« On entaille des arbres morts pour montrer ce qui nous reste en forêt publique », dit Jonathan Blais. Photo : Producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie
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S'abonner maintenantDes chaudières et des chalumeaux installés sur des érables coupés et empilés; voilà un coup d’éclat qui dénote une tension à la hausse entre les producteurs acéricoles, le ministère des Forêts et les compagnies forestières. « On entaille des arbres morts pour montrer ce qui nous reste en forêt publique », indique Jonathan Blais, instigateur d’une manifestation à Notre-Dame-des-Bois, le 19 février, lors de laquelle des producteurs ont invité les médias à visiter une population d’érables en terres publiques.
Selon M. Blais, les travaux de coupe effectués en forêt publique ne laisseront pas suffisamment d’érables à l’hectare pour exploiter une cabane à sucre. « En 2023, la ministre Maïté Blanchette Vézina [ministre des Ressources naturelles et des Forêts] s’était engagée à développer l’acériculture en forêt publique en Estrie. On lui a demandé de mettre des superficies sur des cartes, mais la ministre se traîne les pieds », accuse celui qui est président des Producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie.
Son regroupement demande que soient protégés, à court terme, 2 800 hectares (ha) à proximité des érablières existantes et 1 400 ha supplémentaires sur un horizon de 10 à 20 ans. « Pendant que nos demandes n’avancent pas, les compagnies forestières se dépêchent de scrapper les érablières. Où nous sommes aujourd’hui, c’est assez frappant. C’est un saccage », s’étrangle-t-il, en entrevue téléphonique.
Lors des dernières émissions de contingents acéricoles, le ministère des Forêts avait rendu disponibles certaines superficies d’érablières en forêt publique et des projets de la relève en ont profité.
Mais depuis ce temps-là, c’est à off et on ne fait que perdre du potentiel par les coupes.
À ses côtés, Rémy Blais indique que les coupes forestières laissent de 100 à 110 érables à l’hectare, soit la moitié d’une érablière en production, dit-il. « Ça fait que rien ne sera disponible pour les 60 prochaines années. Ils sont en train de lapider ce qui reste d’érables en Estrie. »
Des érables transformés en papier
Il n’y a pas que l’Estrie qui se mobilise, les Producteurs et productrices acéricoles d’Appalaches–Beauce–Lotbinière mettent leur grain de sel dans le dossier des terres publiques en identifiant des érables au moyen de rubans dans un parc de la ville de Québec désigné comme site patrimonial.

« On a marqué les arbres comme si c’était une érablière en terres publiques, en mettant des rubans sur les érables en haut de 44 cm de diamètre. Sur une terre gouvernementale, si ce n’était pas à la vue du monde, ils seraient tous coupés. On veut amener le plus de gens possible à regarder ce qui se passe en région, leur dire : “Soyez au courant de ce que votre gouvernement permet présentement comme récolte” », rapporte Michaël Gagné, administrateur du syndicat. Il dit que des marcheurs circulant dans le parc leur ont posé des questions sur le martelage. « Allez-vous abattre ces arbres? Ça n’a pas d’allure! » a répété M. Gagné, en entrevue avec La Terre.
Celui qui est copropriétaire d’une érablière et d’une firme de consultants en foresterie a profité de l’occasion pour conscientiser les citoyens au fait que le bois provenant de la majorité des érables récoltés en forêt publique de sa région est destiné à l’industrie des pâtes et papiers.
Les billes de bois partent au moulin pour faire de la pâte et du papier, tandis que pour nous autres, ce serait des érables qui auraient une grosse production.
Il précise que ce type de moyens de pression n’est qu’un début.
Réponse de la ministre
La Terre a contacté le cabinet de la ministre Maïté Blanchette Vézina pour savoir ce qu’elle pense des accusations provenant des acériculteurs selon lesquelles elle « se traîne les pieds » pour protéger les érables en terres publiques. « Le développement de l’acériculture en forêt publique me tient à cœur. C’est pourquoi j’ai présenté le tout premier plan directeur du développement de l’acériculture en forêt publique en compagnie de Luc Goulet, président des PPAQ [Producteurs et productrices acéricoles du Québec] en avril 2023. Nous avons un dialogue ouvert et continu avec les représentants des PPAQ, les entreprises récréotouristiques, l’industrie forestière et tous les autres utilisateurs de la forêt publique. Le but étant de trouver un juste équilibre entre les différents usages pour profiter pleinement des bienfaits économiques, environnementaux et sociaux de la forêt publique », rapporte son attachée de presse, Émilie Savard.