Serge Giard (à gauche) a témoigné pour sensibiliser les producteurs agricoles aux risques des pesticides sur leur santé lors du colloque annuel sur la santé et la sécurité de l’Union des producteurs agricoles, le 19 février, à Saint-Hyacinthe. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSerge Giard est un ancien producteur agricole qui a reçu un diagnostic de Parkinson il y a 11 ans. Aujourd’hui président de l’organisme Victimes des pesticides du Québec, il milite pour un meilleur encadrement gouvernemental des pesticides et un transfert plus efficace des connaissances sur le terrain. « Parce qu’apprendre qu’on est atteint du Parkinson, quand on a travaillé à nourrir nos concitoyens, ça finit bien mal une vie », a-t-il confié lors du colloque annuel sur la santé et sécurité de l’Union des producteurs agricoles, le 19 février, à Saint-Hyacinthe.
M. Giard raconte que rien, à l’époque, ne mentionnait que ces produits pouvaient entraîner des problèmes à long terme ou qu’il était recommandé de porter des équipements de protection individuelle pour les utiliser.
« D’ailleurs, je pense que les agronomes ne le savaient pas non plus. On appliquait des insecticides deux fois par semaine dans l’étable portes fermées pour tuer les mouches. Je mettais un masque, mais c’était seulement des feutres qui filtraient l’odeur, pas le produit », a-t-il raconté.
Son souhait, en prenant ainsi la parole, est que son témoignage permette de sensibiliser les producteurs agricoles aux risques reliés aux pesticides sur leur santé, puisque ces risques sont encore trop souvent mal connus ou banalisés.
Les gens sont beaucoup plus informés aujourd’hui, mais ils ne font pas autant attention qu’ils sont informés encore. En plus, les produits ne sont pas appropriés pour ne pas contaminer les gens, même en portant un équipement de protection.
Des actions gouvernementales réclamées
M. Giard réclame des actions rapides des gouvernements. D’abord, au niveau provincial, il suggère un investissement dans la formation d’agronomes qui pourront ensuite faire un meilleur transfert des connaissances sur le terrain. Puis au niveau fédéral, il recommande un resserrement des règles d’homologation des produits, notamment. « Je vais être honnête, l’ARLA [Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire], qui autorise les produits, fait preuve de laxisme au niveau de l’accréditation des pesticides. Il y a 247 pesticides qui sont permis au Canada, mais interdits dans d’autres pays », regrette-t-il.
Celui qui a choisi de convertir ses cultures conventionnelles en régie biologique il y a quelques années, avant de transférer son entreprise à sa relève, a quand même fait preuve de bienveillance envers ses anciens confrères qui continuent à utiliser des pesticides. « Ils ne se lèvent pas le matin en se disant qu’ils sont contents de pulvériser leur champ. Ils pulvérisent parce qu’il n’y a pas vraiment beaucoup d’autres alternatives », a-t-il souligné.
Un système d’homologation jugé « archaïque »
Si les étiquettes apposées sur les contenants de pesticides font mention des irritations cutanées que ces produits peuvent causer, elles font rarement le lien avec les maladies graves qu’ils peuvent déclencher à long terme, déplore l’organisme Victimes des pesticides du Québec (VPQ). « Il faut vraiment travailler là-dessus, pour que les personnes aient la capacité de mieux être informées. Présentement, Santé Canada évalue les matières actives de ces produits, mais ne fait pas de liens, dans leurs homologations, avec les études épidémiologiques sur les maladies liées aux pesticides », a indiqué Pascal Priori, de VPQ, le 19 février. Il a qualifié ce système d’homologation d’« archaïque », alors que Santé Canada aurait, selon lui, la responsabilité de restreindre ou de mieux informer la population en amont par rapport aux risques reliés à l’usage de ces produits.
Un élargissement souhaité de l’accès à un fonds d’indemnisation
L’Union des producteurs agricoles (UPA) souhaite travailler avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour élargir la protection offerte aux producteurs agricoles qui ne sont pas couverts par une assurance en cas de maladie professionnelle. Actuellement, environ 70 % d’entre eux n’ont aucune protection, selon un sondage réalisé par Victimes des pesticides du Québec (VPQ). « Ça veut dire que les personnes qui nourrissent le Québec et qui sont exposées aux pesticides n’ont pas de filet si elles développent un jour une maladie pouvant y être reliée, ce qui peut être dramatique », a souligné Pascal Priori, cofondateur et administrateur de VPQ. Après avoir fait une étude sur les différentes options possibles pour améliorer cette protection, l’UPA dit être arrivée à l’étape de rencontrer le ministre du Travail du Québec pour lui présenter son projet d’élargissement de la couverture par l’entremise du programme de la CNESST.