Acériculture 11 avril 2025

Opposition au passage d’une ligne électrique dans des érablières

La construction projetée par Hydro-Québec d’une nouvelle ligne de transmission à haute tension entre Portneuf et Lanaudière a l’effet d’un électrochoc pour plusieurs acériculteurs. Ceux-ci craignent de voir une partie de leurs érables remplacée par des pylônes électriques.    

« Les producteurs sont dans l’incertitude, explique le président par intérim du syndicat local de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Portneuf, Gilles Grandbois. C’est assez stressant. C’est un peu comme les tarifs douaniers. [Les producteurs] se demandent : vont-ils passer chez nous ou pas? »

Alain Gauthier

Gilles Grandbois affirme avoir récemment rencontré des dirigeants de la société d’État, en compagnie de représentants des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), pour exprimer les craintes des producteurs.

On s’est opposés au passage dans les érablières, dans la mesure du possible.

Gilles Grandbois

« C’est encore un peu préliminaire, souligne le président des PPAQ Québec–Rive-Nord, Alain Gauthier. Mais, présentement, ça s’enligne vers la coupe d’érablières, et on n’acceptera pas ça. Si on doit l’accepter, on va sûrement exiger des déviations [du tracé] et des compensations reflétant la valeur des entailles. » 

L’acéricultrice Karine Douville affirme que certains producteurs pourraient perdre jusqu’à 50 % de leur érablière. Cette administratrice aux PPAQ estime que 2 000 de ses 95 000 entailles pourraient être visées par le passage de la ligne à Saint-Ubalde.

Servitude de 50 ans

Pour établir le tracé de sa nouvelle ligne de 735 kV, Hydro-Québec s’appuierait entre autres sur une servitude établie il y a un demi-siècle pour le passage d’une ligne qui n’a finalement pas été aménagée dans le corridor ciblé à l’époque. « Il y a 50 ans, les érablières valaient le prix du bois de chauffage, dit Alain Gauthier. Mais, aujourd’hui, ça vaut 100 $ l’entaille. » Gilles Grandbois mentionne pour sa part que « les propriétaires des érablières ont changé depuis 50 ans et [que] l’acériculture s’est développée ». 

Pascal Poinlane, porte-parole ­d’Hydro-Québec, affirme par courriel que « lorsqu’un tracé à l’étude sera présenté ce printemps, l’utilisation ou non de servitudes existantes sera précisée ». 

Le projet d’Hydro-Québec prévoit traverser 10 MRC et 78 municipalités sur un parcours d’environ 200 km. Deux postes de distribution électrique seront construits, l’un dans Portneuf et l’autre dans Lanaudière. 

Des consultations ont été réalisées à l’automne 2024 et d’autres sont à prévoir à la fin avril et au début mai. Le tracé à l’étude sera présenté à ces occasions et les commentaires seront de nouveau recueillis, précise M. Poinlane. 

« Des communications spécifiques aux propriétaires et aux municipalités potentiellement concernés par le tracé à l’étude sont en cours de déploiement », ajoute le porte-parole. 

La démarche, qui vise à déterminer le tracé de la ligne et les mesures d’atténuation à mettre en place, devrait s’échelonner sur plusieurs mois encore. Hydro-Québec assure par ailleurs « être sensible à la réalité des producteurs acéricoles » dans le cadre de ses projets.