Actualités 28 mars 2025

Les clubs-conseils allument la lumière rouge après avoir perdu 550 membres en un an

Les organisations de services-conseils non liés en agriculture sont passées de 8 602 membres et 68 organisations en 2023 à 8 052 membres et 63 organisations un an plus tard. Cette perte de 550 membres inquiète Ghislain Pion, cofondateur de VIA Pôle d’expertise en services-conseils agricoles, l’organisation qui les chapeaute. 

Celui qui vient de céder sa place à la présidence du regroupement après huit ans attribue cette baisse à la décroissance du nombre de fermes et à la perte de conseillers, mais il s’inquiète surtout du manque d’implication des agriculteurs dans les conseils d’administration de leurs clubs-conseils. Cela explique en partie la mauvaise santé de certains clubs, analyse-t-il.

Là, on vient de sonner l’alarme; on a allumé la lumière rouge. Il y a une problématique d’implication dans le réseau. L’année qui s’en vient va être cruciale pour redynamiser les conseils d’administration.

Ghislain Pion, cofondateur de VIA Pôle d’expertise en services-conseils agricoles

Rappelons que les clubs-conseils en agroenvironnement, les groupes-conseils agricoles en gestion et les clubs en encadrement technique sont des regroupements volontaires de producteurs agricoles dont l’objectif est de favoriser le développement durable et la rentabilité de leurs exploitations. Ces 63 organisations de services-conseils non liés sont administrées par des agriculteurs et subventionnées en grande partie par l’État. 

Celles qui ont disparu dans la dernière année ont comme dénominateur commun le désintéressement et le manque d’initiative des membres du conseil d’administration (CA), analyse M. Pion. « Une personne saute des réunions; ensuite, elle se sent moins pertinente aux décisions lors des autres réunions et ainsi de suite. Les CA où les gens s’impliquent moins sont moins à l’affût des obstacles qui s’en viennent. Ça affecte les décisions stratégiques [pour leur club]. Comme si un conseiller prend sa retraite, ils n’ont pas vu à ça », témoigne ce producteur laitier et de grandes cultures de la Montérégie. 

Serge Boivin a récemment pris la relève de Ghislain Pion à la présidence de VIA Pôle d’expertise en services-conseils agricoles. Photo : VIA Pôle d’expertise en services-conseils agricoles

Le manque d’implication a également été constaté dans les rencontres plus larges, lors de la dernière tournée des régions, où moins de la moitié des organisations en services-conseils étaient représentées par des membres de leur conseil d’administration. Même type d’absentéisme lors de l’assemblée générale que vient de tenir VIA Pôle d’expertise en mars, déplore Ghislain Pion. Certains membres des conseils d’administration se fient trop aux employés en place, ajoute-t-il. « Les agronomes sont bons. Ils vont gérer le club, se disent des administrateurs. Mais si un club peine à recruter des agriculteurs plus jeunes, c’est aux membres du CA de décider d’embaucher un conseiller junior par exemple, qui sera formé sur les capteurs de rendement, les carnets de champ électroniques, les données des robots de traite; les outils connectés où les jeunes se retrouvent. Il faut aussi leur faire la démonstration économique que le service-conseil est payant. » 

Planification stratégique

Le nouveau président de VIA Pôle d’expertise, Serge Boivin, de la Ferme Juar, à Coaticook, en Estrie, ne prend pas à la légère la baisse du nombre de membres des organisations de services-conseils. Les producteurs qui ont démarré les clubs se sont impliqués. Il faut comprendre comment impliquer les suivants, dit-il. « On est dus pour une planification stratégique. Au moins, je trouve que nous sommes encore en bonne santé. Nos outils informatiques sont à jour. C’est toujours une force d’être regroupés et on a tout en main pour bien réussir. » 

Un coup de pouce du ministère de l’Agriculture serait le bienvenu, ajoute Philippe Pagé, directeur général de l’organisation. Non seulement l’aide financière devrait être indexée chaque année, selon lui, mais il faudrait améliorer le processus de reddition de comptes, dont la complexité est un irritant majeur pour les employés des clubs actuellement. Il explique que les agronomes perdent un temps précieux à jongler avec les différents programmes pour obtenir des subventions pour les producteurs.

25 % des clubs-conseils ont transféré leur clientèle au privé

Le manque d’implication des membres du conseil d’administration (CA) et le départ de conseillers font en sorte que plusieurs organisations de services-conseils non liés ont transféré leurs activités à des entreprises privées. « Ils sont demeurés des clubs, mais ils sont maintenant gérés par des dispensateurs de services-conseils privés. Ça représente 25 % des clubs qui fonctionnent avec ce modèle-là au Québec », révèle Ghislain Pion, président sortant et cofondateur de VIA Pôle d’expertise en services-conseils agricoles. Ainsi, le club-conseil n’a plus besoin de son propre personnel. C’est la firme privée qui offre les services en sous-traitance aux membres du club. « C’est un modèle qui semble en croissance présentement. Le conseil d’administration du club devient un comité consultatif ou un comité d’orientation qui fait une assemblée générale par année et c’est tout. Est-ce qu’on maintient des structures juste pour maintenir des structures? D’après moi, ces CA vont éventuellement se dissoudre, car la pertinence de ces structures-là va finir par disparaître », anticipe-t-il. Le cas échéant, le nombre de membres des groupes chapeautés par VIA Pôle d’expertise va chuter davantage. « Ça va faire partie des chantiers de réflexion. Au niveau provincial, est-ce qu’on devrait rentrer ces dispensateurs privés comme des membres [de VIA Pôle d’expertise]? Ce sont des questions en suspens », affirme M. Pion.