Compaction des sols : une approche basée sur l’équilibre

« Les roues doubles, c’est une solution éprouvée », indique Geneviève Régimbald, une proposition qui vient à contre-courant des solutions souvent proposées pour contrer le problème de compaction des sols, comme les tracteurs à chenilles ou les pneus basse pression. Dans les ateliers qu’elle présente aux producteurs sur l’équilibrage des tracteurs et l’ajustement de la pression des pneus, la conseillère en agriculture et en santé des sols au MAPAQ en Estrie et membre de la Caravane santé des sols vient bousculer les idées reçues. 

En effet, si les impacts néfastes de la compaction des sols sur le rendement des cultures font consensus, il en va tout autrement des solutions proposées pour amoindrir l’effet des passages répétés de la machinerie agricole dans les champs.

« L’idéal, c’est de répartir la charge de nos machineries sur plus de roues et plus d’essieux si possible. » – Geneviève Régimbald conseillère en agriculture et en santé des sols au MAPAQ

La compaction a pour conséquence de diminuer la porosité du sol, c’est-à-dire de réduire, sinon éliminer, ces petits trous sous terre remplis d’oxygène qui permettent aux racines de respirer et aux communautés bactériennes de prospérer. Un sol compacté au-delà de 50 cm (20 po) est considéré comme irréversible parce que les outils de travail de sol profond sur le marché parviennent à ce seuil au maximum de leurs capacités. 

Geneviève Régimbald, quant à elle, préconise pour affronter cet enjeu une approche basée sur l’équilibre, c’est-à-dire une répartition des charges sur le tracteur et un ajustement de la pression des pneus en fonction de la charge. 

On essaie de viser une pression de 12,5 psi [livre par pouce carré] par pneu et de respecter une charge à la roue maximale de 3 500 kg. L’idéal, c’est de répartir la charge de nos machineries sur plus de roues et plus d’essieux si possible.

Geneviève Régimbald

Des solutions remises en question

Les pneus basse pression, qui sont plus larges et permettent des charges et des vitesses assez élevées et de descendre parfois jusqu’à aussi peu que 6 psi – c’est-à-dire la moitié moins que la pression proposée par Geneviève Régimbald –, s’avèrent attirants, mais ne sont pas sans défaut, croit-elle. 

« C’est beaucoup moins de manipulation que de passer en roues doubles, mais si vous utilisez ce genre de pneu-là sans réduction de charge sur votre tracteur, vous ne ferez pas de compaction de surface, mais vous allez quand même faire de la compaction en profondeur, c’est-à-dire celle qui va jusqu’à 50 cm et qui est irréversible. »

De plus en plus populaires, les systèmes à chenilles sont souvent vantés pour leurs avantages, surtout au niveau du psi moins élevé que les pneus radiaux. « Dans le cas de la chenille, les charges sont concentrées surtout sur de petits rouleaux centraux qui vibrent en permanence. Ce qui fait que sous chacun de leurs passages, il y a une onde de choc qui se passe dans le sol. Ces petits rouleaux supportent 80 % de toute la charge de mon tracteur. C’est comme si on passait un rouleau compacteur dans le champ finalement », résume Geneviève Régimbald.

Abaisser la pression des pneus tout en répartissant les charges sur le tracteur est une avenue intéressante, mais nécessite de prendre des précautions afin d’éviter de déjanter. « Si je traîne une citerne de lisier à l’arrière, je dois dans mes calculs de répartition de poids prendre le scénario de la charge la plus lourde », précise Geneviève Régimbald. 

À 12,5 psi, il y a également un risque de déjanter dans le cas où la roue serait soumise à une traction diagonale. « Il faut toujours se fier à la charte des pneus. Tendez vers le 12,5 psi, mais sachez qu’à 15, vous êtes moins pire qu’à 30 psi. Et si vous roulez en roues doubles, vous pourriez mettre un peu plus de pression dans la roue externe parce qu’elle fait un plus grand rayon de braquage », conclut la conseillère du MAPAQ.