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Les déchets des villes peuvent être transformés en compost pour fertiliser les terres agricoles, ce qui représente un marché de 350 M$, selon Viridis.

Les déchets des villes peuvent être transformés en compost pour fertiliser les terres agricoles, ce qui représente un marché de 350 M$, selon Viridis.

Les matières résiduelles pour unir la ville et la campagne

Une innovation en matière de bioséchage mise au point par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) pourrait révolutionner la collecte des matières compostables en permettant aux villes de se conformer plus facilement à la volonté de Québec, qui souhaite éliminer l’enfouissement des matières compostables d’ici 2022.

En investissant dans l’entreprise Viridis, spécialisée dans le traitement des matières résiduelles fertilisantes, plusieurs coopératives agricoles veulent profiter de ce marché en émergence.

Au début des années 2000, l’IRDA a développé la technologie SHOCMD (Système d’hygiénisation par oxygénation contrôlée) pour traiter et sécher les lisiers à la ferme dans le but de fertiliser les sols, explique Denis Potvin, chargé de projet et agent de transfert à l’IRDA. « C’est une ­technologie très simple, qui utilise la chaleur produite par les micro-organismes pour biosécher, composter, stabiliser et désodoriser la matière », dit-il, en ­ajoutant que les coûts en énergie sont de 35 à 50 % moindres qu’avec d’autres approches. Selon les besoins, on peut simplement déshydrater une matière de qualité en une semaine ou produire du compost en trois semaines.

En dépit de l’intérêt grandissant de certains producteurs, la technologie tarde à prendre son envol dans le monde agricole. Mais elle pourrait être une solution idéale pour traiter le contenu des ordures des citoyens et même transformer le paysage de la collecte sélective au Québec, estime Simon Naylor, cofondateur de Viridis, qui a obtenu une licence exclusive d’exploitation de la technologie pour le traitement des déchets. « C’est une innovation de rupture pour les villes, car ça permet de recycler les matières organiques en se passant du bac brun », dit-il, en ajoutant que le traitement des déchets représente un marché de 350 M$ par an au Québec. 

Les déchets sont mis dans le bioréacteur SHOCMD, qui peut sécher les résidus organiques en présence des ordures.

Les déchets sont mis dans le bioréacteur SHOCMD, qui peut sécher les résidus organiques en présence des ordures.

Comment ça fonctionne? Il suffit de mettre tous les déchets dans le bioréacteur SHOCMD, qui peut sécher les résidus organiques en présence des ordures, ce qui permet de les trier beaucoup plus facilement. Après sept jours, un système de tamis permet de trier le plastique, le verre et le compost. Ce dernier sera ensuite livré sur les terres agricoles. 

Ainsi, toutes les municipalités qui n’ont pas encore investi dans un système de collecte des matières compostables pourraient faire le saut technologique sans investissement majeur. Cette technologie pourrait donc jouer un rôle clé pour permettre aux municipalités de se conformer aux exigences de Québec. De plus, la demande pour les matières résiduelles fertilisantes (MRF) excède grandement l’offre disponible sur le marché en ce moment, mentionne Simon Naylor. 

C’est pourquoi Solution 3R, qui représente 16 coopératives du réseau La Coop, a décidé de devenir un actionnaire majeur de Viridis en novembre dernier. « Au départ, c’était Nutrinor qui pilotait le projet de valorisation des MRF, seulement au Saguenay–Lac-Saint-Jean, explique Olivier Gagnon, porte-parole de Solution 3R. 

Depuis un an, plusieurs coopératives se sont jointes à l’entreprise et cette acquisition nous permet maintenant de mieux couvrir le territoire québécois. »

Pour les coopératives, cet investissement permettra de combler un besoin grandissant chez les producteurs. « Les agriculteurs en veulent de plus en plus, car les MRF permettent de bien compléter la stratégie de fertilisation à moindre coût », ajoute Olivier Gagnon. 

Ainsi, les MRF ont carrément permis de transformer les sols de Rémy Vaillancourt, un producteur qui exploite 1 000 hectares en grandes cultures (soya, blé, maïs, seigle, sarrasin) à Val-Joli, en Estrie. « Au départ, on riait presque de moi quand j’ai décidé d’exploiter ces terres-là, parce que la teneur en phosphore et en potassium était trop faible », dit-il. En ajoutant des MRF depuis 10 ans, il a réussi à faire passer ses unités de phosphore de 25 à plus de 200. « D’ici quelques années, mon sol sera assez riche pour que je réduise la quantité d’engrais minéraux sur mes terres », ajoute-t-il fièrement.

Chaque année, le producteur rencontre les professionnels de Viridis pour établir un plan de fertilisation de ses champs, car selon la provenance des MRF, il est possible de produire toute une panoplie de fertilisants, dont plusieurs produits chaulants qui s’adaptent aux différents besoins des sols. Selon Rémy Vaillancourt, le seul problème vient de la réglementation du ministère de l’Environnement, qui oblige les producteurs à enfouir les MRF. « Ça va à contresens de la tendance en agronomie qui vise à réduire le travail du sol », se désole le producteur. 

Non seulement les MRF permettent-elles d’ajouter de la matière organique et d’économiser plusieurs milliers de dollars en fertilisants, elles sont aussi une excellente façon pour les agriculteurs de diminuer leur empreinte carbone. En effet, elles permettent de réduire l’utilisation de fertilisants fabriqués à partir de carburants fossiles, tout en évitant la production de méthane dans les centres d’enfouissement, souligne Simon Naylor.
« D’ici quelques années, on aimerait chiffrer précisément les économies réalisées par les producteurs et calculer la quantité de carbone économisé », dit-il. 

Opération séduction

Si la quantité de MRF est suffisante pour l’instant en Estrie, elle fait défaut à plusieurs endroits au Québec.
La raison : il manque de matière ­première à transformer. Même si Viridis transforme déjà 350 000 tonnes de MRF par an et que Solution 3R en ­produit 100 000 tonnes, l’offre ne suffit pas à la demande.

En créant un partenariat entre une entreprise qui possède une technologie de pointe et un regroupement de 11 000 producteurs agricoles, les promoteurs comptent convaincre davantage de municipalités et de grandes entreprises de devenir des clients de Viridis pour le traitement des boues municipales et industrielles. « Les villes ont une opportunité de devenir un ­partenaire du monde agricole », remarque Olivier Gagnon. 

Le but : valoriser un maximum de matières organiques pour éviter qu’elles ne se retrouvent au site d’enfouissement. D’ici cinq ans, Viridis aimerait doubler sa production pour transformer près d’un million de tonnes de MRF et ainsi fournir plus de 1 000 agriculteurs québécois.