Photo : Martin Ménard / Archives TCN
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S'abonner maintenantLes Producteurs de grains du Québec (PGQ) ont récemment mené une étude approfondie sur les méthodes alternatives de séchage des grains, visant à réduire l’utilisation des énergies fossiles dans ce processus énergivore. Cette initiative s’inscrit dans l’objectif de carboneutralité 2050 du secteur agricole canadien.

« Le séchage des grains représente une importante source d’utilisation d’énergie fossile dans notre secteur, principalement le propane, explique Salah Zoghlami, directeur des affaires agronomiques aux PGQ. On cherche à mettre en place des initiatives pour réduire l’empreinte environnementale de la production de grains. »
Actuellement, le séchage des grains au Québec repose principalement sur l’utilisation de séchoirs au propane. Cette dominance s’explique par plusieurs facteurs : la dispersion des fermes sur un vaste territoire ayant rarement accès au réseau de gaz naturel, la facilité de livraison et d’entreposage du propane, ainsi que la rapidité et la fiabilité du processus de séchage avec ce combustible. Cette méthode permettrait de sécher une tonne de maïs en une ou deux heures, un avantage pendant la période des récoltes.
Méthodologie
L’étude, financée par le fonds EcoLeader, a débuté par une revue exhaustive des technologies alternatives qui sont offertes à travers le monde. Thomas Ryan, directeur général chez Conseillers canadiens en cleantech et climat, a été mandaté pour cette recherche. Il a analysé plusieurs systèmes en fonction de critères précis : consommation énergétique, temps de séchage, émissions de gaz à effet de serre (GES) et coûts d’exploitation.
Pour établir une base de comparaison objective, l’étude a utilisé comme référence le séchoir à gaz à un stage, l’un des plus répandus au Québec. Ce système consomme typiquement entre 20 et 34 litres de propane par tonne de grains. Il permet une température de séchage d’environ 80 °C et peut faire le travail en une à deux heures. Il génère des émissions directes et indirectes de GES à la ferme. C’est à partir de ces données que le consultant a pu évaluer les gains potentiels des différentes alternatives.
Nous avons comparé les systèmes en fonction de la taille des exploitations, du volume de production et des contraintes opérationnelles des producteurs.
Pas de solution unique
L’un des principaux constats de l’étude est qu’aucune solution unique ne convient à l’ensemble des fermes, car le choix d’un système de séchage dépend de multiples facteurs propres à chaque exploitation.
Il faut notamment considérer le type de grains cultivés – le maïs nécessitant par exemple beaucoup plus de séchage que le blé ou le soya –, mais aussi la période de récolte et les stratégies de commercialisation.
Ainsi, parmi les technologies étudiées, l’aération naturelle en silo se démarque par son absence d’émissions directes et ses faibles frais d’exploitation. « Cette méthode peut produire un grain de qualité supérieure, mais requiert plus de temps de séchage, précise Thomas Ryan. Elle convient plus particulièrement aux producteurs ayant une certaine flexibilité dans leurs délais de commercialisation. »

Les séchoirs à biomasse représentent aussi une autre solution de rechange écologique intéressante, mais nécessitent des investissements importants pour l’installation et l’entretien.
La solution : des systèmes hybrides
L’étude a démontré que les solutions hybrides, combinant systèmes au propane et électricité, représentent une option réaliste, permettant de réduire significativement la consommation de carburant fossile tout en maintenant des temps de séchage acceptables.
« Le temps de séchage est crucial pour les producteurs. En pleine récolte, ils ne peuvent pas attendre plusieurs jours pour sécher leurs grains. C’est pourquoi les systèmes hybrides semblent prometteurs », explique Marie-Hélène Parent, agroéconomiste aux PGQ.

