Bovins 8 avril 2025

Elle réalise son rêve de vivre d’un élevage de Blanc Bleu Belge

VARENNES – Il y a trois ans, personne ne croyait au projet de démarrage d’un élevage de race Blanc Bleu Belge de Laetitia Brouard. Aujourd’hui, les sceptiques sont confondus. Le troupeau d’une cinquantaine de têtes ne parvient pas à suffire à la demande et La Financière agricole du Québec vient d’accorder son premier prêt à la jeune femme de 22 ans.

Dans l’étable où elle élève des veaux et des taures gestantes, à Varennes, en Montérégie, Laetitia Brouard raconte avoir été charmée par la docilité des Blanc Bleu Belge après avoir essayé différentes races à l’été 2022. Cette race a la particularité d’avoir une double musculature, ce qui donne des animaux à grand rendement carcasse. « Si on compare avec un Angus, où on va être situé à 60-64 % de rendement carcasse, dans le Blanc Bleu, on est capable d’aller chercher jusqu’à 80 % de rendement dans nos meilleurs animaux, ce qui est quand même excellent », mentionne-t-elle. De plus, la viande est maigre et la race assimile bien la nourriture, ce qui réduit les coûts d’alimentation par rapport à d’autres races de boucherie.

Peu d’éleveurs au pays

La Société canadienne Blanc Bleu Belge dénombre seulement quatre éleveurs officiels au pays. L’élément qui rend les éleveurs réticents à adopter cette race, selon Marc Séguin, un producteur laitier franco-ontarien de Noëlville, dans le nord de la province, qui élève des sujets de boucherie croisés et pure race depuis 1992, est le vêlage difficile. Chez les pures races, une césarienne est nécessaire dans 95 % des cas. 

En effet, la double musculature est un couteau à double tranchant, explique Bernard Doré, agronome expert et consultant en génétique bovine depuis 40 ans. D’une part, les veaux pure race développent la double musculature avant leur naissance et la vache Blanc Bleu Belge a un pelvis incliné et une petite ouverture pelvienne qui ne favorise pas les naissances conventionnelles.

Par contre, aussitôt qu’on la croise sur une autre race de boucherie ou laitière, la double musculature n’apparaît pas [tout de suite]. Les deux gènes récessifs ne se rencontrent pas, alors un veau croisé Blanc Bleu Belge, à toutes fins pratiques, à la naissance, est pareil comme un veau normal, mais la musculature se développe plus tard dans le premier mois. L’intérêt, c’est d’améliorer le rendement en viande et d’améliorer la musculature générale de l’animal.

Bernard Doré, agronome expert et consultant en génétique bovine

En entrant dans l’enclos des taures gestantes, Laetitia Brouard explique que pour s’assurer de donner la chance à ses taures d’avoir un premier vêlage naturel, elle les insémine avec de la semence Angus. Pour les vêlages subséquents, une méthode apprise chez son mentor ontarien, Marc Séguin, lui permet d’évaluer si la vache aura besoin d’une césarienne. 

La productrice de Varennes estime toutefois que ce poste de dépense s’équilibre avec le rendement carcasse et la mise en marché directe aux consommateurs. Car son produit est vendu comme un produit de niche. « C’est sûr qu’en mettant en marché nos veaux au détail, en pièce, puis en gardant le contrôle de notre produit du début à la fin, c’est sûr que le bénéfice est quand même beaucoup plus intéressant qu’un élevage de boucherie conventionnel », fait valoir celle qui tire avantage de la proximité de la ville. 

En mai 2024, Laetitia a commencé à vendre sa viande dans quatre marchés publics, dans des épiceries fines, et à offrir des points de cueillette à Montréal et en Montérégie, tout en continuant d’offrir la livraison à domicile dans son secteur. Depuis, les ventes ont explosé et la productrice s’affaire à accroître son troupeau.

Une détermination à toute épreuve 

Le démarrage de l’entreprise a été difficile, mais la jeune femme croyait en son rêve dur comme fer. « Personne ne voulait m’aider dans ce temps-là. J’étais toute seule », souligne celle qui n’est pas issue du milieu agricole. 

Elle a investi toutes ses économies dans le projet tout en continuant de travailler à temps plein chez un producteur laitier de la région. Elle avoue humblement avoir sauté de nombreux repas pour pouvoir mettre son argent dans l’alimentation de ses animaux, allant chez sa mère tous les deux jours pour s’alimenter.

À Noëlville, dans le nord de l’Ontario, Marc Séguin est l’un des pionniers de la race Blanc Bleu Belge au Canada. Ce dernier a développé une lignée de vaches sans cornes (acères).  Photo : Gracieuseté de Marc Seguin

Un soir, après le travail, n’ayant même pas 10 $ d’essence à mettre dans sa voiture pour aller soigner ses animaux, elle a marché 45 minutes pour se rendre à l’étable. En larmes, elle a contacté une travailleuse de rang qui l’a mise en relation avec un agronome indépendant. « Il m’a montré tous les chiffres et m’a montré à quel point c’était dur. Il a tout fait pour me décourager », soutient-elle, en racontant s’être fait rire au nez. « Il m’a dit [récemment] : “Je n’ai jamais cru en ton projet, je t’ai ri dans la face, mais à l’heure qu’il est, tu as fait tes preuves et j’y crois pleinement.” Quand il m’a dit ça, wow! C’est le plus beau cadeau qu’il ne pouvait pas me faire. » 

Sa mère a décidé de se joindre à l’aventure en décembre 2023, et l’entrée dans les marchés publics, quelques mois plus tard, a eu l’effet d’une bouffée d’air frais sur les finances de l’entreprise. La Financière agricole du Québec vient également de lui accorder un premier prêt. Elle se consacre à son rêve à temps plein désormais.