Environnement 14 mars 2025

Des plans d’aménagements forestiers bonifiés qui incluent les espèces menacées et les milieux humides

Québec ajoute 3 M$ au financement fédéral versé à des agences régionales de mise en valeur des forêts privées afin de réaliser un plus grand nombre de plans d’aménagement forestiers (PAF) bonifiés.

Concrètement, on y retrouve l’information forestière de base d’un PAF traditionnel, à laquelle s’ajoute l’information sur les milieux humides, les écosystèmes forestiers exceptionnels et les espèces en situation précaire qui se retrouvent sur la propriété. Le producteur reçoit de l’information et des recommandations sur la façon de les protéger lorsqu’il effectuera ses travaux forestiers. 

Utile

Le plan d’aménagement bonifié peut s’avérer utile à différents égards. Le directeur général adjoint de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, Marc-André Rhéaume, donne l’exemple de la tortue des bois, une espèce à statut vulnérable. « Le propriétaire ne le sait pas présentement, mais si le ministère a identifié une rivière comme habitat de la tortue, il peut protéger une bande de 200 m du bord de l’eau par deux kilomètres de long, ce qui vise beaucoup de propriétés. Si le producteur fait des travaux et pile sur des œufs, qu’il le sache ou non, c’est illégal. Donc le plan vient l’informer de la présence de cette zone de protection de la tortue et lui recommander de ne pas faire de travaux pendant sa nidification, qui est à telle période. » 

À l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées de la Chaudière, le biologiste Anthony Avoine ajoute qu’advenant qu’il y ait certaines espèces menacées sur un lot, le producteur peut recevoir du financement pour l’accompagner dans sa façon de réaliser ses travaux ou pour améliorer ses infrastructures.

Si un producteur a telle salamandre de répertoriée chez lui, et qu’il a des sédiments dans un cours d’eau en raison d’une calvette trop vieille qui crée des sédiments qui nuisent à l’habitat, il peut avoir de l’argent pour refaire la calvette au complet.

Anthony Avoine, biologiste

Les espèces menacées, comme certaines salamandres, des chauve-souris, certains mammifères, sans oublier la tortue des bois ou l’hirondelle du rivage, peuvent donner droit à des montants venant de la Fondation de la faune du Québec, notamment, précise M. Avoine. 

Les écosystèmes forestiers exceptionnels, comme les forêts rares, anciennes ou refuges, sont également visés par le plan d’aménagement forestier bonifié, « mais c’est moins là-dessus qu’on met le focus », spécifie le biologiste. « L’inventaire des espèces envahissantes, c’est une autre chose de plus qu’on est capables de faire avec le plan d’aménagement bonifié. Si tu as du nerprun, on est capables de faire un plan d’intervention avant que ça s’installe », fait-il valoir. 

Un autre avantage, moins tangible, mais important, assure Marc-André Rhéaume, concerne l’image même de la foresterie. Il estime que les plans bonifiés montrent que la protection des espèces et l’aménagement forestier sont compatibles, ce qui répond aux nouvelles exigences sociétales.


Une bonne idée, mais…

La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) favorise ce concept de PAF bonifié, qui est présentement non obligatoire et gratuit pour les producteurs de certaines régions. La Terre a toutefois demandé à la fédération si l’information additionnelle à propos des milieux humides sensibles ou des espèces à protéger pourrait éventuellement mener à un resserrement de la réglementation qui pénaliserait les producteurs. Ces derniers doivent demeurer vigilants dans le partage de ce type d’informations, répond son directeur adjoint, Marc-André Rhéaume. « Un plan d’aménagement bonifié, c’est bon. C’est un bon outil, mais l’envers de la médaille, c’est si ces données deviennent publiques. Si j’étais un producteur forestier, je demanderais que les informations recueillies sur mon lot demeurent donc confidentielles et à mon usage. » Par exemple, dit-il, il ne faudrait pas qu’une municipalité ou une MRC utilise ces données pour imposer des règlements arbitraires qui interdiraient des travaux en forêt. 

L’idée consiste à continuer d’effectuer des travaux tout en prenant des mesures pour protéger les écosystèmes et les espèces en situation précaire. La FPFQ a travaillé avec les instances gouvernementales afin de rendre les mesures acceptables pour les propriétaires de forêt privée. « Car au départ, les mesures étaient calquées sur les travaux en forêt publique. S’il y a un nid de rapace dans l’arbre, tu n’avais plus le droit de rien faire dans un rayon de 200 mètres. Mais nous, en forêt privée, si tu dois laisser 200 mètres, ça veut dire que tu es rendu chez le voisin! Au lieu d’interdire les travaux, on a plutôt travaillé à déterminer des périodes où ne pas faire de travaux; je pense que les gens sont capables de vivre avec ça », affirme M. Rhéaume.