International 10 février 2025

Tarifs – « On a vécu une semaine en une journée »

La journée du 3 février a été pour le moins mouvementée pour des exportateurs de légumes de conservation, qui ont dû revoir en vitesse leur stratégie de livraison vers les États-Unis, pensant qu’ils subiraient, dès le lendemain, les contrecoups de tarifs douaniers de 25 %. Ce n’est qu’en fin de journée que le président américain, Donald Trump, s’est ravisé, accordant un sursis d’un mois avant l’entrée en vigueur de la mesure.

« On a vécu une semaine en une journée », résume Gabriel Isabelle, dont la ferme se situe à Saint-Michel, en Montérégie. Ce dernier exporte en grande partie sa production de pommes de terre vers les États-Unis, même pendant l’hiver, à laquelle s’ajoutent d’autres légumes racines qu’il achète de divers producteurs du Québec. 

« On s’est dépêchés d’appeler tous nos clients [américains] pour leur dire que s’ils avaient besoin de stock, qu’ils avaient jusqu’à la fin de la journée pour éviter les tarifs. On a envoyé une quinzaine de camions hier », a-t-il témoigné, le 4 février, au lendemain du branle-bas de combat. 

Normalement, l’entreprise envoie plutôt de trois à cinq camions de livraison quotidiennement sur la côte-est américaine, tout dépendamment de la période de l’année, précise-t-il.

En attendant une potentielle imposition de tarifs, dans un mois, M. Isabelle préfère poursuivre le commerce avec ses clients de l’autre côté de la frontière, comme à l’habitude.

Peut-être que ça va arriver, peut-être que ça n’arrivera jamais. C’est difficile d’établir un plan quand on ne sait pas ce qu’il va arriver.

Gabriel Isabelle, producteur

Un plan avec ses clients américains

Marc-André Van Winden, le président du groupe Vegco, avait quant à lui prévu le coup avec ses clients américains, advenant que les menaces de tarifs, qui planaient depuis plusieurs semaines, se concrétisent. 

« On avait une cellule, un conseil exécutif. On a été en ligne ensemble [le 3 février] pour gérer ça. On n’a jamais cédé à la panique », témoigne celui dont le regroupement de 12 fermes maraîchères de la Montérégie exporte, en hiver, des oignons, des céleris-raves et des carottes conservés en entrepôt.

« Lundi [le 3 février], on a envoyé 6-7 chargements aux États-Unis. On n’a volontairement pas prévu de commande le lendemain, la journée où les tarifs devaient entrer en vigueur. On voulait attendre et voir comment ça allait se passer », ajoute-t-il. 

Des pistes de stratégie consistant notamment à se tourner davantage vers le marché local sont envisagées par Vegco si l’imposition de tarifs douaniers venait à se concrétiser le mois prochain et ainsi briser des relations d’affaires de longue date avec ses clients américains. En attendant, c’est la « business as usual » qui reprend, dit M. Van Winden.

Fatigante incertitude

Un autre producteur de pommes de terre de Saint-Michel, Daniel Pinsonneault, espère qu’il saura sur quel pied danser d’ici le printemps. « C’est fatigant, l’incertitude. Là, on se demande si on devrait semer les mêmes choses. Est-ce qu’on devrait faire moins de variétés qu’on exporte aux États-Unis? » se questionne celui dont la ferme envoie aussi beaucoup de légumes de l’autre côté de la ­frontière.


L’achat local appelé à revenir en force

Les initiatives se multiplient pour prioriser l’achat local depuis qu’une guerre commerciale est passée bien près d’être déclarée entre le Canada et les États-Unis. Des listes de produits de remplacement dressées par des citoyens canadiens ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux. La Terre a même observé que des détaillants en alimentation avaient accentué l’affichage de produits canadiens et québécois dans leurs succursales, répondant ainsi aux appels à la solidarité des premiers ministres, dont ceux du Québec et du Canada.


Un plan de retrait établi en vitesse à la SAQ

À la demande du premier ministre, François Legault, la Société des alcools du Québec (SAQ) a préparé en vitesse, le 3 février, un plan de retrait complet des produits américains de ses tablettes, en riposte aux tarifs douaniers qui devaient entrer en vigueur. Il n’a finalement pas été nécessaire de retirer les bouteilles, mais la marche à suivre est établie, advenant qu’il faille recommencer le processus le mois prochain, explique l’agente d’information à la SAQ, Linda Bouchard.


Un sommet économique pour se recentrer sur le Canada

Le gouvernement de Justin Trudeau a profité de la suspension de 30 jours des tarifs américains pour annoncer la tenue d’un sommet économique visant à diversifier les marchés d’exportation du Canada et à faire tomber les barrières entre les provinces et les territoires canadiens. L’événement, organisé par le Conseil sur les relations canado-américaines, dont le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec, Martin Caron, représente l’expertise agricole, devait avoir lieu le 7 février à Toronto.