Grandes cultures 26 février 2025

L’inflation et les marchés de niche


La forte inflation des dernières années a forcé les consommateurs à revoir leurs achats à l’épicerie, affectant la demande pour les produits de marchés de niche. Voici un tour d’horizon de quelques-uns d’entre eux.

L’avoine de consommation humaine

La demande pour l’avoine de consommation humaine semble avoir bien résisté à la période inflationniste. D’après Virginie Lepage, de la Ferme Olofée, la demande locale pour l’avoine se maintient avec une petite augmentation selon certains secteurs de marché, comme les barres de collation, la farine et les flocons pour le HRI (hôtel, restauration et institution). La menace à moyen terme dans ce marché se situe du côté de l’approvisionnement, car l’avoine est délaissée au champ par les producteurs au profit du soya ou du blé en raison de son plus faible prix. Depuis 2022, la production d’avoine au Québec a chuté d’environ 60 000 tonnes (t) pour se situer à 144 611 t en 2024, selon Statistique Canada. Une partie de cette avoine est destinée au marché de l’alimentation humaine. Mme Lepage fait valoir que l’approvisionnement est présentement satisfaisant, mais l’accès à la matière première afin de fournir une nouvelle ligne de production représente un frein à certains projets d’investissement. « Ce que je dis à mes clients, c’est : “Si tu veux encore de l’avoine dans deux ou trois ans, il faut que tu me donnes un juste prix pour mon flocon pour que je le retourne aux producteurs agricoles” », a témoigné Mme Lepage. Plusieurs actions ont été posées pour tenter de sécuriser une partie de l’approvisionnement, telles que des investissements en recherche et développement pour maximiser l’utilisation de l’avoine.

Virginie Lepage
Samuel Jeanson

L’orge brassicole

Durement frappées par un ralentissement de la demande ainsi que la hausse des taux d’intérêt alors que la plupart d’entre elles sont de jeunes entreprises, les microbrasseries sont passées au travers d’une période difficile. Selon Samuel Jeanson, agent de développement de la filière microbrassicole, le défi était auparavant d’assurer un approvisionnement en orge brassicole aux micromalteries. La filière a travaillé à instaurer un grade microbrassicole, réglant en bonne partie ce problème. Il s’avère cependant que certaines malteries pourraient transformer davantage d’orge brassicole si la demande en malt québécois était plus forte. Or, la production d’orge continue de baisser chaque année, passant de 163 500 t en 2014 à 107 610 t en 2024, selon Statistique Canada, ce qui laisse présumer que le marché fourrager est responsable de cette grande diminution. Le défi est maintenant de convaincre les microbrasseries de s’approvisionner davantage en malts québécois, et le prix est ici le principal élément dissuasif. « On ne se le cachera pas : on a d’importants défis à relever en tant que filière, mais je demeure persuadé qu’on peut y arriver en collaborant avec les microbrasseries, notamment en vulgarisant les fiches techniques des malts québécois, afin de faire reconnaître la qualité des malts produits ici », a déclaré M. Jeanson. De plus, certains mythes sur le malt québécois doivent encore être déboulonnés, tels qu’une saveur s’apparentant à celle de la gomme balloune ou du raisin.

L’huile de caméline

L’inflation a forcé Signé Caméline, une compagnie montérégienne d’huile de caméline, à augmenter ses prix en 2023, ce qui a eu un impact négatif sur ses ventes. Puis, la production s’est accrue, entraînant une baisse des prix au niveau antérieur et une hausse des ventes de 82 % en 2024. Par ailleurs, la bouteille d’huile de caméline de 500 ml est offerte à 10 $ de moins que l’huile d’olive, sa compétitrice directe, en raison d’une flambée des prix. « La clé de notre produit est son unicité et son histoire. Un aliment méconnu dans l’ensemble du monde, comme la caméline, un vieux grain, il y en a très peu. Ça nous donne une opportunité incroyable pour développer le marché », déclare Chantal Van Winden, présidente directrice générale de Signé Caméline. De plus, les clients aiment s’approvisionner directement d’un producteur du Québec, ce qui plaît localement et à l’international. D’ailleurs, le marché est florissant en Asie, en France et aux États-Unis, et ce, pour diverses raisons. L’Asie s’intéresse à l’huile vierge en raison des oméga-3 qu’elle contient, alors que la France recherche plutôt l’huile torréfiée pour son secteur de la haute gastronomie. Le principal défi demeure de valoriser le tourteau. Signé Caméline a investi en recherche et développement afin de trouver des débouchés à son tourteau comme supplément pour chevaux de course au Japon ou comme aliment pour chiens et poules pondeuses.

Chantal Van Winden