Grains 1 mai 2026

Semences enrobées : que nous apprend le sondage?

Pour mesurer les impacts concrets de la nouvelle réglementation sur les semences enrobées de pesticides, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) ont sondé leurs membres en vue de la saison 2026.


La nouvelle réglementation sur les semences enrobées de pesticides (insecticides/fongicides), qui est entrée complètement en vigueur en août 2025, apporte les modifications notables suivantes :

  • Une prescription agronomique pour l’achat et la mise en terre des semences enrobées d’insecticide de classe 3A pour les huit cultures visées, c’est-à-dire l’avoine, le blé, le canola, le maïs sucré, le maïs-grain, le maïs fourrager, l’orge et le soya;
  • Un certificat d’agriculteur des sous-catégories E1, E2 ou E4 obligatoire pour mettre en terre des semences enrobées de tout pesticide (classes 3A et 3B);
  • La tenue d’un registre d’utilisation des pesticides.

Ce sont 103 producteurs qui ont répondu à ce sondage, permettant de relever autant l’état de leur connaissance de la nouvelle réglementation que les contraintes qu’ils ont rencontrées et leur expérience. 

Un premier constat concerne le niveau d’information des producteurs. Bien que 85 % des répondants indiquent être au courant de l’existence des nouvelles exigences réglementaires, 52 % mentionnent ne pas disposer de toute l’information nécessaire pour s’y conformer adéquatement ou n’en avoir qu’une compréhension partielle. Cette réalité est également nommée dans les commentaires, où plusieurs producteurs soulèvent des interrogations quant aux permis requis, à la portée des certificats existants ou à l’interprétation de ­certaines obligations.

Le sondage révèle aussi que le dépistage des insectes et maladies n’est pas systématique dans l’ensemble des fermes. Ainsi, 66 % des producteurs rapportent avoir effectué des dépistages au cours des trois dernières années, et 34 % n’y ont pas encore eu recours. Les commentaires suggèrent que cette situation est parfois liée à un accès limité aux services agronomiques ou à une réticence de certains agronomes à s’engager formellement, notamment en ce qui concerne la signature de prescriptions.

Sur le plan agronomique, 62 % des répondants indiquent avoir déjà observé des infestations d’insectes de sol ou des maladies fongiques affectant les semences ou les racines. Parmi ces producteurs, la majorité rapporte une baisse de rendement, généralement faible, mais 19 % ont rapporté une baisse de rendement entre 20 % et plus de 30 %. Les commentaires soulignent toutefois la difficulté d’attribuer ces pertes uniquement aux traitements de semences, mentionnant l’interaction de multiples facteurs.

En ce qui concerne le conseil et le suivi agronomique, le sondage montre que plusieurs producteurs ont obtenu une prescription pour l’utilisation de semences enrobées en 2026 (43 %), lorsque cela s’appliquait à leur situation. Les agronomes impliqués proviennent de milieux variés : clubs-conseils, entreprises privées de vente d’intrants ou agronomes autonomes. Les commentaires révèlent néanmoins une perception généralisée chez les producteurs de prudence, voire de crainte, de la part de certains agronomes face aux inspections ou aux conséquences réglementaires, ce qui peut limiter l’accès aux prescriptions.

En conclusion, le sondage met en évidence les difficultés d’application de la nouvelle réglementation et la nécessité d’un meilleur accompagnement des producteurs et des agronomes pour en assurer une mise en œuvre cohérente et efficace.