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L’amarante tuberculée est une espèce avec une grande plasticité. Certaines plantes peuvent mesurer jusqu’à deux mètres de hauteur. Elle est aussi capable de grandir sous la canopée de cultures, tout en arrivant à produire des fleurs et des graines viables. Photos : Sandra Flores-Mejia

L’amarante tuberculée est une espèce avec une grande plasticité. Certaines plantes peuvent mesurer jusqu’à deux mètres de hauteur. Elle est aussi capable de grandir sous la canopée de cultures, tout en arrivant à produire des fleurs et des graines viables. Photos : Sandra Flores-Mejia

L’amarante tuberculée : un ennemi redoutable

L’amarante tuberculée (Amaranthus tuberculatus ou AMATU) est considérée comme l’une des espèces les plus problématiques en grandes cultures. Ainsi, une seule plante peut produire jusqu’à un million de graines et peut germer en continu entre les mois de mai et octobre.

De plus, les plantes peuvent grandir jusqu’à trois centimètres (cm) par jour! Aux États-Unis, il existe des populations résistantes à plusieurs groupes d’herbicides (2, 4, 5, 7, 9, 14, 15 et 27), comprenant des populations qui présentent de la résistance multiple aux sept groupes.

L’amarante tuberculée est la seule amarante présente au Québec dont les fleurs mâles et femelles ont séparées sur des plants différents. Elle peut s’hybrider avec d’autres amarantes et transmettre des gènes de résistance à leur progéniture. Les graines sont mûres dix jours après la pollinisation.

L’amarante tuberculée est la seule amarante présente au Québec dont les fleurs mâles et femelles ont séparées sur des plants différents. Elle peut s’hybrider avec d’autres amarantes et transmettre des gènes de résistance à leur progéniture. Les graines sont mûres dix jours après la pollinisation.

Au Québec, des foyers d’infestation sont maintenant présents en Montérégie (Est et Ouest), au Centre-du-Québec et dans les Laurentides. Toutes les populations présentent de la résistance multiple à deux ou trois groupes d’herbicides 2, 5, 9 (glyphosate) et 14.

L’impact économique et environnemental

Les pertes de rendement associées à la présence d’une population d’AMATU peuvent atteindre 73 % dans la production de soya et jusqu’à 74 % dans le maïs. Sa présence entraîne aussi des pertes économiques imputables à une hausse des coûts associés au désherbage.

À la suite de l’établissement d’AMATU dans la culture de maïs, la stratégie de contrôle pourrait comprendre une application d’un mélange d’herbicides (glyphosate, S-métolachlore, mésotrione et atrazine) dont le coût est estimé à 84 $/hectare (ha). Dans le soya, la stratégie pourrait être composée d’une application d’un mélange de fomésafène et de glyphosate au coût de 76 $/ha. En comparaison, le coût de désherbage utilisant le glyphosate comme unique produit herbicide, pratique non recommandée en raison des risques de développement de résistance, se situe à environ 20 $/ha.

Dans ces exemples, l’augmentation des indices de risque pour la santé (IRS) et pour l’environnement (IRE) serait considérable. L’IRS et l’IRE passeraient respectivement de 23 et 1, pour le désherbage à base de glyphosate, à 530 et 135 dans le maïs, avec la nouvelle stratégie de contrôle comprenant une application d’un mélange d’herbicides, et à 105 et 76 dans le soya.

Le coût associé à l’arrachage manuel peut également être significatif et dépend du taux d’infestation dans le champ. Deux journées complètes d’arrachage avec une équipe de huit personnes, payées au salaire minimum, représenteraient un coût approximatif de 112 $/ha.


Quelques points essentiels à considérer dans sa bataille contre l’AMATU

1- Connaître l’ennemi : le dépistage et l’identification

Lors de la réalisation d’un test classique, la survie de plantes avec peu de dommages ainsi que la présence de fleurs sont des indicateurs de la résistance à la matière active testée.

Lors de la réalisation d’un test classique, la survie de plantes avec peu de dommages ainsi que la présence de fleurs sont des indicateurs de la résistance à la matière active testée.

L’AMATU est souvent confondue avec d’autres espèces d’amarantes déjà présentes au Québec, telles que l’amarante à racine rouge ou l’amarante de Powell. L’AMATU se distingue notamment par ses feuilles plus étroites, une tige sans poils et une inflorescence moins compacte. De plus, l’AMATU est la seule amarante au Québec dont les fleurs mâles et femelles se trouvent sur des plantes différentes. L’identification à l’espèce par la méthode moléculaire est aussi possible par l’entremise du Laboratoire d’expertise et de diagnostic (LEDP) du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Des tests de résistance (classiques et moléculaires) sont offerts par le Service de détection de la résistance aux herbicides. Pour plus d’information, visitez le site cerom.qc.ca/services/service-de-detection.html.

2- Éviter l’introduction de l’ennemi à la ferme : mesures de biosécurité

L’adoption de mesures de biosécurité est essentielle afin d’éviter l’introduction de l’AMATU à la ferme et de minimiser le risque de la répandre aux champs non infestés. Le nettoyage des bottes, des véhicules, des outils de travail et de la machinerie agricole entre les champs s’avère primordial. Ceci est particulièrement important dans le cas des moissonneuses-batteuses achetées aux États-Unis. Il est fort probable que l’AMATU se soit introduite de cette façon au Québec. Une trousse d’information sur la biosécurité dans le secteur des grains est disponible à l’adresse tinyurl.com/biosecurite.

3- Combattre l’ennemi sur tous les fronts 

L’AMATU se révèle un ennemi très coriace avec une grande capacité d’adaptation contre lequel une seule méthode de lutte n’est pas suffisante. Le recours à plusieurs méthodes (ex. rotation de cultures, cultures de couverture, arrachage manuel, etc.) est donc nécessaire. À cet effet, un projet de recherche1 mené par le CÉROM en collaboration avec le MAPAQ, l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et la Coordination services-conseils (CSC) est en cours afin d’évaluer différentes méthodes de lutte intégrée contre l’AMATU sous les conditions de culture du Québec.

4- Demander des renforts : le plan d’intervention phytosanitaire du Québec

Les entreprises affectées par l’AMATU ne sont pas tenues de la déclarer ni soumises à des mesures telles que la quarantaine. Néanmoins, il est impératif d’entreprendre des actions efficaces pour son contrôle, le plus rapidement possible. À cet effet, le Plan d’intervention phytosanitaire pour lutter contre l’AMATU2 a été mis en place au cours de l’été 2020 par le MAPAQ en collaboration avec la CSC. Le plan vise à offrir un encadrement agronomique afin d’établir une stratégie de lutte chez les entreprises affectées. De l’aide financière est disponible par l’intermédiaire de la CSC pour couvrir jusqu’à 90 % des honoraires des conseillers et des dépenses des producteurs pour la réalisation de différentes actions, telles que le dépistage, l’élaboration et l’application de la stratégie de lutte. Pour plus d’information, visitez le site amarantetuberculee.ca.

1. Ce projet a été financé par le MAPAQ dans le cadre du volet 3 du programme Prime-Vert.

2. Ce projet a été financé par le MAPAQ dans le cadre du volet 2 du programme Prime-Vert.


Sandra Flores-Mejia, Ph. D., chercheuse en malherbologie au Centre de recherche sur les grains (CÉROM)
sandra.flores-mejia@cerom.qc.ca


Cet article a été publié dans l’édition GRAINS de septembre 2020.