International 31 janvier 2025

Tarifs de 25 % : voici comment le Québec agricole pourrait être touché

Imposera, imposera pas de tarifs douaniers le 1er février? Après que l’agence Reuters ait affirmé que Donald Trump repoussera au 1er mars l’exécution de ses menaces tarifaires, la Maison-Blanche a bel et bien confirmé, le 31 janvier, que des tarifs douaniers de 25 % entreront en vigueur dès le lendemain sur les produits du Canada.

Des producteurs du Québec craignent de subir les contrecoups d’une telle décision. La Terre a sondé quelques intervenants sur certains points névralgiques.

Porc

Le Québec a exporté plus de 0,5 G$ de viande de porc aux États-Unis, son meilleur client à l’international, selon les chiffres de 2023 des Éleveurs de porcs du Québec. Des frais de douane feraient donc très mal, dit René Roy, président du Conseil canadien du porc.

Ça nous inquiète beaucoup. Dans l’est du pays, comme au Québec, on perdrait des parts de marché. Oui, à moyen terme, nous pourrions trouver d’autres marchés, mais cela entraînerait des pertes économiques. Car si notre industrie vend tant aux États-Unis, c’est que la distance et le type de produits qu’on leur envoie demeurent plus payants que les ventes sur d’autres marchés.

René Roy, président du Conseil canadien du porc

La viande de porc pourrait être détournée vers d’autres pays, dont le Mexique, où des ventes se sont déjà accentuées depuis les menaces trumpistes, dit M. Roy. Ce type de déplacement de mise en marché sera beaucoup plus compliqué, voire impossible, pour les producteurs porcins de l’Ouest canadien, qui misent sur l’exportation de porcelets. « Il y a 6,7 millions de porcs qui naissent au Canada et qui sont envoyés aux États-Unis. Eux sont extrêmement inquiets », insiste l’éleveur de la Beauce.

Fait intéressant, l’inquiétude est réciproque, souligne-t-il, puisque les fermes d’engraissement et les abattoirs américains qui comptent sur ces porcelets pourraient difficilement s’en procurer à court et moyen terme. Considérant que les 583 M$ de viande de porcs achetés par les Américains correspondent à un besoin, M. Roy croit que les commerçants du sud de la frontière font pression sur leur propre gouvernement afin d’exempter ce secteur. 

Érable

La majorité des volumes de sirop produit au Québec est exportée dans le monde et le premier client est sans conteste les États-Unis avec 62 % des exportations. Le deuxième pays qui importe le plus de sirop du Québec est l’Allemagne avec… 8 % des exportations totales.

En fait, sur les 108 millions de kilos de sirop d’érable produit lors de la récolte record de 2024, 45 millions ont été livrés aux États-Unis. Une hausse de prix de 25 % sur les produits de l’érable, déjà perçus comme un produit de luxe par plusieurs consommateurs américains, pourrait nuire aux ventes et diminuer significativement les volumes exportés aux États-Unis.

On garde la tête froide, on regarde les options et on attend que Trump prenne ses décisions.

Joël Vaudeville, directeur des communications aux Producteurs et productrices acéricoles du Québec

Son organisation a néanmoins contacté les gouvernements provincial et fédéral, les avisant qu’elle aura besoin de soutien pour développer de nouveaux marchés advenant l’imposition de frais de douane.

Grandes cultures

Même si les exportations de grains aux États-Unis ne sont pas énormes, advenant l’imposition de frais de douane, les producteurs de maïs, de soya et d’avoine devraient trouver d’autres marchés, appréhende Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec (PGQ), ce qui impliquerait des pertes financières. Il se demande si Donald Trump sévira contre les produits de base comme le grain ou seulement les produits transformés.

Chose certaine, il espère que le gouvernement canadien, en signe de représailles, ne taxera pas les semences, les engrais ou les pesticides provenant des États-Unis, comme il l’a fait en taxant les engrais russes, une stratégie canadienne qui désavantage les producteurs québécois.

Le prix de plusieurs grains du Québec, comme le maïs et le soya, est basé en grande partie sur le prix de la Bourse de Chicago. Ramzy Yelda, analyste principal des marchés pour les PGQ, indique à ce sujet que les mesures de Trump pourraient provoquer un effet domino. « Si le Mexique se fait imposer un 25 % [de tarifs douaniers], il va vouloir à son tour riposter et pourrait décider d’acheter son maïs ailleurs qu’aux États-Unis. Sauf que les Mexicains sont de bons clients pour les États-Unis et le fait d’acheter ailleurs leurs quelque quatre millions de tonnes pourrait faire baisser le prix à Chicago [et donc au Québec] », avance-t-il comme hypothèse.

L’autre avenue, qui stressera davantage les marchés, souligne-t-il, est de voir M. Trump poursuivre son élan de guerres commerciales en s’attaquant ensuite à la Chine, comme il l’avait fait lors de son premier mandat, ce qui avait pénalisé les cours du soya, notamment. Inversement, si les actions du président américain plombent les ailes du huard canadien, le prix des grains québécois pourrait s’accroître. 

Gestion de l’offre

Les tarifs douaniers ne devraient exercer que peu d’impact sur le prix du lait, des œufs, du poulet et du dindon, tous protégés par la gestion de l’offre. Par contre, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a dit, le 29 janvier, que l’industrie laitière canadienne était déloyale envers les producteurs laitiers américains et, selon l’agence Bloomberg, il a affirmé que cette situation allait prendre fin. Une telle déclaration augure mal pour une éventuelle renégociation du traité de libre-échange, surtout que le projet de loi visant à protéger la gestion de l’offre par les parlementaires d’Ottawa a été mis sur la glace.

Des produits locaux gagnants?

Les mesures du président américain pourraient donner un coup de pouce aux produits locaux du Québec. Par exemple, le jus d’orange américain qu’Ottawa veut taxer en réponse aux tarifs de Trump pourrait être substitué par les consommateurs québécois par du jus de pomme local. Ou encore taxer la fraise de la Californie pourrait aider à la commercialisation de la fraise du Québec de serre ou de champ. Même chose pour des produits maraîchers bio américains qui, une fois taxés, pourraient favoriser l’achat de légumes provenant de petites fermes locales. Tout comme taxer le bœuf américain pourrait contribuer à populariser la viande du Québec vendue entre autres dans les kiosques à la ferme.