Environnement 21 février 2025

L’équipement de protection contre les pesticides encore peu porté

SAINT-HYACINTHE – Un sondage dévoilé par le regroupement Victimes des pesticides du Québec (VPQ) montre qu’une faible proportion des producteurs agricoles questionnés utilisent un équipement de protection individuel (ÉPI) adéquat lorsqu’ils manipulent ou épandent des pesticides. 

Les trois quarts (76 %) des quelque 1 465 répondants au sondage ont en effet indiqué ne pas utiliser les équipements de protection de manière systématique, alors que 24 % le font en tout temps. Selon VPQ, ce résultat tend à confirmer deux choses : d’abord, qu’il n’est pas toujours réaliste de porter les ÉPI au quotidien, parce qu’ils ne sont pas toujours adaptés à toutes les tâches agricoles. Ensuite, qu’il y a une possible sous-estimation des risques sur la santé des pesticides de la part des producteurs agricoles. 

Pascal Priori

« Nous, on ne veut pas les surresponsabiliser par rapport à ça, car on ne pense pas qu’ils utilisent de bon cœur les pesticides, et on ne pense pas que c’est en les culpabilisant qu’on va résoudre le problème », a nuancé Pascal Priori, cofondateur et administrateur de VPQ, lors du colloque annuel de l’Union des producteurs agricoles en santé et sécurité, le 19 février, à Saint-Hyacinthe.

Protection en partie

La comparaison des données du sondage a d’ailleurs démontré que les ÉPI ne permettent pas de réduire les risques entièrement, car parmi les personnes qui ont déclaré toujours porter leur ÉPI, 10 % ont dit souffrir d’une maladie pouvant être reliée à l’usage des pesticides.

Bien que cette proportion double pour ceux qui ne le portent que rarement, ça confirme ce qu’on a entendu dire sur le terrain : que les ÉPI vont protéger en bonne partie, mais qu’ils ne garantissent pas un risque zéro.

Pascal Priori, cofondateur et administrateur de VPQ

Au total, 186 des répondants, soit près de 13 %, ont indiqué souffrir d’une maladie pouvant être reliée à l’usage des pesticides. « On constate également que l’usage des pesticides est la norme, puisque neuf personnes sur dix ont utilisé ou utilisent encore des pesticides, avec une grande majorité depuis plus de vingt ans », a-t-il spécifié.

Femmes enceintes et enfants

Le sondage met également en lumière plusieurs comportements risqués des producteurs agricoles québécois en lien avec l’usage des pesticides. Entre autres, 19 % des répondantes féminines ont affirmé avoir été exposées aux pesticides pendant leur grossesse. « Les données scientifiques démontrent [pourtant] que l’exposition intra-utérine aux pesticides peut entraîner plusieurs maladies chez l’enfant, comme des leucémies, des tumeurs du système nerveux, des altérations des capacités motrices cognitives, des troubles du comportement », a énuméré Pascal Priori.

De plus, 40 % des répondants ont dit avoir été exposés aux pesticides pendant leur enfance et leur adolescence, et une proportion de 15 % a admis travailler dans les champs avant le délai d’entrée, soit la période où la présence du produit est encore dangereuse. « C’est vraiment préoccupant et ça montre qu’il y a vraiment un besoin d’information par rapport à ça », a réagi le cofondateur de VPQ, qui estime qu’il y a du travail à faire pour améliorer le transfert des connaissances sur le terrain.  

Le manque de données entourant les intoxications légères ou graves reliées à l’usage des pesticides est un autre problème soulevé par le sondage. Près de 98 % des répondants ayant déjà subi une telle intoxication ne l’ont jamais signalée à Santé Canada ou au Centre antipoison, rapporte VPQ. Le regroupement estime que l’accès à ces données pourrait pourtant jouer un rôle éclairant dans le processus d’homologation des produits par Santé Canada.

Méthodologie

Le sondage de 29 questions a été acheminé par courriel aux membres de l’Union des producteurs agricoles, du 8 mars ou 15 mai 2023. Sur plus de 18 000 envois, un total de 1 465 questionnaires ont été remplis. Selon Victimes des pesticides du Québec, il s’agit d’un très bon taux de réponse qui représente « le plus grand sondage qui a été fait à l’échelle du Québec, voire du Canada, sur l’enjeu des pesticides en lien avec la santé », a mentionné Pascal Priori, lors du dévoilement des résultats. Les constats tirés du sondage ne sont toutefois pas représentatifs de toute la population agricole, a-t-il spécifié, puisque les employés des fermes, dont les travailleurs étrangers temporaires, de même que les retraités ou les personnes malades ou décédées, ne font pas partie de l’échantillon. Les femmes y sont également sous-représentées, tandis que les productions de grandes cultures et laitières y sont surreprésentées. Malgré tout, M. Priori estime que les résultats sont pertinents. Ceux-ci peuvent être consultés en détail sur le site Web de VPQ.