Trois des six générations de Vigneault qui ont exploité la terre de Sainte-Sophie-d’Halifax se côtoient encore à la ferme du 6e rang : Étienne, Daniel et Antonio. Photo : Photos : Pierre Saint-Yves
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SAINTE-SOPHIE-D’HALIFAX – À l’entrée de la Ferme AD Vigneault, une affiche rappelle la longue lignée des Vigneault qui se sont succédé pour occuper et exploiter cette terre. Tout a commencé par Jimmy, en 1859, qui a été suivi par Gaspard, Alcide, Antonio et Daniel, dont le fils Étienne pourra ajouter son nom puisqu’il est maintenant copropriétaire de l’entreprise avec son père.
Difficile de croire que Daniel Vigneault a bien failli ne pas suivre sa vocation, lui qui avait entrepris des études en génie forestier dans les années 1990, alors qu’il vivait à Longueuil.
« À l’époque, dans les écoles, les conseillers en orientation ne parlaient pas de l’agriculture aux jeunes de la ville », raconte-t-il.
Pourtant, le jeune homme était familier avec le monde agricole puisque dès l’âge de 12 ans, il allait travailler à la ferme de ses grands-parents à Sainte-Sophie-d’Halifax, dans le Centre-du-Québec.
Et ce qui devait arriver… arriva. « Pendant mes cours, je pensais au travail à la ferme. Je me disais : “Bon, aujourd’hui, ils doivent être en train de faire les labours”. C’est devenu clair que je devais aller en agriculture. »

« Je voyais que les fermes grossissaient et j’étais certain, à ce moment-là, qu’il y aurait un poste important pour moi quelque part parce que je ne pensais pas avoir ma propre entreprise », explique celui qui a poursuivi ses études à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ).
Encore une fois, le destin s’est chargé de la suite. À Sainte-Sophie-d’Halifax, son oncle Antonio avait repris la ferme de ses parents et le jeune Daniel est allé lui prêter main-forte pour les travaux et la tenue de livres.
Le troupeau comptait alors une cinquantaine de vaches qui donnaient 38 kilos par jour.
« C’était gros, dans le temps », rappelle Antonio. « On était l’une des plus grosses fermes des environs. »
C’est alors que l’oncle a proposé à son neveu de 25 ans des parts dans l’entreprise.

Puis, les projets se sont succédé : les achats de terre et de quotas, les agrandissements, les constructions, mais aussi quelques coups durs comme cette année de 1998, où une sécheresse exceptionnelle a compromis l’alimentation du bétail.
« J’étais content d’avoir quelqu’un d’expérience avec moi », se souvient Daniel.
On a fait le tour des granges abandonnées pour trouver du foin oublié, raconte Antonio. C’est comme ça qu’on a récupéré plus de 500 balles de foin qui nous ont permis de passer au travers.
Et les enfants sont arrivés : une fille, Pascale, et trois garçons, Nicolas, Raphaël et Étienne.
Ce dernier a, tout comme son père, entendu l’appel de la terre. Études à l’ITAQ et retour à la ferme familiale, où il a rapidement succédé à Antonio pour devenir actionnaire de l’exploitation. Et, comme son père, il carbure aux projets de développement. « Il n’y a pas une année où il n’y a pas du ciment qui se coule ici », dit-il.
Les trois autres enfants, sans être impliqués dans les activités quotidiennes de la ferme, conservent toujours un grand intérêt pour l’exploitation, comme Pascale, devenue agronome, qui fait la tenue de livres hebdomadaire. Les deux autres garçons, toujours aux études en programmation, mettent aussi leur talent au profit de l’entreprise.
Il faut bien le reconnaître; l’agriculture, c’est vraiment une affaire de famille chez les Vigneault. Cette passion leur a d’ailleurs valu de décrocher la troisième place dans la catégorie bronze de l’Ordre du mérite agricole en 2024.
Raphaël et Nicolas ont développé un logiciel pour suivre la saison acéricole. Photo : Gracieuseté de la Ferme AD Vigneault
Fait maison
Raphaël et Nicolas, deux des garçons de la fratrie Vigneault, ont démontré que même si l’agriculture n’était pas leur occupation première, ils y portaient un grand intérêt, même dans leur champ de compétence. Les deux étudiants au programme de génie en production automatisée à l’École de technologie supérieure ont développé un logiciel pour le suivi de la production biologique à l’érablière de l’exploitation de Sainte-Sophie-d’Halifax.
« C’est un logiciel qui permet de conserver et traiter toutes les données dont tu as besoin dans la production biologique en acériculture, explique Raphaël. Regrouper les données permet de faire un suivi fidèle de la progression de la saison et de comparer avec les saisons précédentes. »
Lorsqu’il a développé le petit logiciel, il y a six ans, le jeune homme n’était âgé que de 15 ans. « Les premières années de la production biologique, les données étaient entrées dans un fichier Excel, mais on a vite été limités dans le traitement des informations. On a développé notre logiciel. »
La prochaine étape pour les deux concepteurs sera sans doute d’explorer la possibilité de commercialiser leur création.
Avec ses quelque 7 000 entailles, l’érablière dispose d’installations à la fine pointe de la technologie.
3 conseils pour une exploitation à dimension humaine
Exploiter les forces et les passions de chacun
Pour Daniel Vigneault, la santé de l’entreprise, et, conséquemment, sa croissance, passe par le bien-être et la satisfaction des personnes qui la composent. « Il est important d’identifier les forces et les passions de chacun, premièrement, pour que chacun soit satisfait, ce qui se répercute sur la richesse de l’exploitation. »
Travailler avec un véritable esprit d’équipe
Le concept de travail d’équipe revient souvent dans le discours de Daniel Vigneault.« Quand je pense à l’importance d’avoir et d’entretenir un esprit d’équipe, je ne parle pas seulement des membres de la famille ou des employés. Ça implique aussi les fournisseurs avec qui on travaille, toutes les personnes qui gravitent autour de l’entreprise. Les gens avec lesquels on fait des affaires font aussi partie de notre équipe, et on fait en sorte d’entretenir des liens en ce sens. »
Privilégier les valeurs
« On fait des affaires, mais il y a plus que ça dans les fondations de notre entreprise », explique Daniel Vigneault. « La philosophie de notre exploitation est basée sur la sincérité, la fidélité et le respect. Oui, on est en affaire, mais ces valeurs-là priment sur l’argent. »
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme | Ferme AD Vigneault |
| Spécialité | Production laitière |
| Année de fondation | 1859 |
| Noms des propriétaires | Daniel et Étienne Vigneault |
| Nombre de générations | 6 |
| Superficie en culture | 52 hectares (foin, maïs) et 48 en location ainsi qu’une érablière de 7 000 entailles environ |
| Cheptel | 210 vaches dont 110 en lactation et une pouponnière de 30 bêtes |