Partenaire de La Terre 17 janvier 2025

La grande épopée d’une petite baie

La perception voulant que la canneberge pousse dans l’eau et qu’il s’agisse d’un « petit » marché a la vie dure. Pourtant, cette super baie riche en propriétés antioxydantes, antibactériennes et anti-inflammatoires contribue pour près de 150 M$ du PIB, et plus de 35 M$ aux revenus des gouvernements. Regard sur une industrie bien rodée qui soigne ses méthodes.

De la récolte jusqu’au stade de l’emballage, les canneberges subissent différentes étapes de criblage et de tri. 

Du champ jusqu’à l’expédition

Déboulonnons d’abord le mythe de la plante aquatique : la canneberge s’enracine dans un sol sableux, au pH faible et bien drainé. Au moment de la récolte, on inonde les champs : les canneberges flottent alors à la surface, et une batteuse circule pour détacher les fruits. « On pratique une récolte mouillée où les canneberges sont aspirées avec une pompe à fruits », explique le président de l’Association des producteurs de canneberges du Québec (APCQ) et président de la cannebergière Pampev, Vincent Godin. « La récolte est ensuite placée en vrac dans des semi-remorques, puis transportée vers les usines pour être conditionnée », précise M. Godin qui est aussi copropriétaire, avec la famille Boilard, de l’entreprise Emblème Canneberge inc., qui se spécialise dans le conditionnement, la congélation, le tri et la distribution. « À l’usine de conditionnement, les conteneurs sont versés dans des piscines de réception, ce qui évite un trop gros choc sur les fruits. Les canneberges circulent ensuite sur des convoyeurs et subissent un triage. Elles sont ensuite versées dans des bennes de bois de 1 200 lb [544 kg] en direction des chambres de congélation », résume-t-il. Pendant tout le mois d’octobre, les usines de conditionnement et les congélateurs spécialisés procéderont à l’entreposage des canneberges fraîches. Une fois congelées, celles-ci seront expédiées à l’exportation dans des conteneurs maritimes ou des camions réfrigérés, précise M. Godin. « Le système fonctionne bien : le Québec produit des canneberges congelées d’une très grande qualité », ajoute fièrement l’entrepreneur, qui exporte 90 % de sa production vers les États-Unis, la Chine, l’Europe et l’Océanie.

Les canneberges sont entreposées pour congélation dans des bennes pouvant contenir jusqu’à 544 kg. 

Des outils pour réussir

La qualité des fruits n’est pas étrangère à la cohorte d’agronomes et de chercheurs qui gravite autour des cultures. Les producteurs comptent notamment sur le soutien du Club Environnemental et Technique Atocas du Québec (CETAQ), qui les accompagne vers la lutte intégrée. « Le CETAQ s’occupe du dépistage, des recommandations agronomiques et du suivi au champ », souligne M. Godin. En collaboration notamment avec l’Université Laval, l’Université du Québec à Montréal, l’Université McGill et différents centres de recherche appliquée, entre autres le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+), l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), des projets de recherche portant notamment sur la pollinisation, la fertilisation, la biodiversité, la gestion de l’eau et le contrôle des ravageurs se poursuivent en continu. Inauguré le 25 mars 2024 , le Centre de Recherche et d’Innovation sur la Canneberge (CRIC) entend pousser encore plus loin le développement d’études nécessitant des expertises spécifiques. « Le CRIC répond au souhait des producteurs de se doter d’un organisme de recherche et de coordination indépendant. Un comité de priorisation qui regroupe plusieurs personnes exprime les directions que l’industrie veut donner à la recherche est déjà en place », indique M. Godin.

Un meilleur contrôle des conditions de culture

Ces efforts de recherche concertés mènent à des pratiques mieux adaptées aux conséquences des variations climatiques et aux impératifs commerciaux des cultures. « On est capables de se protéger contre le gel au printemps et à l’automne, et de réagir aux périodes de sécheresse grâce aux systèmes d’irrigation. On dépiste 100 % des superficies, ce qui contrôle le risque de dommages par les insectes », souligne Vincent Godin, qui voit les équipements d’irrigation et de drainage de pointe, et le dépistage systématique des champs, comme des facteurs différenciants. « L’aspect majeur qui distingue notre industrie des autres cultures, c’est vraiment le contrôle qu’on a sur notre production », affirme l’entrepreneur. « Cela nous permet d’offrir une stabilité relative au niveau des rendements et d’être extrêmement performants. Cette stabilité de volume se traduit par une certaine stabilité au niveau des prix de marché. Et ça, c’est extrêmement apprécié des acheteurs », conclut-il.  


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