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Le prototype conçu par Opération Phoenix au Caveau aux légumes en est à sa quatrième année d'activité. Photos : Gracieuseté d'Opération Phoenix

Le prototype conçu par Opération Phoenix au Caveau aux légumes en est à sa quatrième année d'activité. Photos : Gracieuseté d'Opération Phoenix

Serveurs informatiques : une source de chaleur à explorer

Cryptomonnaie, infonuagique, centre de données : autant de termes issus des nouvelles technologies qui semblent à des années-lumière de l’agriculture. Pourtant, certaines initiatives émergent pour rapprocher ces deux univers en utilisant la chaleur produite par les serveurs informatiques pour chauffer des serres.

Depuis 2018, le Caveau à légumes de Neuville, dans la région de Québec, réussit à faire pousser des fraises en plein hiver dans une serre de 2 000 pi2 sans avoir à se ruiner pour chauffer. Son secret? À quelques mètres de la structure se trouve un conteneur qui contient environ 1 500 processeurs appartenant à Opération Phoenix, une entreprise de location d’équipement informatique.

Les clients de la firme louent à distance ces ordinateurs pour effectuer des calculs très puissants et cette activité génère beaucoup de chaleur, un seul processeur pouvant émettre de 100 à 150 watts. « Pour éviter une surchauffe, il faut évacuer cette chaleur. Plutôt que de l’envoyer dans les airs, on l’apporte par un tuyau relié directement à la serre », résume Jonathan Forte, PDG de l’entreprise qui assume seule la facture d’électricité.

Les 1 500 processeurs de l'entreprise seraient en mesure de chauffer une superficie de 25 000 pi2 durant la saison froide.

Les 1 500 processeurs de l’entreprise seraient en mesure de chauffer une superficie de 25 000 pi2 durant la saison froide.

Avec une production de 225 kW, le conteneur d’Opération Phoenix serait capable de chauffer une serre d’une superficie de 25 000 pi2, calcule l’entrepreneur. « On est à l’étape où l’on s’interroge sur la possibilité d’accumuler le surplus de chaleur généré par les processeurs, que ce soit dans un bassin d’eau ou dans une structure, mais une chose est sûre, le potentiel est là », affirme Jonathan Forte, qui se dit prêt à établir des partenariats avec d’autres producteurs.

Projet-pilote en contexte nordique

Des chercheurs du CEDFOB - un des partenaires impliqués dans le projet-pilote - sur le toit d’Argo BlockChain. Photo : SADC Manicouagan

Des chercheurs du CEDFOB – un des partenaires impliqués dans le projet-pilote – sur le toit d’Argo BlockChain. Photo : SADC Manicouagan

Dans un contexte où de grands joueurs du numérique choisissent le Québec pour y installer des centres de données – notamment OVH établie à Beauharnois depuis 2011 et Google qui s’implantera dans la même municipalité –, plusieurs s’intéressent au potentiel que représente la chaleur produite par les serveurs informatiques.

Sur la Côte-Nord, un projet-pilote est d’ailleurs à l’étude afin de construire une serre de 153 m2 alimentée par les activités d’Argo Block Chain, située à Baie-Comeau. La Coopérative de solidarité Gaïa et la Ferme Manicouagan seront les deux entreprises responsables de la production maraîchère dans ce projet estimé à 400 000 $. « Une évaluation comparative a permis de calculer que cette source d’énergie serait 47 % plus efficace et produirait 91 % moins de gaz à effet de serre que l’utilisation du propane, indique Édith Corbeil, chargée de projet en économie circulaire à la SADC Manicouagan. Environ un tiers de la chaleur émise par l’entreprise serait ainsi récupérée. » Ultimement, cette serre servirait de laboratoire de recherche pour optimiser ce modèle.

Dans la mesure où la Côte-Nord se trouve à proximité de grands complexes hydro-électriques et possède un climat froid qui permet une climatisation naturelle des serveurs, d’autres centres de données pourraient s’installer dans la région dans un proche avenir. « Pour nous, ça ouvre la porte à plein de possibilités puisque nos producteurs connaissent des saisons très courtes et que l’approvisionnement en fruits et légumes frais est coûteux », fait valoir Édith Corbeil.

Néanmoins, afin que de tels partenariats fonctionnent, il faut s’appuyer sur des entreprises qui soient solides pour justifier des investissements considérables pour les producteurs, prévient-elle. « Si le partenaire tombe, il n’y a plus de chaleur. »


Cet article a été publié dans notre cahier spécial Fruits et légumes du Québec, printemps 2021.