Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a annoncé le plus important déficit budgétaire de l’histoire du Québec le 25 mars, soit 13,6 G$. Crédit : Myriam Laplante El Haïli/TCN
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantQUÉBEC – Alors que le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, anticipe une guerre commerciale de deux ans avec les États-Unis, les montants consacrés au secteur bioalimentaire dans l’exercice budgétaire 2025-2026 sont inférieurs à ceux annoncés en 2024.
Le ministre a basé le plan budgétaire dévoilé le 25 mars sur l’hypothèse que les droits de douane pourraient être ajustés au cours des prochains mois et que leurs effets seraient en moyenne équivalents à des tarifs de 10 % sur deux ans. Il a également évalué à 40 % les probabilités d’une récession en Amérique du Nord en 2025.
Malgré cela, un montant de 202,3 M$ sur cinq ans est alloué au secteur bioalimentaire dans le budget 2025-2026 afin de stimuler la création de richesse dans la province. En 2024, il était de 364 M$.
L’agroéconomiste Charles-Félix Ross, directeur général de l’Union des producteurs agricoles, explique la baisse des sommes investies dans certains programmes par la fin de l’actuelle mouture de la Politique bioalimentaire 2018-2025. Selon lui, ces sommes ont été remplacées dans le budget par des mesures de bonification du Programme Investissement Croissance Durable et du Plan d’agriculture durable.
Mais c’est l’un dans l’autre. Ce sont les mêmes montants et au net, il y en a moins.
Le Programme Investissement Croissance Durable, programme administré par La Financière agricole du Québec recevra un montant additionnel de 42 M$ sur cinq ans, soit 92 M$ au total. Rappelons que ce programme contient quatre volets, dont un consacré à la relève et un autre, le prêt de fonds de roulement, censé aider les producteurs aux prises avec des problèmes de liquidités. La répartition des sommes entre les différents volets du programme est inconnue pour l’instant. Dans le document explicatif du budget, il est mentionné que le programme devrait soutenir des investissements de plus de 600 M$ au cours des cinq prochaines années.
Le Plan d’agriculture durable 2020-2030 reçoit 100 M$ sur cinq ans, ce qui totalise un investissement gouvernemental de 225 M$ depuis 2020. Le gouvernement estime, notamment, que l’incitatif proposé aux agriculteurs pour adopter de bonnes pratiques agroenvironnementales a porté ses fruits. Par exemple, les aménagements favorables à la biodiversité ont été réalisés par 66 % des entreprises participantes.
En allouant des fonds à la nouvelle mouture de la Politique bioalimentaire 2025-2035, le gouvernement en a assuré la pérennité. Elle sera mise en œuvre au moyen d’une enveloppe additionnelle de 60,3 M$ sur cinq ans, portant à 225 M$ les sommes disponibles pour les années 2025-2026 et 2026-2027 et à 1 G$ le montant total investi par le gouvernement sur cinq ans. La nouvelle politique visera notamment à accroître la productivité et la compétitivité du secteur sur les marchés locaux et internationaux, à valoriser le potentiel des territoires et des acteurs bioalimentaires, à intensifier la réponse aux changements climatiques et l’adoption de pratiques durables, puis à renforcer la collaboration entre les acteurs et à stimuler l’innovation.
Déception
Charles-Félix Ross se dit déçu du budget. « Le revenu net des entreprises agricoles est anémique actuellement. Les producteurs s’étaient mobilisés le printemps dernier compte tenu de la situation difficile. Il y avait des engagements de la part du gouvernement de verser au-dessus de 200 M$ et ils n’ont même pas versé la moitié des montants d’argent, dit-il. On se serait vraiment attendu, avec la guerre commerciale, à un soutien plus affirmé au secteur agricole en termes de budget et d’aide financière. […] Au net, la somme des aides est à la baisse. »
En conférence de presse, le 25 mars, le ministre des Finances a annoncé le plus important déficit budgétaire de l’histoire du Québec, soit 13,6 G$. Il prévoit néanmoins que les mesures annoncées dans le budget permettront de revenir à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.
94,7 M$ au secteur forestier
Le gouvernement mentionne avoir investi 1,5 G$ depuis l’année 2023-2024 pour aider les entreprises touchées par le conflit du bois d’œuvre et par les feux de forêt de l’été 2023. Dans le budget du 25 mars, il en ajoute 94,7 M$ pour appuyer des projets du Programme Innovation Bois et le Centre d’expertise sur la construction commerciale du bois (52,1 M$ sur trois ans), pour poursuivre l’arrosage aérien dans la lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette (35,6 M$ sur deux ans) et pour relancer le site industriel de Thurso (7 M$) afin d’appuyer le secteur forestier des régions de l’Outaouais et des Laurentides. La fermeture d’une importante usine de transformation du bois a fragilisé ce secteur en 2019.