Des ateliers au champ ont été organisés dans l’après-midi pour les participants à la 37e journée à foin du CQPF. Photo : Gracieuseté de Luc Belcourt
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S'abonner maintenantPour le commun des mortels, du foin, c’est du foin. Mais, lorsqu’on est agriculteur et que l’on compte sur ce qui pousse dans ces prairies pour nourrir nos animaux, notamment, c’est une autre paire de manches. Événement phare organisé par le Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF), la 37e journée à foin, qui se tenait à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ) le 23 septembre, à Saint-Hyacinthe, regroupait plus d’une centaine de producteurs et intervenants du secteur dans différentes régions du Québec. Sous le thème Savoir en herbe, la journée, qui jumelait conférences et ateliers au champ, tombait donc à point pour les producteurs désirant faire le plein de connaissances. L’UtiliTerre était sur place et vous propose ici quelques faits saillants.
Le soufre de la vie
Lorsque Julie Lajeunesse, agronome au Centre de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), à Normandin, constate que sa luzerne sous expérimentation porte le jaune du type « manque d’azote », une lumière, jaune, s’allume. « Je ne savais pas pourquoi on avait des problèmes, explique l’agronome et biologiste. On mettait ce qui était recommandé dans le guide de fertilisation, notre pH était beau, donc je me suis posé des questions. » C’est en remarquant que le problème touchait aussi le canola que l’hypothèse d’une carence en soufre s’est imposée.
J’ai commencé à lire afin de savoir comment déterminer la carence en soufre dans la luzerne et c’est quand on a fait l’analyse de nos premières parcelles, durant l’hiver, qu’on a réellement vu qu’on avait des teneurs en soufre très basses. On a observé 0,10 % de soufre alors que la teneur minimale dans la luzerne doit être de 0,25 %.

Gracieuseté de Luc Belcourt
Il fallait donc amender, mais avec quoi? Les premiers essais se font avec du sulfate de potassium. Il s’agit cependant d’un engrais assez coûteux. L’équipe de madame Lajeunesse se tourne alors vers le sulfate d’ammonium dont elle compare l’efficacité avec le sulfate de potassium et le nitrate d’ammonium calcique, dans son second essai. Résultat? « Lorsqu’on a au moins 30 % de légumineuses dans notre mélange, ça ne vaut pas la peine de mettre de l’azote. Mettre seulement du soufre serait suffisant parce que dans les mélanges graminées-légumineuses, ce qu’on va faire en ajoutant de l’azote, c’est qu’on va venir avantager la graminée au détriment de la légumineuse, explique l’agronome. Mais habituellement, ce qu’on veut, c’est garder un certain pourcentage de légumineuses dans notre mélange à long terme pour avoir une meilleure qualité nutritive et un meilleur rendement fourrager. »
Deux ou quatre pouces?
C’est l’équivalent fourrager du mystère entre la poule et l’œuf. Faut-il couper la luzerne à deux ou à quatre pouces du sol? Le suspense sera bref : il semble que nous connaissions la réponse depuis le début des années 1960. Pour un meilleur rendement, il faut faucher la luzerne à quatre pouces du sol. « Ça fait 60 ans qu’on en parle, mais la pratique n’est toujours pas répandue. Pourtant, ça a été démontré! Le regain est meilleur, les rendements à long terme et le taux de survie sont meilleurs, et la qualité aussi », soutient Marie-Pier Landry, agronome et chargée de projet sur les plantes fourragères pérennes et l’agriculture régénératrice au Centre d’innovation agricole de Coaticook.
Il ne faut par ailleurs pas gratter bien longtemps pour trouver la raison principale de cette lenteur à adopter une technique de fauche plus efficace. On ne prend tout simplement pas le temps de vérifier la hauteur des couteaux de la faucheuse. « Les gens ont toutes les bonnes intentions du monde, reconnaît Marie-Pier Landry, mais ils ne prennent pas le temps d’ajuster la faucheuse, ou de sortir du tracteur avec un gallon pour vérifier la hauteur de fauche. On regarde ça, on se dit que ça a l’air de quatre pouces alors qu’en réalité, c’est probablement plus deux pouces et demi », dit-elle.

L’agronome a d’ailleurs profité de sa présence à l’événement pour préparer une expérience terrain avec des étudiantes de l’ITAQ, dès le printemps dernier. L’idée consistait simplement à faire l’analyse comparée du rendement de la fauche de la luzerne à quatre et à deux pouces du sol. Les résultats se sont révélés un peu différents de ceux auxquels l’équipe s’attendait. « On a eu une plus grosse diminution de rendement que celle à laquelle on s’attendait, analyse l’agronome. Les regains n’ont pas été super élevés comme on l’espérait. On n’a pas eu un aussi grand avantage parce que le début de l’été a été très mouilleux et frais, ce qui aide beaucoup les plantes fourragères à pousser. Alors on s’est un petit peu perdu dans la masse à ce moment-là. Il reste tout de même que la qualité fourragère vient de toute façon compenser la perte de rendement, donc ça reste avantageux de faucher à 4 pouces, même si on a un petit peu moins de rendement à l’hectare. »
Le professeur Philippe Séguin, de l’Université McGill, à Montréal, est venu présenter les résultats de deux études complémentaires sur l’efficacité des plantes-abri dans le développement des champs fourragers. Photo : Gracieuseté de Luc Belcourt
La beauté des plantes-abri
La nature a horreur du vide… et les entre-rangs des champs également. Tellement que les mauvaises herbes s’y installent, prolifèrent et concurrencent les précieux fourrages destinés aux animaux. Mais pourquoi ne pas semer des plantes-abri afin de faciliter l’implantation de plantes pérennes, plutôt que de laisser la place aux mauvaises herbes? Le professeur Philippe Séguin, de l’Université McGill, à Montréal, est venu présenter les résultats de deux études complémentaires sur l’efficacité des plantes-abri dans le développement des champs fourragers. « On a identifié plusieurs espèces parmi les nombreuses disponibles sur le marché, souligne le professeur Séguin. On cherchait différentes caractéristiques, des légumineuses, des espèces plus traditionnelles, des espèces de graminées de saison chaude pour lesquelles il y a un intérêt marqué depuis quelques années afin d’avoir un éventail de possibilités. »
Pour les essais, six espèces de plantes-abri ont été testées, avec trois dates de semis différentes : en tout début de saison, en juin et en fin de saison. Premier constat : aucune solution magique qui pourrait satisfaire à toutes les conditions de sol et de climat n’existe. Chaque situation se distingue l’une de l’autre.
Malgré tout, quelques tendances se dégagent. « Les graminées de saison chaude, comme l’herbe de Soudan (sorgho) et le millet japonais, montrent des rendements plus importants, comparés à d’autres espèces », observe le chercheur. Si les rendements apparaissent intéressants, ils exigent toutefois un peu de patience de la part du producteur. « Ce qui est intéressant avec ces espèces-là, c’est que ça permet d’avoir un rendement plus important l’année du semis et moins de mauvaises herbes. Il peut y avoir une baisse la 2e année, mais par la suite, l’effet négatif disparaît », explique Philippe Séguin. Un autre avantage des plantes-abri? Elles contiennent des nutriments et peuvent donc contribuer à améliorer la qualité de la fauche.