Volailles 24 janvier 2025

L’éclosion à la ferme désormais prévue à la loi

Depuis janvier 2025, les éleveurs qui souhaitent intégrer la technique d’éclosion à la ferme n’ont plus à demander un permis de couvoir, comme c’était le cas auparavant.  

Bien que permise en production, cette technique provenant d’Europe, mais qui est encore marginale au Québec, n’était pas encore prévue à la réglementation canadienne encadrant la santé des animaux et les couvoirs. Ces dernières années, la Fédération canadienne des couvoirs et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) ont donc travaillé à un amendement pour l’inclure, précise Julie Boudreau, directrice générale des Couvoiriers du Québec.

Les premiers éleveurs canadiens qui ont voulu l’implanter, autour de 2019, se sont retrouvés devant un flou réglementaire, signale Nathalie Robin, directrice des audits et des programmes aux Éleveurs de volailles du Québec (EVQ).

Ils ne savaient pas trop comment gérer ça, car ce n’était pas encore prévu au règlement. Ils ont dû demander un permis de couvoir en attendant. Mais ça n’avait pas de sens, car ces éleveurs ne font pas d’incubation comme les couvoirs, juste de l’éclosion. Alors, c’était trop.

Nathalie Robin, directrice des audits et programmes aux EVQ

Cette solution temporaire a néanmoins été privilégiée pour s’assurer que les exigences en matière de bien-être animal et de salubrité des aliments étaient respectées de la même manière qu’au couvoir pendant les quelques jours suivant l’éclosion à la ferme. 

Depuis l’entrée en vigueur du règlement, ce sont désormais les associations provinciales d’éleveurs, dont les EVQ pour le Québec, qui ont la responsabilité de veiller à ce que ces règles soient respectées par les éleveurs qui font l’éclosion à la ferme. Les premiers audits devraient d’ailleurs se faire pour la première fois au courant de l’année, précise Mme Robin. 

Une pratique appelée à croître?

Actuellement, à l’échelle du pays, seulement deux entreprises avicoles font de l’éclosion à la ferme. Il s’agit du groupe Westco, au Nouveau-Brunswick, et du Groupe Aquino, au Québec, dont le propriétaire, Pierre-Luc Leblanc, a parlé des avantages de cette technologie lors d’un panel de discussion, le 16 janvier, dans le cadre du Salon de l’agriculture, à Saint-Hyacinthe. Il observait entre autres une amélioration en matière de bien-être parce que les poussins, dès l’éclosion, ont rapidement accès à de la nourriture, a-t-il expliqué. Selon lui, cette pratique d’avant-garde pourrait devenir la norme dans les prochaines années pour répondre aux préoccupations grandissantes pour les questions de bien-être animal. 

Une technique qui bouscule les façons de faire

De leur côté, les Couvoiriers du Québec se disent satisfaits de ce nouvel encadrement réglementaire, bien qu’ils estiment qu’il y a encore plusieurs aspects à préciser. « Surtout si cette technique est appelée à être utilisée par un plus grand nombre d’éleveurs », souligne le président de l’organisation, Richard Sénéchal. 

« Là, ce n’est pas un problème parce que le seul éleveur qui utilise cette technique [au Québec] le fait avec ses propres œufs. Mais si un éleveur indépendant veut le faire avec les œufs d’un couvoir, ça soulève plusieurs questions. Par exemple, c’est le couvoir qui est responsable de l’œuf jusqu’à l’éclosion, alors qu’avec cette technique, l’œuf se retrouve à la ferme du jour -3 au jour 1. Il reste donc ce petit bout à raffiner », mentionne-t-il. 

Le mode de rémunération des producteurs d’œufs d’incubation est un autre enjeu, selon M. Sénéchal, puisque ceux-ci sont payés selon le taux d’éclosion des œufs, qui est calculé au couvoir.

D’autres éléments qui se font actuellement au couvoir, comme le sexage des poussins, pourraient également freiner l’implantation de cette technique, puisque les transformateurs demandent généralement que les lots soient divisés entre mâles et femelle pour des questions d’uniformité des carcasses.