Politique 3 septembre 2014

L’approche collective doit primer en agriculture

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Tel que publié dans La Terre de chez nous

LA BAIE — À n’en pas douter, le producteur de lait Dominic Perron, copropriétaire de la Ferme R.M. Perron et Fils, à La Baie, est un digne et pur produit du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

La fibre régionaliste et l’approche collective en agriculture, très développées au pays des bleuets, lui sortent par les pores de la peau, a constaté la Terre lors de sa visite, le 12 mars dernier. Des caractéristiques qui méritent sûrement d’être confirmées dans la future politique agricole du Québec.

Approche collective

J’ai confiance dans l’effort collectif qui s’exprime dans le syndicalisme et dans la coopération, a d’entrée de jeu déclaré Dominic, membre de l’exécutif de la coopérative Nutrinor. Avec l’individualisme, nous n’aurions pas de plan conjoint ni de quota et nous ne recevrions pas le deuxième prix le plus élevé au monde pour notre lait. »

Un prix qui comporte toutefois une foule de normes à respecter (qualité, salubrité, environnement, etc.) auxquelles les produits laitiers importés devraient être assujettis, s’empresse-t-il d’ajouter. Il y a quelque 350 fermes laitières au Saguenay–Lac-Saint-Jean. « Elles grossissent, mais pas au rythme nécessaire pour garder tout le quota dans la région qui est d’ailleurs globalement exportatrice de lait », estime M. Perron.

Ce Baieriverain est d’avis qu’il ne faut pas toucher à un autre pilier de l’approche collective : l’accréditation syndicale unique en agriculture. « L’Union des producteurs agricoles (UPA) doit demeurer le porte-étendard de tous les agriculteurs au Québec, même si ses détracteurs aimeraient bien la diviser pour mieux régner. »

Fier régionaliste, M. Perron veut que la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui n’est plus en décroissance, soit desservie par des producteurs et des transformateurs locaux, privés ou coopératifs. « La coopérative Nutrinor, qui transforme quelque 30 millions de litres de lait par an, constitue un levier majeur pour les producteurs. Et son rôle sera d’autant plus important si, par malheur, la gestion de l’offre venait à disparaître ou à être grandement affaiblie. »

Et Dieu sait que la gestion de l’offre est malmenée. « Nous sommes matraqués de tous bords tous côtés pour laisser tomber notre système. » Dominic Perron explique que la menace vient de l’extérieur, à l’Organisation mondiale du commerce ou dans le cadre des accords commerciaux internationaux avec l’Europe ou l’Asie. « L’ouverture du ministre Jean-François Lisée à l’entrée additionnelle de fromages en provenance d’Europe a été fort malhabile, bien que récupérée par le ministre [François] Gendron ». Il rappelle que la menace vient aussi de l’intérieur, des gros transformateurs laitiers, sauf Agropur, qui voudraient que le marché canadien croisse plus vite, à l’image des pays sans gestion de l’offre. « Nous devons maintenir la pression sur le gouvernement Harper afin qu’il ne cède pas aux pressions et garde intacts les tarifs douaniers. Le gouvernement du Québec doit agir comme chien de garde dans ce dossier. »

Terres, efficacité, intégration

Le jeune producteur laitier « se méfie de l’accaparement des terres agricoles, que ce soit par la Banque Nationale ou par des fonds étrangers qui pourraient tabler sur le port en eau profonde de La Baie pour exporter la production vers leur pays. Ce n’est pas mon modèle de production. Je milite pour des fermes indépendantes détenues par des producteurs propriétaires ».

La spéculation, bien qu’indirecte, fait d’ailleurs grimper le compte de taxes. L’évaluation des terres du plateau où est localisée sa nouvelle vacherie est passée de 600 à 1 200 $ par acre. Par ricochet, « les crédits de taxes aux agriculteurs, versés directement aux municipalités, occupent une place de plus en plus importante du budget du MAPAQ, qui demeure à peu près stable », a-t-il noté.

