Maraîchers 31 octobre 2025

Des pêches au Québec : le pari audacieux du Domaine de Dunham

Alors que les pêches ontariennes dominent les étals québécois, le Domaine de Dunham, en Estrie, fait figure d’exception. Depuis 18 ans, Claude Girard commercialise ce fruit réputé difficile à cultiver sous notre climat.

La saison 2025 a été favorable au verger du Domaine de Dunham. Environ 16 000 livres de pêches ont été récoltées, soit l’une de ses meilleures années depuis le début de cette culture atypique. Claude Girard, copropriétaire du verger avec sa conjointe Gisèle Larocque, en est à sa 18e saison de culture commerciale de la pêche.

« C’est certain qu’il y a des gens qui ont sûrement quelques pêchers ici et là. Mais nous serions les seuls à en avoir une quantité suffisante pour en faire une mise en marché », affirme le producteur qui cultive six variétés, dont la Reliance, la Harrow Beauty et la Early Redhaven, ce qui lui permet d’étaler la récolte sur trois semaines environ, débutant à la mi-août. 

Apprentissage par essais et erreurs

L’aventure a commencé de façon modeste, avec deux pêchers plantés près d’un mur de la maison, bien à l’abri du vent. « Ces arbres ont donné une belle récolte, ce qui nous a encouragés à nous lancer dans la culture à plus grande échelle », raconte Claude Girard. Le succès s’est toutefois fait attendre. 

« Au début, les pertes ont été substantielles », reconnaît-il. Sur environ 1 000 arbres plantés, seulement 460 ont survécu au bout de trois ans. Un des problèmes? Les aléas climatiques. « Contrairement aux pommiers, qui peuvent subir un gel sans perdre toutes leurs fleurs, les pêchers sont plus fragiles. Un seul coup de froid peut détruire une récolte entière », dit-il. Pour en apprendre davantage sur cette culture, il est allé visiter des producteurs en Ontario et dans l’État de Washington, aux États-Unis.

L’arbre nécessite un sol bien drainé, idéalement en pente. Son système racinaire superficiel supporte mal les sols lourds, et la moindre blessure au tronc peut causer sa mort, bien qu’un traitement au cuivre puisse limiter les dégâts. Les branches cassent facilement sous le poids des fruits.

Claude Girard

L’éclaircissage doit se faire manuellement, faute de produit homologué. Quant à la durée de vie productive du pêcher, elle plafonne entre 13 et 15 ans. La récolte exige également une logistique rigoureuse. « Les pêches ne voyagent pas bien : elles doivent être cueillies à maturité, ce qui impose plusieurs passages dans le verger. La cueillette est délicate, chaque fruit étant déposé un à un dans un panier », explique-t-il. Les fruits sont immédiatement refroidis pour stopper le mûrissement.

Ces facteurs augmentent considérablement les coûts de production, ce qui nuit à la rentabilité, reconnaît Claude Girard. Loin de se décourager, il a commandé 300 pêchers supplémentaires pour le printemps, qui s’ajouteront aux quelque 500 arbres actuellement en culture.

Les pêches ne voyageant pas bien, elles sont vendues directement à la ferme. Et il faut se lever de bonne heure pour en avoir. « Dès qu’on annonce la vente de nos pêches, les gens affluent. Des files d’attente se forment très tôt le matin. » 

Les médias sociaux jouent un rôle clé dans cette popularité. « Une influenceuse qui a des dizaines de milliers d’abonnés est venue faire un topo en direct au Domaine il y a quelques années. Cela a eu un effet boule de neige », raconte Claude Girard.

Une exploitation diversifiée 

Le Domaine de Dunham s’étend sur 45 hectares, dont 24 en production active. La pomme constitue la principale culture, avec 17 000 arbres générant 1,5 million de livres annuellement. Cette production s’écoule aussi entièrement à la ferme grâce à l’autocueillette et aux ventes au kiosque.

Les poiriers occupent la deuxième place, malgré les dégâts causés récemment par la brûlure bactérienne. Cette maladie a décimé près de 300 arbres, réduisant le cheptel à environ 700 spécimens. La production de prunes oscille entre 4 000 et 12 000 kilos, selon les années. « Les arbres se mettent au repos une année sur deux, d’où les écarts. On parvient toutefois à briser ce cycle pour maintenir une certaine régularité », explique Claude Girard.

Les nectarines complètent l’offre fruitière. « La première année, les clients étaient sceptiques face à ce fruit qu’ils connaissaient mal. Après dégustation, beaucoup ont découvert une saveur intense. » Ce fruit attire notamment les personnes intolérantes au duvet des pêches.

Pour ceux qui voudraient se lancer…

Le producteur ne cache pas les difficultés : « Il faut bien connaître son terrain. Il faut faire attention aux poches de froid, éviter les zones mal drainées. Tout ça peut ruiner vos efforts. » Il recommande de miser sur des variétés rustiques et d’observer attentivement pendant quelques années avant d’augmenter les superficies. « Il y a des variétés qui tolèrent mieux le froid. Toutefois, plus elles sont résistantes, moins les fruits sont ­savoureux », fait-il remarquer.

Le message est clair : la pêche peut pousser au Québec… à condition d’être patient, observateur et résilient.