Élevage 8 mars 2022

La rareté des identifiants de traçabilité inquiète

Un changement de système informatique chez Allflex, un fournisseur d’identifiants pour animaux (communément appelés tags), occasionne d’importants retards de livraison chez les producteurs ovins depuis le mois de novembre, ce qui perturbe leurs activités en forte période d’agnelage.

Depuis le temps des Fêtes, Leïla Arbour peine à se faire livrer des identifiants Allflex à la ferme. Photo : Gracieuseté de Leïla Arbour
Depuis le temps des Fêtes, Leïla Arbour peine à se faire livrer des identifiants Allflex à la ferme. Photo : Gracieuseté de Leïla Arbour

En vertu du Règlement sur l’identification et la traçabilité de certains animaux, les éleveurs ovins ont l’obligation d’identifier les agneaux dans les 30 jours suivant leur naissance, à l’aide de puces électroniques et de plaques apposées sur les oreilles.

À Bonaventure en Gaspésie, 100 agneaux des Bergeries du Margot se promènent dans les enclos avec des traces de peinture colorée sur le dos ou de petits identifiants temporaires sur une oreille depuis janvier. La relève de la ferme, Leïla Arbour, soutient que les identifiants achetés à la meunerie ne sont pas aussi solides que ceux d’Allflex et lui ajoutent du travail. L’appel qu’elle a fait le 2 mars à la ligne d’urgence spécialement mise en place par Attestra, le gestionnaire du système de traçabilité ovin et distributeur d’identifiants Allflex au Québec, n’a pas porté fruit. « J’ai appelé tout à l’heure pour en commander d’autres et ils n’en ont plus. Ça ira à vendredi ou lundi, mais ils ne m’enverront pas beaucoup de tags à la fois. Quand les agnelages commencent, ça roule. Je ne peux pas attendre qu’ils m’en envoient tout le temps [en petite quantité] », dit-elle. La productrice attend 150 à 170 naissances supplémentaires au cours des deux prochaines semaines.

Il ne reste que 50 identifiants à Édith Lavoie de Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, avant de tomber à sec. « Cinquante identifiants, je fais deux jours avec ça », dit-elle. Cette dernière avait pourtant commandé 1 000 identifiants en novembre, qui ne sont toujours pas arrivés à la ferme. Elle mentionne que les puces apposées sur les animaux permettent de guider la régie du troupeau d’une part et, d’autre part, d’enregistrer automatiquement les pesées des animaux. Elle rappelle qu’un animal non identifié ne peut quitter la ferme et prendre la direction de l’encan.

Il y a deux semaines, Johanne Cameron, des Bergeries Marovine en Montérégie, a reçu les 3 000 identifiants Allflex commandés en novembre, mais une erreur d’inscription l’oblige à renvoyer la grande majorité des boîtes à la compagnie. Attestra (autrefois connue sous le nom d’Agri-Traçabilité) remboursera l’envoi postal. « Je trouve qu’Attestra nous a accommodés, mais la seule chose, c’est qu’on est comme pris. Je comprends que de fonctionner avec un seul [fournisseur] permet probablement de réduire les prix, mais ça ne peut pas se reproduire », indique-t-elle.

La directrice générale d’Attestra, Marie-Christine Talbot, précise que le problème touche plusieurs productions en Amérique du Nord. Un système temporaire de traitement des commandes a été mis sur pied par son organisation en décembre pour répondre en priorité aux commandes urgentes des éleveurs ovins. « Les réserves peuvent être temporairement à sec, mais on se fait envoyer une grosse commande et avant qu’elle soit épuisée, on en recommande à l’usine », assure-t-elle.

Changer de fournisseur n’est pas une option en raison des délais de mise en place du nouveau système et acheter des identifiants d’anciens éleveurs ayant quitté la production est proscrit par la loi. Le président des Éleveurs d’ovins du Québec, Pierre Lessard, invite les éleveurs à communiquer avec Attestra en cas d’urgence, mais d’être compréhensifs face à la situation, puisqu’elle fait « des pieds et des mains pour remédier au problème ». Il demandera toutefois réparation à Allflex, une fois la crise passée. 

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Impossible de changer temporairement de fournisseur

Allflex n’est pas le seul fournisseur d’identifiants ovin au pays. La marque Shearwell est utilisée ailleurs au Canada. La directrice générale d’Attestra, le gestionnaire du système de traçabilité ovin et distributeur d’identifiants Allflex au Québec, Marie-Christine Talbot, explique que changer de fournisseur ne se fait pas « du jour au lendemain ». D’abord, la nouvelle compagnie doit être approuvée par le gouvernement fédéral pour son utilisation au Québec, puis il faut mettre en place une nouvelle structure de fonctionnement. « Derrière l’achat d’un tag, il y a toute une chaîne d’approvisionnement et de distribution qu’il faut mettre en place, puis il faut des cahiers de charge qu’il faut insérer dans les systèmes informatiques et il faut que ces derniers communiquent entre eux. C’est un problème de communication de ce type qu’on a chez Allflex en ce moment », explique Mme Talbot.

Un plan de contingence sera toutefois mis sur pied lorsque la situation sera revenue à la normale. « Le conseil d’administration est au fait de la frustration des éleveurs et que dans le cas des ovins, il y a l’option du Shearwell. On a le mandat d’analyser cette option, dit-elle. Mais les tests prendront plusieurs mois. » Un sondage sera envoyé aux producteurs à cet effet au cours des prochains mois.