Lait 7 février 2025

Bilan positif pour le rachat prioritaire des quotas laitiers en Abitibi-Témiscamingue et en Gaspésie

Les producteurs de lait de l’Abitibi-Témiscamingue et de la Gaspésie tracent un bilan positif des cinq premières années de mise en œuvre du programme de rachat prioritaire de quotas laitiers déployé dans ces deux régions pour freiner l’exode des producteurs et y préserver les services de proximité. 

Quand Alexis Richard a décidé de se lancer dans la production laitière, en mars 2024, les dix autres producteurs de lait de la Gaspésie ont mis la main à la pâte pour l’aider à démarrer sur des bases solides. « Vu qu’il n’y a pas beaucoup de fermes, il y a quand même de l’entraide. J’ai eu de l’aide des producteurs de lait et de la Fédération de la relève pour faire des corvées de nettoyage et finir juste avant que les vaches rentrent », indique ce nouveau joueur, le premier à s’établir en Gaspésie depuis deux ans. 

S’il s’est plutôt tourné vers le programme d’aide au démarrage d’entreprises laitières pour entrer en production, il considère la priorité régionale comme un levier de croissance potentiel. « J’ai le désir de grossir de manière raisonnable pour atteindre au moins 100 kilos », fait valoir celui qui détient 51 kilos, mais qui dispose des installations pour 70 à 80 kilos. « Ça me permettrait d’atteindre cet objectif plus rapidement et ça empêcherait ce quota-là de partir de la région. »

Parce qu’avec seulement 11 producteurs, la rétention de chaque goutte de lait compte pour maintenir les services vétérinaires, d’alimentation, d’insémination, de machinerie, poursuit Normand Barriault, président des Producteurs de lait de la Gaspésie. « Lorsque la région se vidait de son quota, ça avait plus tendance à diminuer les services », dit celui qui s’est prévalu de 10 kilos supplémentaires pour « se positionner pour l’avenir », appréhendant les investissements qu’il faudra faire pour se conformer au Code du bien-être animal. 

Son homologue de l’Abitibi-­Témiscamingue, Michel Robert, mentionne, pour sa part, que la mise en place du mécanisme de rachat prioritaire autorisé par la Régie des marchés agricoles, en 2019, a non seulement stoppé l’exode de quota laitier dans la région, mais, ajouté à la croissance naturelle du marché et a aussi permis de ­consolider des entreprises. 

Dans des régions comme l’Abitibi-­Témiscamingue et la Gaspésie–Les Îles, le prix des terres est définitivement plus bas. Donc, la capacité d’offrir des garanties aux financiers est moins là. Si tu le compenses par l’accès à un revenu supplémentaire parce que tu as accès à une priorisation de quotas, ça donne une chance.

Michel Robert, producteur de quatrième génération établi à Saint-Eugène-de-Guigues

M. Robert précise que les producteurs, étant soucieux de garder leurs voisins, souhaitent étaler leurs rachats pour « donner la chance au maximum de producteurs de ­pouvoir acheter ».   

Selon lui, le maintien d’une « masse critique » de producteurs est aussi une bonne nouvelle pour les cinq fromageries de sa région et l’usine de Lactalis à Laverlochère, qui produit du beurre et de la poudre de lait. « C’est une usine importante pour le Québec et l’Ontario. C’était important de consolider la région comme une région qui produit encore du lait et qui produit quand même un bon volume pour s’assurer de la pérennité de cette usine établie depuis 100 ans », dit-il.