C’est la solution choisie par Jean-François Ridel, producteur de grains à Saint-Césaire, en Montérégie. Sur la ferme familiale de 215 hectares, il a opté pour un système hybride combinant un séchoir traditionnel au propane et un nouveau système d’aération naturelle en silo, aussi appelé à air forcé.
Ce système, qui utilise la ventilation naturelle non chauffée, lui permet actuellement de traiter environ 80 % de sa production de maïs. Comme il n’en est qu’à sa deuxième saison de récolte avec cette technologie, il n’a pas encore pu estimer ses économies en coût d’énergie.
Le producteur souligne par ailleurs que ce virage implique une réflexion globale sur l’ensemble des pratiques agricoles. « Ce n’est pas juste d’avoir une technologie, il faut adapter ses cultures pour mieux gérer les périodes de récolte et la capacité de séchage », précise celui qui prévoit ajouter du canola à sa production de maïs, de blé et de haricots secs.
Parmi les contraintes, il note les aléas de la météo – l’air trop humide ou trop froid limitant l’efficacité du séchage – et des temps de séchage plus longs qui peuvent retarder la mise en marché jusqu’au printemps. Malgré ces défis, Jean-François Ridel reste convaincu que les technologies propres sont la voie de l’avenir, même si « ce n’est pas la voie la plus facile ».
Une suite?
Les PGQ espèrent maintenant pouvoir lancer un second volet à cette étude, axé sur l’accompagnement des producteurs dans leur transition vers des technologies plus vertes. « Pour que les systèmes soient fonctionnels, ça prend de l’ingénierie et quelqu’un qui connaît les différentes technologies pour faciliter leur adoption », souligne Salah Zoghlami.
4 technologies sous la loupe
Dans le cadre de l’étude sur les solutions de rechange aux séchoirs au propane, plusieurs technologies ont été analysées en fonction de leur performance énergétique, de leurs émissions de GES, de leurs frais d’exploitation et de leur adaptabilité aux réalités des producteurs québécois. Voici un aperçu des résultats obtenus pour quatre d’entre elles.
Aération naturelle en silo
Technique permettant de sécher les grains sans apport d’énergie thermique externe, uniquement par ventilation naturelle bien contrôlée. Convient aux producteurs de petite/moyenne taille ayant une flexibilité dans les délais de commercialisation et une capacité de stockage suffisante. Offre la possibilité de devancer légèrement les récoltes.
Avantages
- Aucune émission de GES directe;
- Qualité supérieure du grain séché;
- Rendement légèrement amélioré du grain;
- Faibles frais d’exploitation.
Contraintes
- Temps de séchage très long (de 14 à 90 jours);
- Nécessite une grande capacité de stockage;
- Gestion précise des conditions de séchage requise;
- Performance dépendante des conditions météo.
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Séchoir à biomasse
Système utilisant la biomasse (granules de bois, résidus agricoles) comme source de chaleur.
Avantages
- Émissions de GES quasi nulles;
- Possibilité d’utiliser des résidus agricoles;
- Temps de séchage rapide (de 1 à 4 heures);
- Technologie éprouvée.
Contraintes
- Investissement initial important;
- Complexité d’opération et d’entretien;
- Émissions de contaminants atmosphériques;
- Approvisionnement en biomasse à gérer.
Séchoir à grande capacité à flux continu ou mixte
Système optimisé pour le séchage en continu de grands volumes, avec récupération de chaleur.
Avantages
- Grande capacité de traitement (plus de 10 000 tonnes de grains par an);
- Efficacité énergétique optimisée;
- Temps de séchage rapide (de 1 à 4 heures);
- Rendement énergétique optimisé. Moins de gaspillage thermique grâce à la recirculation de l’air chaud.
Contraintes
- Investissement initial très important;
- Nécessite des volumes importants;
-
Dépendance aux combustibles fossiles (propane ou gaz naturel).
Crib à maïs 3.0
Système de séchage naturel des épis de maïs entiers par convection, avec une conception améliorée protégeant le grain des intempéries. Limite également les pertes causées par les oiseaux et protège la qualité sanitaire des grains. Structure avec grillage à double paroi et système de convoyeurs optimisé pour le remplissage.
Avantages
- Réduction complète des émissions de GES;
- Permet de commencer la récolte à partir de 32 % d’humidité, soit environ deux semaines plus tôt, réduisant ainsi l’impact des conditions météorologiques tardives;
- Réduction de la compaction des sols grâce à l’utilisation de machinerie plus légère et à un nombre réduit de passages aux champs;
- Meilleure implantation des cultures intercalaires, qui peuvent profiter des derniers jours de croissance avant l’hiver pour capter du carbone et améliorer la structure des sols;
- Durabilité accrue de la structure.
Contraintes
- Temps de séchage long (plusieurs mois – récolte en octobre, mise en marché au printemps);
- Impact sur la stratégie de commercialisation;
- Exige une logistique spécifique. La manutention des épis et l’optimisation du remplissage nécessitent des équipements adaptés (convoyeurs spécialisés);
- Besoin d’espace. Installation d’une structure dédiée, qui doit être bien ventilée et résistante aux intempéries.
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Précision
Si plusieurs technologies sont déjà sur le marché, d’autres, comme le crib à maïs 3.0, sont encore à l’étape de prototypes.