Le contexte économique difficile influence le comportement des consommateurs, dont le pouvoir d’achat diminue. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantLe ralentissement probable de la croissance économique canadienne, influencé notamment par la baisse des seuils d’immigration, le climat commercial incertain avec les États-Unis et un dollar canadien sous la barre de 70 cents américains, fait pressentir à Financement agricole Canada (FAC) une année 2025 plutôt hostile pour les entreprises agricoles du pays.
« Puisque les perspectives économiques ne sont pas très bonnes, la Banque du Canada va probablement continuer de baisser les taux à court terme jusqu’à 2,5 % avant la fin de l’année », a souligné Krishen Rangasamy, directeur des services économiques à FAC, lors d’une présentation virtuelle sur les perspectives économiques 2025 pour le secteur agricole et agroalimentaire canadien, le 23 janvier. Son confrère Jean-Philippe Gervais, économiste en chef à FAC, a exposé le dilemme des producteurs :
Les entreprises agricoles devront donc décider si elles vont avec des taux à court terme, qui vont continuer à baisser, ou si elles vont plutôt avec des taux à long terme, qui devraient rester plus élevés.
Cette faible croissance économique anticipée n’est toutefois pas une bonne nouvelle pour le dollar canadien, « qui vient de passer une année difficile, sous la barre de 70 cents américains, et qui pourrait garder cette valeur encore quelques mois », a poursuivi M. Rangasamy.
Le bon côté est qu’il pourrait y avoir un effet positif sur certains secteurs de production pour lesquels le revenu est converti selon un prix de référence en dollars américains.
En revanche, il augmente le prix de certains intrants, de l’équipement ou de la machinerie achetés du côté américain, ce qui pourrait faire gonfler la valeur des investissements, préviennent les deux économistes.
Un consommateur « sous pression »
Ce contexte économique influence également le comportement des consommateurs, qui sont aussi sous pression en raison de l’inflation et des taux d’intérêt hypothécaires encore élevés, diminuant leur pouvoir d’achat. « On a vu, dans les dernières années, un changement dans les préférences des consommateurs, qui ont, par exemple, décidé de consommer moins d’alcool. […] Ça reflète en partie la pression sur le budget des ménages, où l’alcool peut être considéré comme un article discrétionnaire, alors que les ménages ont plutôt priorisé la consommation des produits non discrétionnaires. C’est une tendance qu’on va continuer à observer cette année et qui pourrait forcer les entreprises agroalimentaires à revoir leur stratégie », a prévenu M. Rangasamy.
Quelques prévisions par secteur
Porcs : La production porcine canadienne pourrait subir l’effet d’une nouvelle règle facultative sur l’étiquetage du pays d’origine sur la viande vendue aux États-Unis. Bien que cette règle n’entre en vigueur que l’an prochain, les transformateurs américains pourraient commencer à la mettre en œuvre plus tard cette année, mentionne FAC. Cela pourrait perturber la demande d’exportation et entraîner une diminution du cheptel porcin canadien dans les années à venir.
Machinerie : Les ventes d’équipement agricole devraient continuer de diminuer en 2025, quoique de manière moins importante qu’en 2024. Ce déclin s’explique par différents facteurs, dont la hausse du prix des équipements et un resserrement de la rentabilité des entreprises. Cette faible demande a également perturbé le marché des équipements d’occasion, avec une augmentation des stocks souvent vendus à des prix inférieurs. Dans ce contexte, les coûts globaux des équipements devraient être mieux alignés sur les revenus agricoles qu’au cours des deux dernières années, selon FAC.
Bovins : Le cheptel bovin canadien a atteint son niveau le plus bas en 30 ans l’an dernier, et cette tendance devrait se poursuivre au début de 2025, malgré des prix très élevés. « Tant que le cheptel reste bas, les prix resteront à des niveaux presque records. La rentabilité des
éleveurs-naisseurs devrait rester solide en 2025 », mentionne FAC, qui n’anticipe pas de reconstitution du cheptel canadien avant la fin de l’année ni d’expansion marquée avant quelques années.
Canola : Selon les perspectives de FAC, l’enquête antidumping de la Chine et une récolte canadienne de canola moins abondante que prévu alimentent l’incertitude sur ce marché en 2025. La commercialisation du canola canadien sera aussi influencée par les changements dans les politiques relatives aux biocarburants des États-Unis et par d’éventuels droits de douane américains sur les importations.