Petits fruits 12 février 2025

Une pépinière de plants de fraises nordiques pour ne plus dépendre des États-Unis

Les Entreprises Pitre s’allient à la pépinière Novafruit pour l’aménagement d’un nouveau site, à proximité de la ferme, où seront cultivés de jeunes plants de fraises adaptés au climat nordique. Les producteurs de petits fruits des Hautes-Laurentides espèrent, par cette initiative, parvenir à l’autosuffisance plutôt que d’importer des plants des États-Unis.

« Actuellement, on n’a pas le choix de cultiver dans nos champs des plants qu’on importe de la Californie. Nous, ce qu’on veut, c’est venir produire au Québec tout ce dont on a besoin. On veut tout faire à proximité de la ferme », explique, en entrevue, le copropriétaire des Entreprises Pitre, Jérémie Pitre.

L’agriculteur de Lac-des-Écorces précise que la nouvelle pépinière, dont la construction est prévue en 2025, se spécialisera dans la production des jeunes plants de fraises et de framboises destinés à la culture hors sol. Le climat nordique permet la production de ce type de plants, contrairement à ceux destinés à la culture en plein champ traditionnelle, qui doivent être importés du sud de la frontière.

Jérémie Pitre

La culture hors sol, en revanche, est encore émergente au Québec et l’offre de plants, plutôt limitée. D’où l’intérêt pour lui de s’allier à l’expertise de Novafruit, pour l’aménagement d’une nouvelle pépinière à la fine pointe de la technologie qui ­viendra propulser la production. 

« On a commencé la transition vers le hors sol, sous tunnel, il y a trois ans. L’an dernier, on avait 21 hectares cultivés de cette manière, dont 9 hectares de fraises », ajoute le producteur, qui se fixe pour objectif que l’entièreté de sa production soit hors sol, dans un horizon de dix ans.

Comme la majorité de ses superficies, qui s’étendent sur 150 hectares, sont encore cultivées en plein champ, l’agriculteur est conscient que la transition complète ne se fera pas en criant ciseau et qu’elle exigera de nombreux investissements. Il estime néanmoins que le jeu en vaudra la chandelle à long terme.

La technique hors sol requiert beaucoup moins de main-d’œuvre que la culture en plein champ, parce que la cueillette est plus facile et plus rapide. Elle se fait debout, plutôt que penché. Photo : Émilie Parent-Bouchard

« Avec les tunnels, on peut prolonger la saison de culture. Aussi, on peut cultiver beaucoup plus de fruits à l’hectare; c’est plus concentré. Ça requiert beaucoup moins de main-d’œuvre, parce que la cueillette est plus facile et plus rapide. Elle se fait debout, plutôt qu’en position penchée. Les fraises sont exposées, moins cachées dans le feuillage, donc elles se récoltent plus vite. Les tunnels viennent protéger les cultures, qui sont moins à la merci des intempéries », énumère le producteur. Ce dernier fonde énormément d’espoir sur cette technique culturale, dans un contexte de rareté de la main-d’œuvre et de changements climatiques. En Europe, d’ailleurs, elle est déjà largement adoptée.

Pour nous, c’est vraiment l’avenir. On veut contribuer au développement de la culture hors sol au Québec.

Jérémie Pitre, copropriétaire des Entreprises Pitre

20 millions de plants par année

La pépinière Novafruit se spécialise déjà dans la production de plants de petits fruits sur substrat, destinés à la culture hors sol, depuis 2002, à Saint-Paul-d’Abbotsford, en Montérégie. Son fondateur et président, Simon Parent, précise que le projet de nouveau site, dans les Hautes-Laurentides, permettra à son entreprise de quadrupler sa production annuelle, la faisant passer de 5 millions de plants à 20 millions de plants. Les installations nécessiteront des investissements de plus de 8 M$.

Jérémie Pitre, qui cultive 150 hectares de petits fruits dans les Hautes-Laurentides, a présenté ses nouvelles installations sous tunnels à un groupe de curieux, l’été dernier. Sa ferme produit actuellement 21 hectares de fruits hors sol, dont neuf hectares de fraises.  Crédit : Gracieuseté de l’Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec

« On vient combiner l’expertise et l’expérience de Novafruit avec la capacité d’opération et de déploiement à grande échelle des Entreprises Pitre, dit-il. On va venir combler les besoins des Entreprises Pitre pour ce type de plants, mais on veut aussi développer de nouveaux marchés dans l’ensemble du Québec et, ultimement, dans le nord-est des États-Unis. »

Selon Simon Parent, la fraîcheur du climat, en zone plus nordique, favorisera la vigueur de certaines variétés de plants.

« On vient éviter les maladies liées à la chaleur. Aussi, le site de la nouvelle pépinière va être complètement isolé, en pleine forêt, à l’abri de toute menace de contamination externe. L’isolement complet empêchera le transfert de maladies », précise-t-il, ajoutant que le projet consistera, plus concrètement, à transformer une pépinière forestière en pépinière de petits fruits.