Économie 24 février 2025

L’industrie agroalimentaire fait « front commun » face aux tarifs

LONGUEUIL – L’industrie agroalimentaire québécoise, c’est-à-dire les producteurs agricoles, les fournisseurs d’intrants, les transformateurs et les détaillants alimentaires, fait « front commun » pour exiger un soutien rapide des deux paliers de gouvernement, notamment financier, afin de limiter les effets de potentiels tarifs douaniers américains sur leurs entreprises.

« On veut de l’aide, un soutien, des investissements et surtout, on ne veut pas s’endetter. Ce ne sont pas des prêts qu’on veut avoir. C’est un investissement direct, parce que les tarifs et même les contre-tarifs pourraient grandement nous affecter », a fait valoir le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron, en conférence de presse, à Longueuil, le 24 février.

Ce dernier était accompagné de représentants de Sollio Groupe Coopératif, du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, du Conseil canadien du commerce de détail et d’Aliments du Québec. Chacun a pris la parole pour réclamer aux gouvernements provincial et fédéral de prioriser « la sécurité alimentaire » advenant que des tarifs douaniers de 25 % soient imposés sur les produits agricoles exportés aux États-Unis. De l’aide est notamment demandée pour compenser de potentielles pertes de ventes, mais aussi pour développer de nouveaux marchés et réduire la dépendance des entreprises face aux États-Unis.

Plus de 70 % des exportations bioalimentaires québécoises ont été envoyées au sud de la frontière, en 2024, ont-ils fait valoir, ce qui équivaut à 9 G$ de produits. Les secteurs qui dépendent le plus de ce marché sont ceux des fruits, des légumes et de leurs préparations (924 M$), des produits céréaliers incluant la boulangerie (846 M$), des boissons (594 M$), de la viande porcine (589 M$), des produits de l’érable (457 M$), de la viande bovine (201 M$) et des pommes de terre (152 M$).

Outre leur besoin de soutien financier, les intervenants réunis ont réitéré l’urgence d’alléger le fardeau administratif des entreprises agroalimentaires pour les aider à demeurer compétitives dans un contexte d’incertitude économique et à redoubler d’efforts pour promouvoir l’achat local.   

Aussi, advenant l’imposition de contre-tarifs sur les produits américains par le gouvernement canadien, les intervenants ont demandé que soient exclues certaines catégories de produits que le secteur agricole importe largement du sud de la frontière et dont il dépend, à commencer par les engrais, les fertilisants, les emballages, les tracteurs et les ingrédients.

Jean Charest, ex-premier ministre du Québec et membre du conseil sur les relations canado-américaines formé par le premier ministre Justin Trudeau, était présent à la conférence de presse, en appui au mouvement.

L’achat local plus que jamais

L’ex-premier ministre du Québec Jean Charest, qui est membre du conseil sur les relations canado-américaines formé par le premier ministre Justin Trudeau, était présent à la conférence de presse, en appui au mouvement. Selon lui, il est important de se montrer solidaire face à « l’intoxication tarifaire » du président américain, et de capitaliser sur la colère des Québécois et leur volonté de se tourner davantage vers l’achat local.

L’achat local, ça peut paraître un vieux sujet, mais là, les gens se sentent motivés plus que jamais. Les gens, plus que jamais, regardent l’origine de leurs produits.

Jean Charest
La directrice générale d’Aliments du Québec, Isabelle Roy, observe que l’intérêt des consommateurs pour l’achat local est encore plus grand que lors de la pandémie.

La directrice générale d’Aliments du Québec, Isabelle Roy, observe d’ailleurs que l’intérêt des consommateurs pour l’achat local est encore plus grand que lors de la pandémie. La fréquentation du site Web de son organisation a doublé ces dernières semaines, dit-elle, tandis que les demandes de vérification de provenance de produits ont quadruplé.

Michel Rochette, président du Conseil canadien du commerce de détail, reconnaît le besoin d’améliorer l’étiquetage de produits en magasin pour mieux guider le consommateur.

Dans cette optique, Michel Rochette, président du Conseil canadien du commerce de détail, reconnaît le besoin d’améliorer l’étiquetage de produits en magasin pour mieux guider le consommateur. À savoir si les détaillants envisageaient de retirer les aliments américains des tablettes, il s’est contenté de répondre que la priorité à court terme était de « mieux informer » la population dans ses achats.