L’étude sur l’état de santé des sols agricoles du Québec (EESSAQ) est le premier inventaire représentatif de l’ensemble des sols cultivés au Québec depuis 1990. Photo : Shutterstock
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S'abonner maintenantAvec la plus récente Étude sur l’état de santé des sols agricoles du Québec (EESSAQ) en main, l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) déploie une panoplie d’outils pour aider les agriculteurs de la province à prendre soin de leurs sols, un investissement qui peut s’avérer payant dans le contexte des changements climatiques.
« Une nation qui détruit ses sols s’autodétruit ». Ainsi s’exprimait le président américain Franklin Delano Roosevelt alors que son pays était aux prises avec tempêtes de sable et famines causées par des pratiques agricoles hautement mécanisées et le surlabourage des fragiles étendues arides des plaines de l’Oklahoma, du Kansas, et du Texas.

« Le service de conservation des sols américains a démarré après le Dust Bowl. Les gens s’étaient mis à travailler des sols très fragiles, très sensibles. Le travail réduit, c’est la première pratique de conservation qui a été mise en place », relate le spécialiste de la conservation des sols et de l’eau à l’IRDA, Marc-Olivier Gasser, qui a bouclé en 2023 l’Étude sur l’état de santé des sols agricoles du Québec (EESSAQ), un premier inventaire représentatif de l’ensemble des sols cultivés au Québec depuis 1990.
Constat : les sols du sud, dominés par les cultures annuelles lucratives comme le maïs et le soya, sont les plus dégradés. Ils sont aussi plus compactés, notamment en raison du passage régulier de machinerie lourde. Et la proportion de matière organique continue d’y diminuer. Plus au nord, où l’intensité des méthodes culturales est moindre et où l’on cultive davantage de cultures pérennes pour alimenter du bétail, les sols sont en meilleure santé.
« Mais, comprenons-nous bien : le fait que la condition des sols est meilleure dans le nord est lié au climat. On y pratique moins de cultures annuelles, comme le maïs et le soya pour l’instant, mais le soya s’en vient et le maïs aussi. Ce sont des sols un peu plus vierges, moins dégradés dans le temps parce qu’on les a moins cultivés de façon intensive », illustre l’expert, ajoutant que plutôt que de comparer le nord et le sud de la province, on devrait s’intéresser davantage au fin détail à l’intérieur d’une même région pédologique.
Compaction et gestion de l’eau
Si le Québec est loin d’évoluer dans un scénario catastrophe qui s’apparente à celui des États-Unis des années 1930 – notamment parce qu’en raison de la couverture de neige qui couvre les champs une portion de l’année, il est plus vulnérable à l’érosion hydrique qu’à l’érosion éolienne –, il n’en demeure pas moins que la réduction du travail du sol devrait faire partie des stratégies mises de l’avant.
La réintroduction de cultures pérennes dans la rotation permet une meilleure agrégation du sol. On pense que c’est la meilleure façon d’améliorer le sol en profondeur et d’amener du carbone. Et si on a une couverture permanente, on n’a pas beaucoup de place pour faire du travail de sol, on favorise une meilleure infiltration de l’eau en surface.
À ce chapitre, M. Gasser pointe aussi l’originalité de l’EESSAQ qui va au-delà des horizons de surface, et ce, pour les 71 séries de sols cultivés au Québec. « C’est rare d’avoir des inventaires aussi détaillés qui mesurent à trois profondeurs dans le sol, des propriétés physiques, des propriétés biochimiques liées au carbone, à la matière organique, des propriétés liées à la chimie de fertilité. Ça, c’est très original », dit-il.

Invitation à prendre la pelle
Maintenant que ces données sont disponibles, l’IRDA développe des outils, comme les fiches synthèses des séries de sols afin de les vulgariser et d’aider les producteurs à mieux comprendre leurs sols. On y répertorie, entre autres, les caractéristiques du matériau, sa réaction en termes de drainage, de perméabilité, de ruissellement, les types de dégradation à surveiller, les travaux à privilégier, le tout, abondamment illustré. La chargée de projets en pédologie, Catherine Bossé, invite d’ailleurs les producteurs à se munir d’une pelle pour faire des profils de sol aux champs.
« C’est de toujours penser à deux choses : la nature de mon sol, à qui j’ai affaire, quelles sont ses forces et ses faiblesses? Et après, quel est son état de santé en regardant la structure de sol. Est-ce que je suis dans un sable bien ou mal drainé? Ils vont se comporter différemment. Est-ce que je suis dans une argile sensible à la compaction ou à la battance? », illustre-t-elle.

Ces simples trous peuvent valoir leur pesant d’or, poursuit-elle, mentionnant que la série de capsules vidéo L’appel de la pelle donne un aperçu de la manière de procéder. « On a regardé beaucoup de problématiques de gestion de l’eau cette année, cite-t-elle en exemple. On avait un producteur qui se demandait s’il doublait les drains ou non. Et dans le diagnostic, rien ne laissait présager qu’il fallait doubler les drains. Donc, c’est sûr que lui, il vient d’économiser une centaine de milliers de dollars juste en faisant le bon diagnostic », synthétise-t-elle.
Un outil à portée de main
L’équipe de l’IRDA espère que les agriculteurs s’approprieront aussi l’application ProfilSol, dont la version iOs a été lancée l’automne dernier. La version Android devrait à son tour être diffusée pour le printemps. Grâce à l’analyse d’une simple photo par intelligence artificielle, ils pourront ainsi obtenir une cote sur la structure de leurs sols.
« On sentait qu’il y avait peut-être une petite faiblesse à ce niveau-là. Quand on devait pour décrire un profil de sol, on était beaucoup dans le qualitatif, mais avec cet outil, on vient noter la qualité de la structure. On va avoir vraiment une note. Et on peut le faire pour les différentes couches qu’on va rencontrer », explique-t-elle, ajoutant que cette cote générale permettra par la suite l’interprétation des fonctions du sol et son efficacité, par exemple s’il est en mesure de bien recycler la matière organique.
Catherine Bossé espère que l’engouement observé depuis l’automne pour cet outil d’aide à la décision adapté au contexte québécois se poursuivra afin que les agriculteurs, un coup de pelle à la fois soient mieux préparés à affronter les extrêmes anticipés dans la foulée des changements climatiques. « C’est de revenir à la base, de faire la bonne culture à la bonne place. Des fois, il faut arrêter de se battre », laisse-t-elle tomber.