Oeufs 14 avril 2025

La pédale à fond sur la production d’œufs d’incubation

BELŒIL – Les producteurs d’œufs d’incubation du Québec doivent mettre la pédale à fond pour répondre à une demande accrue causée par les vagues de grippe aviaire hautement pathogène qui ont décimé plusieurs sites d’élevage de volailles du côté des États-Unis et de la Colombie-Britannique.

« Donc, la pression pour importer plus d’œufs est double. Ce sont deux facteurs qui compliquent les choses et qui font en sorte que les importateurs ont commencé à couper l’approvisionnement prévu pour la production au Québec, et au Canada aussi », a résumé Gyslain Loyer, président des Producteurs d’œufs d’incubation du Québec (POIQ), dans une entrevue accordée à La Terre en marge de l’assemblée générale de l’organisation, le 2 avril, à Belœil, en Montérégie.

Normalement, les producteurs canadiens comblent environ 80 % des besoins au pays, alors que les couvoiriers importent les 20 % restants des États-Unis, une proportion qu’il est désormais difficile de combler.

Pour pallier ce manque, la marge de surproduction permise a été rehaussée de 2 % à 10 % pour 2025, et de 2 % à 6 % pour 2026 pour les producteurs d’œufs d’incubation.

Ça permet à ceux qui peuvent produire plus de le faire. Comme ça, on vient aider la consommation domestique, pour combler le plus possible ce 20 % qui n’est plus là.

Gyslain Loyer, président des Producteurs d’œufs d’incubation du Québec

Crainte de tarifs sur la génétique américaine

À ce défi s’ajoutent les tensions commerciales avec les États-Unis et le risque que le Canada réagisse en imposant des contre-tarifs. Cette situation pourrait affecter les couvoiriers, qui importent les reproducteurs des États-Unis, où se trouvent les grandes compagnies de génétique pour la production de poulet de chair. « On a demandé [au gouvernement canadien] qu’autant les œufs que les reproducteurs soient exclus de ces tarifs, parce que pour nous, ce sont les œufs fertiles ou les poussins qui arrivent des États-Unis directement dans nos fermes. Si on est obligés de payer des tarifs, ça va augmenter nos coûts de production, donc dans le temps, oui, il pourrait y avoir un effet sur les prix [des œufs d’incubation] », précise-t-il.

Une épée de Damoclès au-dessus du secteur

La grippe aviaire hautement pathogène continue d’être l’une des principales sources de préoccupation des producteurs d’œufs d’incubation du Québec, bien plus que ne le sont les possibles tarifs douaniers que pourraient imposer les États-Unis, affirme Gyslain Loyer, président des POIQ. Car il s’avère que les œufs fécondés sont le point de départ de toutes les autres fermes d’élevage de poulet de chair de la province.  « [La grippe aviaire] est une véritable épée de Damoclès qui aurait des conséquences épouvantables sur toute la chaîne. Ce serait dévastateur », insiste-t-il.