Forêts 17 janvier 2025

Des regrets d’avoir planté 18 000 arbres

COMPTON – Philippe Lessard a planté 18 000 arbres en 2004 sur sa terre agricole familiale avec l’objectif d’obtenir un revenu de la forêt et de potentiellement reconvertir le tout en terre agricole par la suite. Vingt et un ans plus tard, l’agriculteur se désole que les arbres ne semblent pas de qualité suffisante pour générer de grands profits, et que la terre ne pourra plus être remise en culture en raison de la restriction actuelle sur les milieux humides.

« Je l’ai fait à l’époque pour rentabiliser la ferme et cela ne s’est pas révélé concluant. Pas rentable », dit le propriétaire de la Ferme Lennon. En marchant dans sa plantation, il se rend compte que les pins rouges qu’on lui avait conseillé de planter connaissent plusieurs ratés.

Certains poussent croche, décrit-il. La tordeuse en a aussi attaqué; les têtes ont été mangées et ont repoussé en double. Sortir de beaux billots là-dedans ne sera pas évident.

Philippe Lessard, propriétaire de la Ferme Lennon

M. Lessard ne met la faute sur personne, ayant lui-même effectué les démarches pour transformer un pâturage de six hectares en plantation forestière. Deux décennies plus tard, le calcul est différent. Les fameux six hectares auraient sûrement généré plus de revenus avec d’autres productions. 

« Une plantation de sapins de Noël, tu mets 1 000 arbres à l’acre, s’il te reste 10 $ par arbre, tu peux sortir un bon montant », mentionne-t-il, en faisant également allusion aux productions de grains ou de fourrages. Avec le recul, il se dit qu’il aurait tout simplement pu louer la terre à un autre agriculteur. À un prix de près de 250 $ l’hectare, il aurait empoché 1 500 $ de revenus par année, soit 30 000 $ en vingt ans. 

Sans compter que la valeur d’une terre agricole a augmenté beaucoup plus qu’une même superficie en boisé. « Ici, c’est rendu que ça vaut 10 000 $ de l’acre en agricole, tandis que si j’ai 3 000 $ ou 4 000 $ l’acre pour le bois, c’est beau », compare-t-il. À refaire, le producteur dit qu’il n’aurait rien planté ou qu’il aurait choisi des essences autres que le pin rouge.

Chez soi, sans l’être

Philippe Lessard a voulu couper à blanc quelques hectares de ses boisés pour agrandir ses prairies. Pour obtenir son permis, il s’est adressé à sa municipalité, qui l’a transféré à la MRC, qui l’ont référé à un ingénieur forestier pour caractériser lesdits boisés. Surprise! Tout est en milieu humide. 

« L’ingénieur est venu avec sa pelle, il a fait quelques trous et a dit que ce sont des milieux humides partout. Ça veut dire que je suis bloqué. Même la partie qui était en prairie il y a 20 ans, avec preuve à l’appui que c’était cultivé [et qui est maintenant en plantation], je ne pourrai jamais le bûcher à blanc et aller le remettre en culture », peste-t-il. D’autant plus, ajoute le propriétaire de Ferme Lennon, que la caractérisation du milieu humide est discutable. « S’il pousse des quenouilles ou que tu vois que c’est humide, c’est correct; c’est certain que je ne détruirais pas ça. Mais il ne faut pas virer fou non plus. Il y a des endroits qui ne sont pas des milieux humides et où je pourrais très bien défricher 5 ou 7 acres, mais maintenant, c’est comme ça. Tu penses être chez vous, mais tu ne l’es plus. »