont chacun leur ferme et leurs terres, à Saint-Pie, en Montérégie, partagent les frais de machinerie et d’achat de semences, puis se dégagent un salaire horaire par l’entremise d’une entité tierce. Cette dernière encadre l’exploitation conjointe de 120 hectares en régie biologique ou en transition, de la mise en terre des semis jusqu’à la vente de grains. À la fin de l’année, les partenaires partagent les revenus totaux, au prorata des superficies détenues par chacun.  

La coexploitation, c’est l’entreprise centrale de gestion. Elle ne détient aucune terre. Elle ne possède que la machinerie et le certificat biologique. C’est elle qui récolte les grains, entrepose les grains, vend les grains, puis, à la fin de l’année, répartit le bénéfice.

Gabriel Beauchemin

« On fait un pool pour les dépenses. On prend toutes les ventes de grains, que ça ait poussé chez lui ou chez moi, et après, on divise le revenu à l’hectare. »

Un tel modèle coopératif, affirme l’agriculteur, requiert une très grande confiance entre les partenaires et beaucoup d’entraide, car si les terres de l’un produisent moins, une année, l’autre accepte que ses terres viennent compenser, au profit de tous.

« Mais, c’est une sécurité », ajoute Pierre Renard, qui est copropriétaire d’une ferme familiale. « On répartit les risques et on va vraiment chercher des économies d’échelle. »

Un troisième partenaire sous peu

Une troisième personne est en processus d’intégrer le projet, de sorte que les superficies en coexploitation pourraient passer à 175 hectares, dès 2026. 

« L’avantage avec ce modèle, c’est que c’est élastique. On peut ajouter des terres et on peut en enlever. De nouvelles fermes peuvent embarquer », fait valoir Gabriel Beauchemin. 

Jusqu’à présent, 60 hectares lui appartiennent, les 60 autres étant détenus par Pierre Renard et sa famille. Le troisième joueur, qui préfère ne pas être nommé pour l’instant, viendrait ajouter 55 hectares au « pool » à court terme. À plus long terme, il est prévu que d’autres superficies sous régie conventionnelle, dont les partenaires prévoient faire l’acquisition, soient converties en biologique et intégrées au projet. 

À 120 hectares, il en manque encore un peu, pour absorber les coûts de machinerie et être vraiment rentable. Mais là, on va embarquer une troisième [personne] et ajouter des superficies à coexploiter, ce qui devrait aider.

Gabriel Beauchemin

Pour l’instant, ce dernier ne fait pas fortune, mais affirme pouvoir s’accorder un salaire décent et vivre de l’agriculture.

Une porte d’entrée vers le bio

Pierre Renard, qui possède une ferme de grandes cultures conventionnelle de près de 500 hectares avec sa famille, ne cherche pas à faire des profits et à vivre de l’agriculture par l’entremise de la coexploitation, contrairement à son partenaire.

Pour cet agriculteur, qui a l’environnement à cœur, c’est plutôt une occasion d’essayer la culture sous régie biologique, à faibles risques. Il bénéficie, par ailleurs, de l’expertise de Gabriel Beauchemin, qui l’aide à convertir une partie de ses superficies, soit les 60 hectares qu’il intègre à la coentreprise.

« Mon frère et mon père ne voulaient pas embarquer. Notre entreprise en conventionnel est bien établie et l’argent rentre, alors, ils se disaient : “Pourquoi prendre une chance avec le bio?” » raconte Pierre Renard, dont la famille a une vision de l’agriculture plus conservatrice que la sienne. 

« Mais avec la coexploitation, qui vient répartir les risques, j’ai pu les convaincre d’essayer. En plus, ils voient que ce qu’on fait, jusqu’à présent, ça fonctionne. On est capables de produire sans pesticides », constate celui qui a toujours été curieux de tester les grandes cultures biologiques.