Bovins 24 avril 2025

Étouffé par le prix des veaux, il met la clé sous la porte

Après huit années en production à Val-d’Or, en Abitibi-Témiscamingue, André Leclerc, un éleveur biologique de bœufs nourris à l’herbe, a cessé ses activités au début de l’année en raison de la hausse constante du prix des veaux.  

« Je faisais de la vente directement au consommateur. Puis là, avec les prix [du veau] qui sont partis en fou, au prix qu’il faudrait que je vende aux consommateurs, c’est devenu trop, trop compliqué », dit-il. 

En décembre 2022, le manque de main-d’œuvre a incité M. Leclerc à changer son modèle d’affaires. Dépassé par le travail engendré par un troupeau de 200 têtes, le producteur s’est résolu à vendre 50 vaches à un confrère de la région, mais à en conserver les veaux pour l’engraissement. « Mon raisonnement était qu’en Abitibi-Témiscamingue, il y a 10 000 veaux qui sortent de la région. Je [me disais, après avoir élevé ceux-là pendant deux ans,] que j’allais être capable de m’en trouver », dit-il. L’éleveur qui lui a acheté ses vaches lui assurait même de l’approvisionner avec son ancien troupeau si M. Leclerc lui achetait les veaux au prix du marché. Cela lui aurait permis de commercialiser la même viande auprès du consommateur. « Mais là, monter à 8 $ [la livre carcasse], ce n’est pas tout le monde qui était prêt à dire ‘‘oui, j’en achète’’ », fait-il valoir. 

Selon lui, le consommateur est financièrement en « récession » et lorsque l’éleveur chargeait 7 $/lb carcasse en 2024, il vendait un demi-bœuf à 3 000 $-3 500 $. Aujourd’hui, le prix devrait avoisiner 4 000 $- 4 500 $, un prix auquel le consommateur « n’est plus habitué ». L’autre option est de vendre à la pièce. Toutefois, cela implique de faire une échelle de prix pour équilibrer les ventes entre les pièces prisées, telles que le faux-filet, le contre-filet et le bifteck d’aloyau, et le reste de la carcasse.

À un moment donné, quand tu lâches un steak sur la table à 40 $, le monde te regarde. Ce n’est pas tout le monde qui peut se permettre ça.

André Leclerc

L’éleveur n’a pas non plus été en mesure de tirer avantage de la plus-value offerte par la certification biologique, nécessaire pour approvisionner le marché de Montréal au début de l’aventure. Au fil du temps, le prix de la carcasse biologique ne s’est pas accru aussi rapidement que celui de la production conventionnelle et l’écart entre les deux s’est resserré. Le producteur a arrêté de livrer à Montréal, il y a deux ans. 

On lui a conseillé de faire abattre ses bouvillons à un poids moins élevé qu’à l’accoutumée, mais il était moins à l’aise de vendre une carcasse moins lourde pour le même prix au consommateur. À 59 ans, il a préféré tout arrêter. À la mi-avril, il cherchait toujours à écouler le foin qui lui restait.  

Photo : Gracieuseté d’André Leclerc