Environnement 17 mars 2025

Le ministère de l’Environnement recrute une top gun du bio pour diminuer les pesticides

VICTORIAVILLE – Désireux de faire évoluer les habitudes des agriculteurs en régie conventionnelle afin que les pesticides soient utilisés en dernier recours, le ministère de l’Environnement injecte ainsi une somme de 1,8 M$ dans un projet où des experts en agriculture biologique enseigneront leurs techniques aux producteurs conventionnels. Pour reprendre une expression à la mode au gouvernement Legault, le ministère a fait appel à une top gun du désherbage mécanique sous régie biologique, Murielle Bournival, afin de chapeauter ce projet.

Cette coordonnatrice des services-conseils au Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+) assure que son équipe et elle peuvent aider les producteurs sous régie conventionnelle. « Au CETAB+, on a acquis une expertise poussée en désherbage mécanique et on est même reconnus mondialement. On connaît presque tous les équipements, et sur le bout de nos doigts; comment ils fonctionnent, comment les ajuster, à quelle vitesse les utiliser. Perso, j’ai écrit des bulletins sur le désherbage mécanique qui ont même été traduits en Autriche », décrit Mme Bournival.

C’est dans le Plan national de l’eau, visant à favoriser l’adoption de méthodes de remplacement n’utilisant pas de pesticides, que le gouvernement puise l’argent pour financer ce projet d’une durée de quatre ans, le plus important que mènera le CETAB+. « 1,8 M$, c’est du jamais vu pour nous! Le ministère [de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs] voit qu’il n’y a pas de réduction de pesticides, et il nous dit que c’est le temps de faire autrement. C’est pour ça qu’on fait ce projet qui sera sur deux axes », précise Murielle Bournival.

Agriculteurs influents recherchés

Le premier axe, le plus important, vise à démontrer, sur le terrain, l’efficacité du désherbage mécanique aux agriculteurs en régie conventionnelle. L’équipe du CETAB+ implantera des mesures de réduction des pesticides dans environ huit fermes sous régie conventionnelle.

Sarclage, peigne, semis sur seigle roulé, strip-till [travail en bande], utilisation d’applicateur de pesticide en petites bandes de 8 ou 15 cm; on va suggérer différentes choses, mais on va y aller avec ce que le producteur a le goût d’implanter dans son entreprise. On va faire des comparables avec ce qu’il avait l’habitude de faire et sortir des données économiques associées aux nouvelles techniques utilisées.

Murielle Bournival, coordonnatrice des services-conseils au CETAB+

Une partie du budget servira à rémunérer les agriculteurs pour les superficies traitées. Dans certains cas, le désherbage mécanique pourrait même être entièrement réalisé chez le producteur par Mme Bournival et son équipe.

Des sommes sont ensuite prévues pour la diffusion d’information et le rayonnement des avantages de ces pratiques moins polluantes. Murielle Bournival est à la recherche d’agriculteurs connus qui amèneront leurs confrères à changer leur philosophie et leurs habitudes. « Je vise des producteurs qui ont de l’influence dans le milieu conventionnel. Si eux embarquent [dans la réduction de pesticides], les autres vont embarquer. C’est comme ça. Si tu regardes la région de Lanaudière, quelques gros producteurs ont embarqué dans le bio, ils ont eu du succès, ensuite d’autres ont suivi et aujourd’hui, il se fait 15 000 hectares en bio dans Lanaudière. C’est l’idée de ce projet : propager l’adoption des pratiques chez les autres producteurs conventionnels », dit l’agronome, qui profitera de l’occasion pour former également les conseillers des producteurs choisis.

Le deuxième volet du projet vise à favoriser l’innovation en réduction de pesticides. Il s’agira de mettre à l’avant-plan ce que les meilleurs producteurs sous régie biologique développent et mettent en application avec succès chez eux. 

Sans vouloir jouer les trouble-fêtes, La Terre a demandé à Mme Bournival en quoi ce projet de vitrine chez des producteurs réussira davantage à améliorer le bilan des ventes de pesticides que des projets antécédents, financés notamment par le ministère de l’Agriculture. « Nous réussirons. Avec la technologie qu’on a, les GPS, les caméras sur les équipements, on est rendus vraiment avancés pour un contrôle à 100 % des mauvaises herbes sans pesticides. Et c’est à l’avantage des producteurs, surtout que dans des régions, plusieurs ont des problèmes de résistance aux mauvaises herbes et la solution, c’est le désherbage mécanique. »

Des ventes de pesticides en hausse

Le dernier bilan des ventes de pesticides au Québec, publié en 2024, fait état de ventes totales atteignant les cinq millions de kilogrammes d’ingrédients actifs, un résultat qui se situe au-dessus de la moyenne des cinq dernières années, souligne le ministère de l’Environnement. Les pesticides les plus vendus sont les herbicides (65 %), suivis des fongicides (10 %) et des insecticides (9 %); une répartition qui demeure relativement stable année après année. Le glyphosate est l’ingrédient actif le plus vendu avec 2,1 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs.