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Une nouvelle application mobile présentement à l’essai par Lactanet pourrait permettre une utilisation plus judicieuse des antibiotiques dans les troupeaux laitiers.

Une nouvelle application mobile présentement à l’essai par Lactanet pourrait permettre une utilisation plus judicieuse des antibiotiques dans les troupeaux laitiers.

Une nouvelle application pour prévenir la mammite et éviter les antibiotiques

Très préoccupante chez les producteurs laitiers, la mammite est une infection qui peut être évitée par le tarissement sélectif, soit en préparant les mamelles pour la prochaine lactation tout en réduisant l’utilisation d’antibiotiques. Cette méthode n’est toutefois pas encore répandue au Québec, mais une nouvelle application mobile présentement à l’essai pourrait changer la donne.

À ce jour, le traitement antibiotique universel au tarissement prévaut plus largement dans la filière laitière canadienne. « C’est moins complexe pour les producteurs de traiter [avec des antibiotiques] systématiquement tous leurs animaux », résume Isabelle Morin, coordonnatrice de la santé des troupeaux laitiers chez Lactanet. Pour un meilleur usage des antibiotiques chez les vaches, l’idée est d’abord de repérer les « bonnes candidates », c’est-à-dire celles qui n’ont pas besoin de recevoir un traitement de ­manière préventive, soutient cette dernière.

En prélevant des échantillons de lait dans les semaines qui précèdent le tarissement, on est en mesure d’évaluer le taux de cellules somatiques pour chacune des vaches. S’il est élevé pour l’une d’entre elles, la probabilité de contamination de la mamelle est forte et peut donc ­justifier un traitement. Mais pour ce faire, le producteur doit intégrer les tests dans sa routine. « Il y a une difficulté de maintenir [les tests] dans le temps et à un moment ­donné, il peut y avoir une certaine lassitude », constate Mme Morin.

Outil simple et efficace

Depuis quelques mois, Lactanet, en collaboration avec des médecins vétérinaires du Québec, expérimente une nouvelle application mobile avec quelques producteurs laitiers. Cette technologie, financée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, a été développée par l’équipe de l’épidémiologiste Simon Dufour, à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

L’application permet de compiler les données et de bâtir un historique pour chaque animal, et ainsi de suivre les résultats selon les taux de cellules somatiques sur une longue période de temps. « L’algorithme permet d’indiquer au producteur ce qu’il doit faire en fonction de la sévérité du cas de mammite clinique et du protocole préalablement établi avec son vétérinaire », explique M. Dufour.

Ainsi, l’éleveur n’a pas besoin de « réfléchir » et peut aller de l’avant avec le type de traitement recommandé au moyen de cette technologie. « Pour avoir l’adhésion [des producteurs], il fallait développer un outil qui rend les choses plus faciles », estime le professeur. De plus, l’outil permet à la fois d’évaluer quels sont les coûts et bénéfices anticipés et ceux réalisés après les interventions. Les tests peuvent être évalués à la ferme si le producteur possède notamment un incubateur, mais aussi dans les cliniques vétérinaires.

Un mythe à défaire

Les façons de faire le traitement sélectif au tarissement divergent d’une ferme à l’autre, soutient Simon Dufour. Ce dernier estime que le succès de cette méthode repose en grande partie sur l’utilisation d’un scellant à trayons, qui vise à protéger les vaches de toutes nouvelles infections.

« Au terme d’une vaste étude, on a pu noter que les protocoles sans scellant [substance inerte et liquide injectée qui se transforme en gel] augmentent les cas d’infections des glandes mammaires au moment du vêlage », révèle le professeur. Il souligne également que les coûts pour ce traitement préventif sont sensiblement les mêmes que ceux avec antibiotiques.

Seul hic, ce ne sont pas tous les producteurs qui veulent utiliser les scellants, car il faut retirer la substance. « Il y a aussi une rumeur selon laquelle le produit bouche les systèmes de traite. Cela crée une certaine résistance dans l’industrie », souligne M. Dufour. « Si l’on regarde vers où on s’en va, utiliser des antibiotiques [de façon systématique], c’est impensable », renchérit celui qui envisage de nouvelles interdictions en ce sens dans les années à venir.

Autant M. Dufour que Mme Morin conviennent que de nouvelles méthodes pour une utilisation plus judicieuse des antibiotiques nécessitent une adaptation et de la gestion, dans un contexte difficile où les éleveurs ont déjà une « charge mentale énorme ». Ils ressentent tout de même une volonté du secteur, d’autant plus que le ­Québec se démarque déjà à plusieurs niveaux à travers le pays. « Le reste du Canada nous regarde », fait valoir Mme Morin. 


Le tarissement en bref

Des fermes canadiennes utilisent le tarissement universel, selon la plus récente étude laitière nationale (Beauman et coll., 2015). Ainsi, toutes les vaches reçoivent un traitement d’antibiotiques à longue action au moment du tarissement.

Selon un sondage mené dans 27 pays par la Fédération internationale du lait, 75 % des éleveurs utilisent des traitements sélectifs au tarissement, c’est-à-dire qu’ils font majoritairement une culture de lait avant le tarissement et que le traitement – qui inclut de ne pas utiliser d’antibiotiques – est choisi en fonction du résultat.