Le but de la démarche est d’aider les fermes de moins de 140 kilos à croître et à augmenter leurs revenus plus vite, dans un contexte où elles auront d’importants investissements à faire pour le bien-être animal d’ici 2027. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantSAINT-HYACINTHE – Après avoir débattu pendant plus d’une heure, les Producteurs de lait du Québec (PLQ) réunis en assemblée générale annuelle, le 17 avril, ont finalement voté majoritairement en faveur d’un changement réglementaire qui permettra aux fermes de moins de 140 kilos d’acquérir plus de quota chaque mois. Cela signifie toutefois que les entreprises de plus grande taille en obtiendront moins.
« Avec les changements, les deux tiers des fermes obtiendraient plus de quota qu’avec les règles actuelles », a précisé la directrice de la recherche économique aux PLQ, Florence Bouchard Santerre, avant la présentation de la résolution.
Présentement, la moitié du quota à vendre chaque mois par l’entremise du Système centralisé de vente de quota (SCVQ) est répartie à parts égales entre les demandeurs. L’autre moitié est distribuée au prorata du quota détenu par chaque acheteur, de sorte que les plus gros producteurs obtiennent la plus grosse part du gâteau. Pour favoriser une meilleure équité entre les fermes, peu importe leur taille, la modification réglementaire fera en sorte que 100 % du quota disponible mensuellement sera réparti également entre les demandeurs.
Le but de la démarche est d’aider les fermes de moins de 140 kilos à croître et à augmenter leurs revenus plus vite, dans un contexte où elles auront d’importants investissements à faire pour le bien-être animal d’ici 2027.
Plus de 50 % des fermes auront des changements à apporter en vertu du code de pratique. Et 80 % des fermes qui auront des changements à faire sont des fermes de 100 vaches [120-140 kilos] ou moins.

Selon des projections des PLQ présentées dans les régions, cet hiver, environ 800 fermes sont susceptibles de mettre la clé sous la porte d’ici 2030. On anticipe que 95 % des départs seront des entreprises de 100 kilos de quota et moins pour qui la mise aux normes sera une bouchée particulièrement difficile à avaler.
« On s’est demandé ce qu’on peut faire pour freiner ça. Moi, mon but, c’est qu’on soit encore 4 215 en 2030 », a affirmé le président des PLQ, Daniel Gobeil. Il est prévu que la modification entre en vigueur dans les prochains mois.
Loin de faire l’unanimité
Avant d’être soumise au vote, la proposition de changement réglementaire a suscité un long débat et de nombreux échanges, parfois émotifs. Si la majorité de la salle s’est finalement prononcée en faveur, plusieurs producteurs, notamment des représentants de grandes fermes qui ne pourront plus acquérir autant de quota qu’avant, ne l’étaient pas. Il a fallu compter les votes avant que la résolution, qui avait déjà été adoptée majoritairement dans les assemblées régionales, le soit aussi au provincial.
« Si on fait un recul de 25 ans, dans l’entreprise, on est partis […] avec un quota de 100 kilos. Aujourd’hui, on en a six fois plus », a témoigné Gervais Pelletier, de Chaudière-Appalaches, faisant valoir que la réglementation actuelle permet déjà une acquisition rapide de quota en achetant le maximum chaque mois.
« On peut être accommodant comme grande ferme, mais on pourrait y aller avec un règlement moins drastique que ça », croit-il.
« Il ne faut pas oublier que les fermes qui démarrent n’ont pas eu accès à la croissance rapide qu’on a eue en 2016-2017 », a répondu la productrice Ana Maria Martin, qui s’est prononcée en faveur de la modification réglementaire. « Ces fermes-là vont toujours être à la traîne par rapport aux autres. On n’a pas à les blâmer et à leur dire qu’elles auraient dû [commencer à acheter du quota avant]. Chaque ferme a son histoire et a le droit de pouvoir avancer aujourd’hui, également », a-t-elle soulevé.
Renaud Lachance, qui possède une grande ferme, est d’avis que les gros producteurs peuvent se permettre de « donner au suivant ».
« On a un petit bout à faire. Ce n’est pas ça qui va mettre mon entreprise dans le trouble, à la grosseur que j’ai », a-t-il fait valoir.
D’autres se sont avoués mal à l’aise de se prononcer sur cette question qui « divise les producteurs », dans un contexte où l’industrie aurait plutôt intérêt à se serrer les coudes face à Donald Trump.
« Ce matin, je suis déchiré et je trouve ça décevant, a dit Justin Bessette. Vous avez choisi le moins bon timing pour faire passer ça. On a besoin des petites fermes autant que des grandes fermes. […] Tout le monde craignait de l’amener, cette résolution-là […]. Vous mettez les producteurs dans une situation très inconfortable », a-t-il plaidé.
Dominic Drapeau, du Centre-du-Québec, a signifié qu’un groupe de producteurs dont il fait partie a l’intention de contester le changement de règlement devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. Il a suggéré d’en repousser l’adoption et d’atténuer les mesures proposées.
« Oui, avec les Américains, c’est un défi, mais on a aussi un autre gros défi particulier au Québec, et c’est celui [des normes] pour 2027 », a répondu la directrice générale des PLQ, Geneviève Rainville, rappelant que le changement proposé se base sur plusieurs études et analyses externes qui ont été réalisées. « On est en 2025. L’exigence de liberté de mouvement, c’est demain matin », a-t-elle insisté.

La gestion de l’offre au cœur des discussions
La protection de la gestion de l’offre, dans le contexte politique actuel, a été au cœur des discussions, lors de l’assemblée générale annuelle des Producteurs de lait du Québec. Le président, Daniel Gobeil, a donné le ton à la journée dans son discours, le 16 avril.
Estimant positif que la gestion de l’offre soit sous les projecteurs, durant la campagne électorale et dans les médias, il a insisté sur l’importance que le prochain gouvernement prenne un « engagement clair et sans compromis » pour la protéger.
« Plusieurs engagements ont été pris déjà [de la part des partis politiques]. C’est un bon départ, mais nous, on veut plus de clarté. […] Il faut mettre la gestion de l’offre non négociable », a-t-il martelé.