Forêts 25 avril 2025

Visite d’une pouponnière de la forêt québécoise

GUYENNE —Malgré l’épaisse couche de neige qui recouvre encore le sol, le printemps est déjà bien installé dans l’environnement contrôlé des Serres coopératives de Guyenne, situées au cœur de la forêt boréale, dans le nord de l’Abitibi. De minuscules tiges commencent à sortir des cavités de milliers de contenants alignés en rangs d’oignons sur près de quatre hectares : les plus grandes, qui font un peu plus d’une dizaine de centimètres, sont des pins gris ensemencés il y a un mois, alors que celles de moins de cinq centimètres sont des épinettes noires. Bienvenue dans la plus grande pépinière privée de la province, destinée à alimenter le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) du Québec en plants forestiers pour le reboisement.

Éric Joly

La vaste majorité de ces plants, près de 99 % de la production, est ainsi vendue au MRNF pour le reboisement des régions forestières de l’Abitibi-
Témiscamingue et du Nord-du-Québec, précise le directeur de la production, Éric Joly. 

Dans les octrois de contrats du ministère pour la production de plants forestiers, c’est nous qui avons le plus gros volume. Les volumes sont distribués aux pépinières en fonction de leur superficie, mais aussi prioritairement en fonction de la localisation des sites à reboiser.

Éric Joly

Effets à retardement des feux de forêt

L’agronome dit ne pas avoir craint pour les infrastructures lors du plus récent épisode de feux à être survenu dans la région, il y a 2 ans, alors que des centaines d’animaux de ferme avaient alors dû être déplacés en urgence de Normétal et Dupuy à moins de 100 km à l’ouest. Mais la qualité de l’air a été une préoccupation pour les 80 travailleurs des serres, dont près d’une trentaine de travailleurs étrangers temporaires guatémaltèques. 

Éric Joly ajoute que contrairement à ses attentes, il n’y a pas eu d’augmentation des volumes l’an dernier pour compenser les pertes — le gouvernement du Québec avait annoncé 200 M$ sur 8 ans pour reboiser 25 000 hectares de forêt brûlée. Mais c’est seulement cette année que la pépinière sent un « retour de balancier ». 

« On a une augmentation de volume par rapport à l’année passée. Et aussi une augmentation de volume en plants. J’ai l’impression que ça commence à paraître qu’ils veulent reboiser les secteurs du nord qui ont été affectés par les feux. Dans le nord, généralement, ce sont des plus petits plants, donc plus de plants par mètre carré », explique-t-il, évaluant que bon an, mal an, les Serres coopératives de Guyenne livrent au ministère entre 18 et 20 millions de plants forestiers qui doivent d’abord passer un ou deux hivers sous le couvert neigeux avant d’être plantés en forêt publique. 

L’esprit coopératif de la « Petite Russie » toujours présent

Les feux ne sont pas le premier événement qui force les Serres coopératives de Guyenne à se serrer les coudes. La concentration des chaînes d’approvisionnement des géants de l’alimentation et des grandes surfaces dans le sud de la province les ont forcées à abandonner la production de tomates et de fleurs au tournant des années 2010. 

Mais l’esprit coopératif est toujours présent dans la petite bourgade de moins de 200 irréductibles qui a hérité du surnom de la « Petite Russie » en raison de son organisation sous le modèle coopératif et la prise de décisions collectives lors d’assemblées citoyennes.

« Avoir une entreprise de l’envergure des Serres coopératives de Guyenne avec un chiffre d’affaires entre 4,2 et 4,5 M$ à Guyenne, si ce n’était pas de la [forme juridique de la] coop, je ne sais pas si ça serait possible. Les gens sont vraiment attachés à leur coop. On essaie de prendre soin au maximum de notre
monde », relate Éric Joly, précisant que les membres le lui rendent bien, car parmi la trentaine de membres, près des deux tiers ont plus de
17 ans d’ancienneté.