Yan Gordon commande ses semences en évitant autant que possible les variétés provenant de pays en guerre comme Israël, où sont commis des gestes qu’il désapprouve. Photo : Gracieuseté Potagers des nues mains
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S'abonner maintenantAlors qu’il procède actuellement à la commande de ses semences, le producteur maraîcher Yan Gordon veille à demander leur provenance afin de laisser tomber celles qui proviennent de pays en guerre comme Israël, où sont commis des gestes qu’il désapprouve.
« Le bio a des valeurs écologiques, des valeurs de donner de bonnes conditions de vie aux plantes et aux animaux, mais le bio imbrique aussi des valeurs morales, de justice et de bien-être pour tous les humains. Je me trouvais hypocrite et pas en lien avec mes valeurs d’acheter mes produits d’une industrie dont le pays est en guerre et qui dépossède d’autres gens », explique le propriétaire de la ferme Les potagers des nues mains, en Estrie.
Un confrère de sa région, David Whiteside, fondateur et propriétaire de la ferme Les Jardins de la Marmotte, à Bromont, partage la même réflexion. « Je boycotte les semences et les produits d’irrigation venant d’Israël depuis deux ans. Les crimes de guerre là-bas, je ne suis pas à l’aise. Qu’Israël empêche des aliments de base de rentrer, qu’il prenne la famine comme arme de guerre, en tant qu’agriculteur qui tente de nourrir le monde, je n’aime pas ça. »
Une tâche ardue
Les deux agriculteurs ne cachent pas qu’il s’avère une tâche ardue de retracer l’origine des semences.
Il y a de bonnes variétés de tomate cerise, d’aubergine, de concombre libanais, de courge spaghetti qui viennent d’Israël et qu’on utilisait beaucoup. Quand tu achètes tes semences de différents distributeurs, c’est difficile [de savoir d’où elles viennent].
Yan Gordon effectue des recherches en ligne pour trouver leur origine. Il demande à ses fournisseurs de les identifier et, même, de prendre action comme lui, mais ils préfèrent ne pas se mouiller, constate le producteur. Il estime que les agriculteurs qui ont à cœur la souveraineté alimentaire et l’équité devraient se politiser, regarder ce qui se passe sur la scène géopolitique « et avoir une éthique en conséquence dans leurs approvisionnements », plaide-t-il.
Ce type de sujet politique est cependant délicat, reconnaît M. Gordon.
« Tout le monde a peur de parler de ça, de se faire catégoriser d’antisémite [personne qui manifeste de l’hostilité envers le peuple juif], mais hey, on ne parle pas de Juifs ni d’Arabes. On parle de l’État d’Israël qui fait des crimes de guerre. »
Rappelons qu’en novembre 2024, la Cour pénale internationale a lancé des mandats d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité contre le premier ministre israélien et son ministre de la Défense. Au moment d’écrire ces lignes, une trêve venait de s’amorcer afin de permettre entre autres à l’aide humanitaire d’entrer de nouveau à Gaza.