Porcs 21 mars 2025

Menace de tarifs : duBreton prévoit couper dans le prix payé aux éleveurs

Plusieurs producteurs de porcs biologiques québécois devront se serrer la ceinture si la menace de tarifs américains de 25 % sur les exportations canadiennes de porc se concrétise comme prévu, le 2 avril. 

Le transformateur duBreton, principal acheteur pour ce type de porcs de niche dans la province, a fait parvenir une lettre, le 4 mars, aux éleveurs de son réseau pour les informer d’une baisse de l’ordre de 7 % du prix d’achat des animaux pendant l’application des tarifs douaniers américains. Une réduction nécessaire, plaide-t-il dans la lettre que La Terre a pu consulter, pour l’aider « à traverser cette période difficile », étant donné qu’il exporte une grande partie de ses produits vers les marchés américains.

Mario Goulet, vice-président au marketing et au développement de marchés chez duBreton, confirme que cette lettre a été envoyée à tous les éleveurs de porcs biologiques indépendants qui livrent chez duBreton.

Tout a été calculé pour réduire au minimum cette baisse de prix. S’il n’y a pas de tarifs [américains], il n’y aura pas de coupure, mais sinon, il faudra tous se serrer les coudes et je pense que nos éleveurs en sont tous conscients. On travaille aussi sur d’autres solutions, comme le développement de nouveaux marchés pour diminuer les pertes.

Mario Goulet, vice-président au marketing et au développement de marchés chez duBreton

L’entreprise de Saint-Bernard, dans Chaudière-Appalaches, s’approvisionne en porcs biologiques de trois manières : auprès de fermes indépendantes, auprès d’autres fermes intégrées et dans ses propres élevages. Selon leur statut, ces fermes ne seront pas toutes touchées de la même manière par la réduction de prix, mentionne M. Goulet, quoique « tous en ressentiront les effets ». 

Le transformateur exporte entre 60 et 70 % de sa production vers les États-Unis, avait indiqué son président, Vincent Breton, dans une précédente entrevue accordée à La Terre.

Incertitude chez des éleveurs

Pour un élevage de porcs biologiques comme celui de Dany Leblanc, copropriétaire de la Ferme Alfa, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan, en Mauricie, cette baisse de prix annoncée, si elle devait être appliquée, représenterait des pertes d’environ 18 000$ par année. « Mais là, on était en processus d’achat d’un autre site de production, donc une fois que ce sera fait, on parle plus de pertes de 50 000 $ à 60 000$ pour nous », calcule l’éleveur. Bien qu’il comprenne que son acheteur n’a pas vraiment le choix de couper dans les prix pour contrebalancer les frais de tarifs douaniers sur ses exportations, il déplore que le gouvernement n’ait pas encore annoncé d’aide pour soutenir l’industrie, comme un fonds de compensation, donne-t-il en exemple. « On entend souvent parler d’aide pour le secteur laitier, pour la volaille, mais jamais pour les producteurs porcins », se désole-t-il. 

Un tel climat d’incertitude règne chez plusieurs autres producteurs de porcs biologiques avec qui La Terre a pu s’entretenir. Certains d’entre eux avaient reçu la lettre envoyée par duBreton, alors que d’autres ont été informés de cette possible baisse de prix en parlant directement avec leur acheteur ou par personne interposée. Ils restaient néanmoins prudents, puisque l’application des tarifs par les États-Unis est encore incertaine, tout comme leur durée. « On a déjà commencé à regarder si on pouvait couper un peu partout, dans certains médicaments, des vaccins. Mais tout dépend de la hauteur des coupures de prix, car pour l’instant, il n’y a encore rien de concret », relativise Jean Béliveau, superviseur de production à la Ferme Holdream, à Saint-Honoré-de-Shenley, dans Chaudière-Appalaches.

Les Éleveurs désapprouvent la démarche

Les Éleveurs de porcs du Québec dénoncent la manière dont duBreton a annoncé directement aux producteurs cette réduction du prix sans avoir d’abord négocié avec leur organisation. « Cette démarche contrevient en tous points à la Convention de mise en marché, pour laquelle les VDB [Viandes duBreton] ont réitéré leur signature en avril 2023 », a indiqué Tristan Deslauriers, directeur des relations publiques aux Éleveurs de porcs du Québec.  Ce dernier souligne que dans le contexte où cette entreprise a un « quasi-monopole dans l’achat de porcs de niche », les éleveurs sont contraints d’accepter cette diminution de prix « sans même avoir accès à une certaine transparence au niveau des calculs qui ont mené à ce nouveau prix imposé », mentionne-t-il.

DuBreton estime quant à lui avoir suivi les règles, en utilisant « une clause de force majeure prévue à la Convention », précise Mario Goulet. Ce dernier soutient que la lettre a aussi été acheminée aux Éleveurs de porcs dès le départ pour les informer de l’application de cette baisse de prix pour la durée des tarifs douaniers américains.