Annie Lambert et Patrick Bernier, entourés de leurs filles, Noémie et Roxane, ainsi que de leurs gendres, Jérémy Lapierre et Bruno Côté. Photos : André Laroche
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S'abonner maintenantSHEFFORD – Le sirop d’érable est une affaire de famille depuis cinq générations pour Annie Lambert et Patrick Bernier. Leur fidélité aux traditions ne les empêche pas d’expérimenter et de trouver de nouvelles idées pour mettre une touche de nectar québécois sur la table à longueur d’année.
Lorsque le grand verglas a fauché leurs érables en 1998 à Saint-Pie, près du mont Yamaska, Annie Lambert et Patrick Bernier ont ressenti le besoin urgent de trouver une autre érablière dans le secteur de Granby. Ces fiers descendants d’une longue lignée d’acériculteurs ne pouvaient pas s’imaginer vivre sans la frénésie de la saison des sucres.
« Chacun de nos arrière-grands-parents, autant ceux d’Annie que les miens, possédait une cabane à sucre. Le sirop d’érable coule dans nos veines depuis des générations. La question ne se posait pas : il nous fallait une autre érablière », raconte M. Bernier, dont les premiers souvenirs d’enfance remontent à l’époque de la récolte de l’eau à cheval.

« Tous mes oncles avaient aussi leur cabane », se remémore Mme Lambert, le sourire aux lèvres. « C’est pour nous un mode de vie. »
C’est donc avec bonheur et soulagement que le couple a pu mettre la main, dès l’année suivante, sur une érablière inexploitée depuis plus de 20 ans, à Shefford. Son propriétaire venait de refuser une offre d’un promoteur immobilier qui se promettait d’y construire un quartier résidentiel.
« Nous avons été chanceux », concède Patrick Bernier.
Le verglas n’avait heureusement pas frappé ici, car il y a une différence de température de 2 à 3 degrés avec le reste de la région. Les arbres étaient à pleine maturité et n’étaient pas endommagés. Certains faisaient de six à huit pieds de diamètre.
Les débuts ont été modestes. La première cuvée a été produite dans un petit évaporateur de 2 pieds sur 8 pieds, logé dans un hangar pas tellement plus grand. « Tout était à faire », ricane l’acériculteur. « Il n’y avait qu’un simple chemin forestier pour se rendre jusqu’ici. »
Aujourd’hui, l’Érablière familiale P. Bernier compte 3 500 entailles (5 000 en 2026) et un grand bâtiment de production et de transformation. Plus des trois quarts de sa production sont destinés à la fabrication sur place d’une cinquantaine de produits originaux à saveur d’érable, tous élaborés par la famille.
Créateurs de produits
Avec ses enfants et ses gendres, le couple Lambert-Bernier ne manque pas d’idées pour mettre un goût d’érable dans chaque repas de la journée. « De l’entrée au dessert », précise l’aînée, Roxane Bernier.
Sur leurs tablettes se trouve une vaste gamme de marinades, de vinaigrettes, de sauces BBQ, de gelées et de collations à base d’érable. « Même du chocolat chaud et des épices BBQ! Ça, ce sont les idées de Jérémy [Lapierre] », s’exclame Mme Lambert, en regardant le conjoint de sa fille Noémie, spécialisé en projets événementiels.
Chacun met la main à la pâte pour la création de chaque recette. « Tout le monde dans la famille doit l’aimer avant qu’on l’offre à nos clients. Parfois, les essais peuvent prendre une année complète avant que chacun soit satisfait et donne son approbation », confie M. Bernier, pour qui l’appellation « érablière familiale » n’est pas qu’une marque de commerce. « Annie et Patrick prennent le temps de nous écouter », confirme Bruno Côté, conjoint de Roxane et spécialiste en commercialisation. « Ils apportent l’expérience héritée de plusieurs générations d’acériculteurs. Nous y ajoutons nos expertises et nos idées. »
La famille se fait un point d’honneur de s’approvisionner en ingrédients frais auprès des agriculteurs de leur région. « Pour encourager l’achat local et pour contrôler la qualité des produits », fait valoir M. Côté, qui travaille désormais à temps plein à l’entreprise familiale pour la faire grandir.
« De plus en plus de restaurateurs et des traiteurs de la région intègrent nos produits dans leurs plats et leurs menus », souligne-t-il avec fierté. « Ensemble, nous avons le potentiel de créer quelque chose de beau. »

Fait maison
L’érablière de Shefford compte plusieurs outils bricolés par la famille. Un outil de mesure du niveau des bassins d’eau d’érable, accessible à partir d’une tablette électronique, a été conçu par Jérémy Lapierre pour une fraction du prix d’un instrument commercial semblable.
Un tamis original a aussi été créé pour garantir un calibre uniforme du sucre d’érable. Même si l’appareil a su démontrer son efficacité depuis des années, Patrick Bernier ne manque pas d’idées pour le perfectionner. « Je pourrais changer son mouvement pour qu’il imite celui des mélangeurs de peinture qu’on voit à la quincaillerie », réfléchit-il à voix haute.

Le bon coup de l’entreprise
Pas besoin de creuser la question très longtemps pour s’apercevoir que le bon coup de l’entreprise est la Fête de l’érable, organisée en 2023 pour célébrer le 30e anniversaire de l’érablière.
L’événement a connu un tel succès qu’il est devenu rapidement un incontournable du calendrier printanier.
Les visiteurs peuvent visiter la cabane, marcher dans l’érablière, manger de la tire et goûter au fameux chocolat chaud à l’érable au son de la musique. Des food trucks et un torréfacteur local offrent aussi leurs spécialités.
« Cela nous permet non seulement de faire découvrir nos produits, mais aussi de transmettre une partie de notre culture. Bien des gens sont surpris d’apprendre que le goût du sirop peut changer selon la journée où l’eau a été récoltée », explique Annie Lambert. « Cette journée-là permet de créer un sentiment d’appartenance. Elle génère aussi beaucoup de bouche à oreille, ce qui est souvent la meilleure publicité. »

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Érablière familiale P. Bernier |
| Spécialité : | Produits transformés à l’érable |
| Année de fondation : | 1993 |
| Noms des propriétaires : | Patrick Bernier et Annie Lambert |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 50 acres (20,2 hectares) |
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