Les quatre copropriétaires de la Ferme Ludrey et Fils : Bastien Tétreault, Mélissa Lemieux, Lorraine St-Pierre et Luc Tétreault, accompagnés d’Augustin et Adélie. Photos : Marie-France Létourneau
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SAINT-VALÉRIEN-DE-MILTON – La dernière année a été chargée pour la famille Tétreault, de Saint-Valérien-de-Milton, en Montérégie. Pas parce qu’elle a décidé d’augmenter sa production ou de revoir ses activités, mais plutôt parce que son entreprise agricole s’est retrouvée au cœur d’une opération complexe qui a permis à la fois de revoir sa structure fiscale et d’intégrer la relève dans sa gestion.
Les efforts et le travail de Luc Tétreault, de Lorraine St-Pierre et de leur fils Bastien, accompagnés de la conjointe de celui-ci, Mélissa Lemieux, ont d’ailleurs été récompensés. Le prix Réussite entrepreneuriale a été remis à la Ferme Ludrey et Fils, dont ils sont propriétaires, lors du récent Gala Agristars de la Montérégie.
On avait quatre compagnies, ou identités différentes, et on a ramené ça à deux. Ça a été tout un branle-bas de combat.
« On s’est fait dire que c’était compliqué, nos affaires, parce que, souvent, les gens partent d’une entreprise incorporée pour aller vers une société en nom collectif (SENC), ajoute-t-il. Mais, nous, on a fait le contraire. On a flippé une SENC en une compagnie incorporée. C’était plus avantageux d’un point de vue fiscal. »
Pour ajouter un degré de complexité à l’opération, Bastien a fait, en son nom personnel, l’acquisition d’une terre et d’une exploitation porcine de 300 places — dans le cadre d’un transfert non apparenté —, alors que les démarches visant le transfert de la ferme familiale venaient à peine de débuter.
Morale de l’histoire, affirme Luc Tétreault : il ne faut pas hésiter à s’entourer de gens compétents, dont des fiscalistes, car il est facile d’en perdre son latin. Et il faut prévoir du temps, renchérit Lorraine St-Pierre, sa conjointe et associée, car les formalités administratives à remplir, entre autres celles liées au changement de nom de la ferme, sont largement sous-estimées.
La famille de producteurs de porcs s’est lancée dans cette aventure après avoir participé, avec d’autres producteurs agricoles, à une formation offerte par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec sur le transfert d’entreprise. Les démarches ont entre autres été réalisées avec le groupe de services-conseils ProGestion et différents professionnels.
Luc Tétreault et Lorraine St-Pierre, qui, outre Bastien, ont trois filles qui ne s’impliquent pas dans la ferme, souhaitaient faire les choses correctement pour assurer la pérennité de l’entreprise et en optimiser la fiscalité.
À l’heure actuelle, il ne reste pratiquement que la convention des actionnaires à signer. Les testaments du couple seront également revus à court terme dans un souci d’équité envers les autres membres de la famille.

D’un à trois sites
À une époque, la ferme familiale du 10e rang, à Saint-Valérien-de-Milton, comptait une petite maternité porcine et près d’une cinquantaine de vaches laitières. Mais le volet laitier a été abandonné lorsque Lorraine et Luc ont pris la relève des parents de ce dernier. En plus de miser sur le volet naisseur-finisseur, Luc Tétreault, fortement intéressé par la génétique, a commercialisé des truies F1 (issues de croisement de parents pur sang) jusqu’à ce que le syndrome reproducteur et respiratoire porcin ait fait des ravages dans la région en 2006.
Les années suivantes n’ont pas été faciles, affirme le producteur. La situation s’est toutefois stabilisée en 2011 pour la famille, propriétaire d’une porcherie de 1 500 places. Elle a signé un contrat de production à forfait avec un intégrateur.
J’ai toujours su que je voulais reprendre la ferme. J’y pensais déjà quand j’étais tout petit.
Un deuxième site de production de taille similaire, également consacré à l’engraissement, a par la suite été acquis, à Saint-Valérien-de-Milton, en 2014. En incluant les installations reprises par Bastien l’an dernier, la famille Tétreault produit désormais quelque 8 600 porcs par année. Elle cultive également du maïs, du soya et du blé sur un peu plus d’une centaine d’hectares.
Même s’il a suivi un cours de mécanique d’engins de chantier à Québec, Bastien, le benjamin de la famille, aujourd’hui père de deux enfants, s’est toujours impliqué dans les activités de la ferme. Il a entre autres travaillé comme mécanicien chez un fournisseur de machinerie agricole à Saint-Hyacinthe, mais, depuis trois ans, il se consacre à temps plein à la Ferme Ludrey et Fils.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la famille Tétreault est engagée dans son milieu. En plus d’agir à titre de vice-président du bassin versant du ruisseau des Aulnages, Luc Tétreault est conseiller municipal à Saint-Valérien-de-Milton depuis 16 ans. Lorraine St-Pierre, elle, est responsable des premiers répondants locaux, tandis que Bastien est pompier volontaire.
Qui sait, à voir l’empressement et le plaisir avec lequel Augustin, le fils de Bastien, âgé de deux ans, empoigne une clé pour « réparer » un tracteur, la relève pourrait bien être au rendez-vous à la Ferme Ludrey et Fils.
Le bon coup de l’entreprise
L’achat, en 2014, d’un deuxième site de production de 1 600 places, situé à proximité de la ferme familiale de Saint-Valérien-de-Milton, est sans conteste un des bons coups de l’entreprise, affirme de façon spontanée Luc Tétreault. « Ça nous a vraiment aidés parce que ça a amené un revenu supplémentaire », fait-il valoir. Ce faisant, la Ferme Ludrey et Fils a doublé son cheptel et son chiffre d’affaires, souligne-t-il. À l’époque, cela faisait quelques années à peine que les Tétreault avaient décidé de réserver leurs installations à l’engraissement des porcs en vertu d’un contrat de production à forfait avec un intégrateur. Cette spécialisation de la production s’est aussi révélée profitable, selon la famille de producteurs de porcs.

3 conseils pour… intégrer la relève
Communiquer
« Ça a l’air facile, mais quand on est dans le bain, c’est une autre affaire », lance Lorraine St-Pierre. Même si les semaines, et parfois les saisons, se déroulent à la vitesse grand V, il faut savoir exprimer tout ce qui nous importe et, surtout, ce qui nous contrarie, estiment les membres de la famille Tétreault.
Se mettre à jour régulièrement
Dans ce même esprit de communication, il est bon de prendre un temps d’arrêt régulier pour peaufiner le plan de match et les activités à venir, question que tous soient sur la même longueur d’onde. « Ça devrait être une fois par semaine, minimum », croit Bastien Tétreault.
Être transparent
La transparence s’impose lors d’un transfert d’entreprise dans lequel tous les membres de la famille ne sont pas concernés, souligne Lorraine St-Pierre. « Il ne faut pas avoir peur de parler aux autres enfants de la valeur des choses et de la façon dont le partage des biens est envisagé », dit-elle.
Ça a l’air facile [de communiquer], mais quand on est dans le bain, c’est une autre affaire.

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Ludrey et Fils |
| Spécialité : | Production porcine |
| Année de fondation : | 2024 |
| Nombre de générations : | 4 |
| Noms des propriétaires : | Luc Tétreault, Lorraine St-Pierre, Bastien Tétreault et Mélissa Lemieux |
| Superficie en culture : | 115 hectares, dont 15 loués |
| Production annuelle : | 8 600 porcs |
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