M. Perron n’était pas au parfum de l’éventuelle Société d’aménagement et de développement agricole du Québec (SADAQ), qui serait dotée d’un fonds destiné à protéger les terres agricoles en les gardant dans les mains des agriculteurs. Cohérent, il souhaite que les pouvoirs d’une éventuelle SADAQ soient confiés aux régions.

Membre d’un groupe régional de gestion agricole, il a qualifié d’« alarmant » le fait que seulement 43 % des producteurs de lait couvrent leur coût de production au Canada. « Les marges ont diminué avec la hausse du coût des grains, et les factures ne cessent de grossir », a-t-il avancé comme première explication. Cela dit, cet ancien secrétaire régional de Holstein Québec n’est pas un partisan du « nivellement par le bas ». Certes. « il ne faut pas écraser, mais aider les moins efficaces désireux de progresser à améliorer leur situation grâce à des sommes ciblées, pas en saupoudrant de l’argent à gauche et à droite. Mais il ne faut pas soutenir maladivement les producteurs inefficaces car ce n’est pas avantageux collectivement ».

La Stratégie pour l’adaptation des entreprises agricoles constitue un bon exemple d’intervention ciblée et efficace, aux yeux de cet agriculteur de 35 ans. Mais « l’efficacité a été en partie ratée » dans le cadre du remboursement relatif à la controversée mesure d’efficacité de 25 % auparavant appliquée en assurance stabilisation. M. Perron aurait souhaité « que ce retour vise les producteurs qui avaient besoin d’aide alors qu’une bonne partie de ces sommes est allée aux intégrateurs ». D’où son idée qu’il faut « retravailler en profondeur l’assurance stabilisation au Québec, notamment le modèle de distribution de l’argent, et l’adapter au type d’agriculture qu’on veut pratiquer ».

L’appréhension du transfert…

Les Perron ont confiance en l’avenir. À preuve, ils ont construit une nouvelle étable en 2010, avec quatre rangées de vaches en stabulation entravée, et qui peut être facilement aménagée pour accueillir un robot de traite, s’il y a lieu. Pour l’heure, ils produisent 95 kg de quota, dont 30 kg pour La Vallinoise, victime d’un incendie l’été dernier. Ils cultivent de l’orge, de l’avoine, du canola sur 850 acres et ils vont consacrer une soixantaine d’acres au maïs-grain et au soya en 2013. La vente de sujets portant le préfixe BELU et des travaux à forfait complètent les revenus. La rareté du quota ne leur permet pas de progresser au rythme projeté lors de la construction. « C’est une contrainte non négligeable, mais nous préférons avoir accès au quota à la graine au lieu de la payer 40 000 $/kg comme dans l’Ouest canadien. Nous en profitons pour diversifier nos revenus et améliorer l’efficacité de notre entreprise. »

Même lointain, le transfert de ferme préoccupe les Perron. « Il faut investir énormément en agriculture et c’est contraignant lors des transferts. De plus, ce n’est pas logique que ce soient les parents qui subventionnent les transferts », a résumé Dominic. L’actif de l’entreprise a fortement progressé, et il anticipe les difficultés liées à sa reprise par une seule personne. Et cette personne pourrait bien être Léo, son fils, qui est « l’avenir du Québec agricole », selon le ministre Gendron.

« Nous allons agir pour que notre relève puisse bénéficier de terres de qualité. Nous tenterons aussi de faciliter le transfert de fermes et de valoriser les aliments de chez nous », a réitéré le ministre devant la Fédération de la relève agricole du Québec, au début du mois. Les Perron se croisent sans doute les doigts pour que ses promesses se concrétisent!

Ce qu’il a dit…

« Je ne suis un adepte ni du tout à l’État, ni du gigantisme, fût-il coopératif. Je ne souhaite pas qu’Agropur devienne la seule coopérative laitière au Québec parce que la tentation serait forte de concentrer toutes ses activités à Notre-Dame-du-Bon-Conseil, au Centre-du-Québec. »

« Il y a beaucoup de veaux qui tètent après le même pis », a noté Dominic, voulant ainsi souligner que les programmes gouvernementaux profitent d’abord aux professionnels agricoles, avant les agriculteurs qui engraissent bien du monde autour d’eux. »

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