Chèvres 22 avril 2025

Marche arrière pour la mise en marché laitière caprine

NOTRE-DAME-DU-BON-CONSEIL – Après avoir œuvré pendant plus de quatre ans à centraliser la vente de lait de chèvre dans la province, le conseil d’administration (C. A.) des Producteurs de lait de chèvre du Québec (PLCQ) a proposé, en assemblée générale annuelle le 15 avril, un plan d’action prévoyant reprendre l’établissement de contrats de gré à gré entre les éleveurs et les acheteurs. 

La mesure vise à aider les deux nouveaux producteurs qui souhaitent démarrer en production laitière caprine à obtenir du financement, a expliqué à La Terre la présidente des PLCQ, Sylvie Girard. « La Régie [des marchés agricoles] a suggéré de faire un règlement de producteurs. Nous, on s’est orientés vers ça à l’époque avec Rémi Hudon [l’ancien président des PLCQ], mais à un moment donné, les processus étaient longs, et en plus d’être longs, ils étaient très onéreux et la gestion de ça était onéreuse également. Ce n’est pas tout de mettre un système en place. Après, il faut que tu sois capable de l’opérer. Là, ça fait deux ans qu’il n’y a rien qui se fait. On a dit “Tiens, on va laisser aller le marché”, [car] de toute façon, il manque de lait. Et là, on arrive avec une proposition parce qu’on a des gens qui veulent démarrer en production, puis ils ont de la difficulté à aller chercher du financement, des subventions, parce qu’ils n’ont pas d’entente de mise en marché entre eux et un acheteur », soutient-elle. 

Rappelons que le secteur a connu de nombreux soubresauts dans la dernière décennie en raison, notamment, d’un prix qui ne permettait pas de couvrir les coûts de production des éleveurs, d’une instabilité des approvisionnements ainsi que d’une mauvaise qualité du lait pour les acheteurs. Conséquemment, de 61 en 2018, le nombre d’éleveurs est descendu à 27 en 2024. Les volumes livrés aux usines se sont toutefois accrus de 5 % en 2024 par rapport à 2023 en raison de consolidations de fermes. 

À la fin de 2022, la négociation de la convention 2022-2025 a mené à l’obtention d’un prix historique pour les éleveurs. Dans la balance pour les acheteurs, il devait y avoir des garanties d’approvisionnement et d’adoption d’un projet de règlement censé structurer l’offre de volumes des producteurs. Les éleveurs sont parvenus à améliorer la qualité du lait et ont mis sur pied un outil informatique de gestion des volumes produits, mais il faudra investir davantage pour qu’il fonctionne adéquatement. Des problèmes liés au transport persistent également. 

Changement de vision

L’élection de l’actuel conseil d’administration, en avril 2023, a apporté un « changement de vision important sur la mise en marché du lait de chèvre », souligne le rapport d’évaluation périodique du plan conjoint des PLCQ dévoilé par la Régie en décembre dernier. On note également que la situation financière « préoccupante » de l’organisation limite, entre autres, l’embauche d’une ressource permanente pour aider le conseil d’administration, qui soutient l’organisation « à bout de bras ».

Le plan d’action des PLCQ prévoit délaisser la répartition des volumes et encourager les éleveurs à revenir à l’ancienne méthode, soit de conclure leurs ententes d’approvisionnement de gré à gré avec les acheteurs.

La convention de mise en marché, elle s’occupait de cinq choses : des assurances générales, de la qualité du lait, dont on s’occupe encore, du bien-être animal, du prix, et de la répartition des volumes. Mais là, en enlevant la répartition des volumes, il reste quand même les quatre autres éléments dont on peut continuer de s’occuper collectivement.

Sylvie Girard

Saputo, qui achetait 60 % des volumes de lait de chèvre produits au Québec en 2022, soutient la démarche des PLCQ. « Un acheteur va pouvoir bâtir un marché, maintenir un marché et faire croître un marché s’il y a une garantie associée, s’il y a une prévisibilité et s’il est en contrôle de son approvisionnement. Avoir une mécanique qui t’amène le même lait toutes les semaines, ce n’est pas nécessairement une situation, pour moi, qui est durable et qui va amener de la croissance. Je suis capable d’évoluer dans n’importe quel système, mais la finalité du système amène une résultante différente », a indiqué Julie Paquin, la représentante de Saputo, le seul acheteur présent à l’assemblée. 

Le rapport de la Régie soulève toutefois des doutes quant à la façon de faire préconisée par l’organisation. « La Régie ne remet pas en question la volonté des producteurs exprimée par le C. A. des PLCQ. Elle rappelle toutefois que le secteur du lait de chèvre est soumis à un plan conjoint, et que les PLCQ sont responsables de son application. Ils ont, par ce plan, tous les pouvoirs, devoirs et attributions prévus par la Loi, et donc la responsabilité d’assurer la mise en marché efficace et ordonnée du lait de chèvre. Les orientations prises par le C. A. laissent perplexe quant à la volonté et à la capacité des PLCQ à jouer ce rôle. »  

Tenue à bout de bras par ses administrateurs

Dans son rapport d’évaluation périodique du plan conjoint dévoilé en décembre, la Régie de marchés agricoles et alimentaires du Québec estime que la situation financière des Producteurs de lait de chèvre du Québec est préoccupante. La diminution du nombre de producteurs et du volume de lait vendu a fait réduire les revenus de l’organisation de près de 140 000 $ en 2018 à 84 000 $ en 2022. De plus, les PLCQ ont une dette d’environ 85 000 $ envers l’Union des producteurs agricoles. Cette situation financière contraint « de façon importante la capacité d’agir de l’organisation », lit-on dans le rapport, notamment pour instaurer des mécanismes visant à assurer la mise en marché efficace et ordonnée du lait de chèvre. « L’accès à des ressources juridiques pour accompagner l’office dans la rédaction de projets de règlements ou de conventions est restreint en raison des coûts de ces services. La possibilité d’embaucher des ressources permanentes pour l’administration et la gestion de l’office est également limitée. Il en résulte que ce sont les producteurs membres du C. A. qui tiennent l’organisme à bout de bras. Comme ils sont très peu nombreux, un certain essoufflement se fait sentir », observe le rapport.