Territoire 21 mars 2025

Les superficies détenues par les grandes fermes ont bondi de 50 % en 15 ans

VICTORIAVILLE – Le conférencier Jean Larose dépeint un contexte inflationniste du prix des terres qui est nettement plus élevé au Québec par rapport à la moyenne canadienne. 

« On entend souvent dire ‘‘oui, c’est parce qu’il y a des fonds privés qui existent et qui font de la spéculation’’, mais [les achats par les fonds], on observe ça beaucoup moins ou presque pas au Québec », a-t-il dit lors de sa conférence dans le cadre du 11e colloque Bio pour tous! présenté par le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité à Victoriaville, le 26 février. 

L’agronome et ancien directeur général de l’Union des producteurs agricoles devenu consultant appuie ses affirmations sur un récent rapport du ministère de l’Agriculture, selon lequel les superficies détenues par les 350 plus grands producteurs agricoles québécois totalisaient 404 836 hectares en 2023, soit une hausse de 50 % en 15 ans. Par comparaison, les superficies possédées par les grands propriétaires non producteurs agricoles représentaient 31 316 ha en 2023 et se sont accrues de 1 % en 15 ans, a souligné M. Larose. 

En 70 ans, soit de 1951 à 2021, les superficies en culture au Canada ont augmenté de 50 %, tandis qu’au Québec, elles ont diminué de 20 %, un facteur relié au fait que, contrairement à l’Ouest canadien par exemple, les terres du Québec se situent dans des endroits où le développement urbain exerce une forte pression.  

La rareté des terres, la pression de l’urbanisation et la demande mondiale pour les denrées alimentaires sont des facteurs de la flambée du prix des terres, mais les agriculteurs alimentent eux-mêmes cette flambée, a-t-il fait valoir.

On achète des terres pour toutes sortes de raison, mais aussi, même comme agriculteurs, on l’achète comme valeur refuge.

Jean Larose, agronome et ancien directeur général de l’UPA

Il a mentionné qu’en 1981, les terres représentaient 33 % des actifs des fermes contre 60 % des actifs en 2023. « Le modèle québécois offre un environnement d’affaires stable, sécuritaire et propice à l’endettement. Il y a des garanties et les institutions sont prêtes à prêter », affirme-t-il pour expliquer une partie de la surenchère. 

La flambée des prix deux fois plus élevée au Québec 

Jean Larose a spécifié que la flambée du prix des terres est deux fois plus élevée au Québec que dans le reste du Canada. Selon lui, le prix des terres de la province a été multiplié par 18,2 entre 1981 et 2023, tandis qu’il l’a été par 9,5 dans le reste du Canada. « C’est assez percutant et cela a comme conséquence que plus cette augmentation se produit, plus on a un écart [grandissant] entre le prix de la terre et la valeur agronomique, c’est-à-dire l’argent qu’on peut faire en achetant de la terre », souligne l’agronome, en ajoutant que cela nuit aux liquidités de certaines fermes et à la relève, surtout non apparentée. 

« Jusqu’où peut aller un système comme ça? On est rendu peut-être proche d’un point de rupture », analyse-t-il, en ajoutant que le modèle québécois, basé sur des fermes familiales à dimension humaine et pour lequel les programmes de soutien ont été conçus ne concorde pas avec « la spirale inflationniste de la taille des terres et de la financiarisation des entreprises agricoles ».

Même après avoir formulé quelques pistes de solution, M. Larose en est venu à la conclusion que la tendance lourde de la croissance du prix des terres ne s’atténuera pas, et à moins d’une intervention politique, « il n’y a aucun changement à l’horizon », a-t-il estimé.