Selon Louis Pérusse, les « plantes de services » contribuent non seulement à freiner l’érosion, mais, par leurs fonctions écosystémiques, aident aussi à rendre disponibles les nutriments nécessaires à la croissance des cultures de récolte. C’est ce qu’il nomme le « génie végétal ». Photo : Photos : Gracieuseté de Louis Pérusse – SCV Agrologie
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S'abonner maintenantUne petite révolution initiée dans le Bas-Saint-Laurent gagne du terrain, en particulier dans les régions périphériques, pour réduire le travail du sol et ainsi permettre à la biodiversité de s’exprimer en faveur de la santé des sols.
Depuis près d’un quart de siècle, l’agronome Louis Pérusse, véritable pionnier de l’approche semis direct sur couverture végétale permanente (SCV) dans la province, prêche pour ces solutions basées sur la nature.
Éviter le travail de sol, maintenir une couverture végétale pendant toute l’année et miser sur les fonctions écosystémiques des plantes pour améliorer la résilience des sols : voilà les trois grands principes de l’approche SCV prônée par Louis Pérusse.

C’est une simple bouteille à la mer au début de sa pratique agronomique qui a complètement changé son parcours professionnel, relate-t-il. Il s’interroge alors sur l’occupation des sols agricoles, notamment sur l’idée de mobiliser le sol pendant toute une année pour ne récolter qu’une plante en fin de parcours – « on récolte du maïs sucré au mois d’août et il n’y a plus rien qui se passe jusqu’à l’année suivante », illustre-t-il.
Au fil de ses recherches sur le semis direct et sur les cultures de couverture, il tombe sur les travaux de Lucien Séguy, un agronome français aujourd’hui décédé qu’il considère comme son mentor – l’agronome du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) viendra d’ailleurs au Québec à plusieurs reprises à l’invitation de Louis Pérusse.
J’avais commencé à faire des essais, à dire aux producteurs qu’on pourrait mettre des plantes, notamment faire pousser du maïs sur luzerne vivante. J’ai pris une chance, j’ai écrit un petit texte, je lui ai envoyé une photo de moi et il m’a répondu.
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Le travail des plantes
« Souvent, on veut réduire le travail de sol. Mais, dans le SCV, c’est une coche en haut : dans le système abouti, c’est plus de travail de sol du tout. Le travail mécanique est substitué par le travail biologique, les micro-organismes du sol, les plantes, les racines. Dans le fond, ce travail-là est naturel », soutient l’agronome, qui précise que les producteurs agricoles les plus avancés ne labourent carrément plus le sol.
En fin de compte, ce sont ces « plantes de services » qui contribuent non seulement à freiner l’érosion, mais, par leurs fonctions écosystémiques, aident aussi à rendre disponibles les nutriments nécessaires à la croissance des cultures de récolte. C’est ce qu’il nomme le « génie végétal ».
« Les fonctions des plantes vont permettre de solubiliser des aliments nutritifs pour les rendre disponibles à la culture. Les plantes vont aller puiser des éléments en profondeur dans le sol pour les ramener dans la biomasse. Ces plantes-là, ce sont des panneaux solaires. Le fait de couvrir le sol en permanence, on veut avoir le plus de photosynthèse dans la saison pour injecter le plus de carbone dans notre sol », résume-t-il, précisant que la « colonisation racinaire » de ces plantes créent de la porosité, contribuant, par les échanges d’air accrus, à faire du sol un habitat favorable aux micro-organismes et autres champignons bénéfiques.

Des mélanges de plus en plus complexes
Louis Pérusse dit avoir un intérêt particulier pour les systèmes fourragers multiespèces qui servent à l’alimentation animale. Augmenter la biodiversité de ces mélanges et remettre au goût du jour des espèces indigènes mal aimées comme la chicorée ou le plantain font partie des dadas de celui qui dit travailler avec plus de 70 plantes. Il propose ainsi des mélanges fourragers qui peuvent inclure plus de 25 variétés différentes.
« La chicorée est très performante. C’est une plante qu’on voit sur le bord des fossés un peu partout au Québec, qui va pousser dans des milieux très pauvres, mais dont les racines ont des effets structurants au niveau de la porosité. D’autres vont utiliser du tournesol, du lin, de la phacélie, même dans les plantes fourragères. J’ai des entreprises qui ont triplé leur volume de foin », soutient-il, assurant que la ration « plus équilibrée et complète » ainsi produite se répercute sur la productivité des animaux, notamment sur les taux de gras et de protéines en production laitière.
S’il avoue avoir un intérêt plus marqué pour les systèmes agronomiques qui touchent à l’alimentation animale – des systèmes plus « complets » et au sein desquels les « producteurs sont en mesure d’adopter rapidement les techniques SCV », fait-il valoir, il tente aussi d’innover dans les cultures annuelles, notamment la pomme de terre, réputée pour l’intensité du travail de sol.
« Ça fait quelques années que je fais quelques tests en semis direct. J’ai aussi des producteurs qui font deux ans avec des mélanges multiespèces sans qu’il y ait de récolte, donc de revenus. Mais, on génère de la fertilité des sols. Et l’année de la pomme de terre, ils sont capables de justifier l’investissement dans l’écologie de leur sol », témoigne-t-il, ajoutant que les cultivateurs de pomme de terre avec qui il travaille sont aussi plus nombreux à mettre de l’avant des cultures d’automne après les récoltes afin de ne pas laisser le sol à nu pour la saison hivernale.
Louis Pérusse parcourt jusqu'à 35 000 km chaque été pour aider les agriculteurs avec ses techniques.
Un engouement plus marqué dans les régions
La petite révolution a commencé dans la vallée de la Matapédia, d’où Louis Pérusse est originaire. L’agronome dit maintenant parcourir jusqu’à 35 000 kilomètres chaque été pour aider les agriculteurs des quatre coins de la province à se faire la main.
« J’ai monté jusqu’à 25 000 hectares dans mon réseau de fermes. Il y a quelques années, j’avais au-dessus de 100 entreprises un peu partout au Québec. Je dirais qu’actuellement, je développe davantage dans les régions : Bas-Saint-Laurent, c’est très fort, Gaspésie, Témiscamingue, Lac-Saint-Jean. Ma clientèle cible est plus dans les régions », indique-t-il.
Il veille d’ailleurs à regrouper les producteurs de ces régions par cohorte pour favoriser l’émulation. « C’est un moteur de diffusion d’informations qui accélère le changement et l’adoption des pratiques. Parce qu’on a des résultats. Cette démarche-là permet de structurer les producteurs dans une approche qui se veut plus économique, moins dépendante des intrants de synthèse, engrais, pesticides, outils mécaniques, tracteurs », témoigne-t-il, arguant que l’idée est de se rapprocher le plus possible de ce qui se fait dans la nature, dans la forêt, par exemple.