Acériculture 6 mars 2025

Blocus routiers : les acériculteurs satisfaits des premiers hectares sauvés

Les acériculteurs ont levé temporairement leurs blocus routiers, le 27 février, en échange d’un engagement du ministère des Forêts à réévaluer complètement les travaux de coupe dans l’érablière publique de la Seigneurie de Lotbinière.

« Les ingénieurs forestiers sont sur le terrain depuis [le 28 février]. Ils ont découvert une cinquantaine d’hectares qui devait être coupée, mais qui sera finalement exclue des coupes en raison de son potentiel acéricole. Ils sont en train de vérifier le reste des 313 hectares. Pour nous, c’est quand même positif », affirme Vincent Boutin, président des Producteurs et productrices acéricoles d’Appalaches−Beauce−Lotbinière.

La présence de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) sur le terrain le réconforte, puisque, rappelons-le, cette érablière publique est située en territoire agricole. Selon M. Boutin, les travaux contreviennent à la Loi sur la protection du territoire agricole et des activités agricoles.

Si l’évolution de la situation tend vers le positif, il soutient toutefois que tout n’est pas terminé, car l’avenir des secteurs d’érablière publique situés à proximité des cabanes à sucre déjà en activité demeure encore incertain.

Il reste des pourtours d’érablière en opération qu’on juge avoir du potentiel acéricole et qui devaient être coupés. Les ingénieurs ne sont pas rendus là. J’ai bon espoir que ça se termine bien et qu’on lève définitivement notre blocus, mais si ça ne fait pas notre affaire, on va rebloquer les travaux.

Vincent Boutin
Les manifestants s’interrogent sur la façon dont les arbres ont été marqués pour le traitement sylvicole. Ici, un érable sain a été abattu tandis que les deux érables malades ou altérés ont été conservés, dénonce Vincent Boutin. Photo : Gracieuseté de Vincent Boutin

Un travailleur forestier critique

L’un des travailleurs qui participent directement aux travaux de coupe dans la Seigneurie de Lotbinière demeure critique face aux revendications des acériculteurs. Sans être autorisé à parler publiquement, il mentionne que la moitié du secteur où il travaille est principalement composé de merisier. Selon lui, la stratégie d’y prioriser cette essence est tout à fait logique. Les travaux d’aménagement en feront un secteur propice à la récolte de bois de qualité, le merisier étant utilisé principalement pour le déroulage.

Dans l’autre section à prédominance d’érable, le travailleur dit que les travaux visent à prioriser les tiges d’avenir d’érable rouge et d’érable à sucre, en éliminant les tiges autour qui leur font concurrence.

Oui, on coupe parfois d’autres érables autour, mais ils n’auraient pas eu de croissance. Ceux qui vont faire du sirop auront des érables qui produiront plus vite que dans une érablière qui pousse à son rythme. Aussi, le ménage sera fait s’ils veulent passer leur tubulure.

Vincent Boutin

Le travailleur mentionne que dans ce secteur, des frênes, des pruches et des pins, par exemple, ont parfois été priorisés au lieu de l’érable, selon cette consigne du ministère des Forêts de ne pas y créer de monoculture. « Si tu prends les frênes, on nous a dit de les protéger pour les peuples autochtones », précise-t-il. Les acériculteurs avancent que les travaux ne laissent pas assez de tiges d’érable à l’hectare, ce qu’il met en doute. « Savoir qui a raison sur quoi, ça devient difficile », affirme le travailleur.

Il déplore d’avoir été pris en otage par les acériculteurs qui l’ont empêché de travailler durant une semaine même dans les secteurs où il n’y avait pas de potentiel acéricole. « C’est comme s’ils nous utilisaient. Pourtant, moi, je ne vais pas les empêcher de bouillir leur eau si je veux gagner mon point. Eux nous ont empêchés de travailler, et il y a un coût relié à ça. Le ministère nous a compensés, mais c’est de l’argent qui sort des poches des contribuables québécois. »  


L’ordre venait de qui?

L’acériculteur Vincent Boutin s’interroge toujours sur la provenance de l’ordre d’effectuer des travaux sylvicoles de type puits de lumière, qui conservaient les tiges d’avenir de merisier et de frênes en coupant les autres tiges autour, notamment d’érable rouge et d’érable à sucre. « On ne sait toujours pas pourquoi ils ont voulu faire ça », exprime-t-il.

Pourtant, dans la lettre qu’elle a adressée aux Producteurs et productrices acéricoles du Québec – et que son cabinet a fait parvenir à La Terre, la ministre Maïté Blanchette Vézina rappelait aux acériculteurs que les travaux réalisés dans l’érablière publique de la Seigneurie de Lotbinière ont fait l’objet d’une prescription sylvicole dûment signée par un ingénieur forestier du ministère des Ressources naturelles et des Forêts et qu’il s’agit de travaux reconnus pour ce type de jeune forêt feuillue en croissance, a-t-elle expliquée.

À l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, le président Patrick Pineault indique qu’un ingénieur peut prescrire ce genre de travaux dans le cas où son client le demande, dans ce cas-ci, le ministère des Forêts. Ce type de travaux peut être effectué afin d’améliorer la résilience d’un peuplement en favorisant une autre variété d’essence ou simplement pour favoriser une production de bois plus qu’une autre. L’ingénieur a une certaine responsabilité dans ses réflexions et doit prendre en compte les propriétés de la forêt, de même que la santé du peuplement, « mais à la fin, c’est le propriétaire qui décide », résume M. Pineault.

À savoir si l’Ordre devrait assumer la responsabilité de protéger les érablières publiques, sachant leur importance économique pour le Québec, le président répond que son organisation s’assure que les prescriptions respectent le code de déontologie.

Sur une note personnelle, Patrick Pineault croit qu’il faudrait une meilleure vision à long terme de la richesse pouvant être créée avec les forêts publiques. « Est-ce que les forêts publiques devraient protéger davantage l’érable, le pin blanc? Bonne question! » conclut-il.