Pouvoir revaloriser l’eau issue de la distillation de sa vodka ainsi que les fruits et aromates utilisés pour ses gins plutôt que les écouler dans le drain ou les envoyer vers le centre de biométhanisation de Warwick enchante le directeur de production de la Distillerie Euclide, Ken Bouffard. Photo : Gracieuseté de la Distillerie Euclide
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S'abonner maintenantPionnière de la valorisation des matières résiduelles au Québec, Victoriaville se positionne de nouveau comme une leader avec le déploiement de la Cité de l’innovation circulaire et durable (CICD). Cette fois, on mise sur le secteur agroalimentaire pour déployer une vitrine technologique et démontrer comment les déchets des uns peuvent constituer une mine d’or pour les autres.
La première pelletée de terre de La Serre+ a eu lieu au début février à proximité du parc industriel de cette ville du Centre-du-Québec. Le concept consiste à valoriser les eaux usées, la chaleur et les gaz émis par les entreprises installées dans le secteur afin d’alimenter des algues qui filtreront l’eau destinée à la culture de plantes potagères. Mais l’idée de boucler la boucle va encore plus loin, fait valoir le directeur général de la CICD, Israël Poulin.

« On veut démontrer à la fois la capacité de traiter des rejets industriels, des eaux, et puis, avec cette eau-là, nourrir des plantes qui vont produire des aliments. Et on ne s’arrête pas là; on va jusqu’à l’écoconception d’emballages dans le processus », explique-t-il, précisant que le projet est le fruit d’une collaboration entre une quinzaine de partenaires des sphères municipale, industrielle et scientifique.
Parmi ceux-ci, la Distillerie Euclide, qui produit déjà des spiritueux de manière écoresponsable en valorisant entre autres des résidus de transformation de canneberges ainsi que le petit lait d’une fromagerie locale. La perspective de pouvoir réduire encore davantage son empreinte environnementale réjouit le directeur de production, Ken Bouffard. Pouvoir revaloriser l’eau issue de la distillation de sa vodka ainsi que les fruits et aromates utilisés pour ses gins plutôt que les écouler dans le drain ou les envoyer vers le centre de biométhanisation de Warwick l’enchante.
C’est dans notre ADN, dit-il. Le compostage est juste une finalité temporaire en attendant que du monde comme nous autres trouve de quoi faire avec ça. Si ça finit en serre pour la Cité ou bien en eaux usées pour les algues qu’ils veulent cultiver, ça vient de faire deux tours de roue de plus pour un même déchet qui aurait été jeté déjà depuis un méchant moment.
Selon lui, le travail de la Cité, tout comme celui de la ville, qui a été la première au Québec à se doter d’un centre de tri des matières résiduelles dès les années 1980, favorise le maillage entre les acteurs susceptibles de valoriser les « gisements » de ressources auparavant négligées.
Israël Poulin ajoute que le secteur agricole se prête particulièrement bien à l’économie circulaire. « Dans des domaines où l’industrie doit être compétitive, où les prix, la concurrence sont assez intenses, ça amène une volonté d’optimiser toutes les ressources. C’est une réalité dans le domaine agricole. Il y a toutes sortes de projets dont on entend parler, autant de la part des universitaires que des agriculteurs qui essaient d’innover dans le domaine. Donc effectivement, c’est quelque chose qui est vivant pour ce secteur », soutient-il, en précisant que la menace d’imposition de tarifs douaniers américains est un incitatif supplémentaire pour les entreprises de « maximiser toutes les ressources qui passent dans leurs mains ».
La Serre+, dont la construction est en cours à partir de matériaux de construction « réemployés », devrait être inaugurée au début du mois de mai.