Bovins 4 juillet 2025

Le progrès génétique d’un troupeau, ça se construit!

Quand vient le temps d’optimiser les performances des animaux, plusieurs éléments sont souvent abordés : la nutrition, la santé et les bonnes pratiques de manipulation en sont des exemples. Il s’agit effectivement d’éléments importants qui font partie de l’environnement de l’animal. En revanche, même si on offre l’environnement le plus optimal à nos bovins, ils ne performeront pas aussi bien que les animaux avec un bon potentiel génétique.

Mallorie Trottier-Lavoie

Le potentiel génétique constitue donc, en quelque sorte, la base des performances possibles d’un animal. Il s’agit du potentiel que l’animal possède afin de performer dans un système de production. Ainsi, le progrès génétique permet d’amener le potentiel des bovins vers des objectifs précis afin de maximiser la productivité d’une exploitation agricole.

Pour atteindre un progrès génétique, il faut :

• avoir un objectif clair et précis (ex. : produire des bouvillons avec plus de persillage);

• se fixer un plan de match;

• se munir d’outils et de ressources pour nous aider;

• s’en tenir à notre plan de match d’année en année jusqu’à l’atteinte de notre objectif.

C’est comme si vous aviez l’objectif de construire une étable cet été. Il y a fort à parier que la première chose que vous feriez est de vous asseoir afin de réfléchir à un plan de match pour sa construction. Ensuite, vous aurez besoin de matériaux, d’outils, de main-d’œuvre spécialisée, etc. Lorsque l’été viendra, vous allez ressortir le tout et foncer vers cet objectif jusqu’à la construction complète de cette fameuse étable.

Construire la génétique de son troupeau vers un objectif précis, c’est pareil! Alors ensemble, construisons notre étable, étage par étage, vers notre ­objectif.


4 facteurs à considérer dans le progrès génétique

Quand on construit une étable, on commence par l’étape de la planification. Il en va de même pour le progrès génétique. Le rythme du progrès génétique est influencé par quatre principaux facteurs à considérer dès le départ : l’intensité de sélection, la précision, la variation et l’intervalle de génération.

Gracieuseté de Génética Conseils

Dans le cadre de cet article, chacun de ces facteurs sera un étage de notre étable. Évidemment, une étable à quatre étages, ça ne court pas les rangs en production bovine, mais pour les besoins de l’exemple, faisons une petite entorse à la réalité. Or, avant de commencer, il faut d’abord une fondation solide. Cette fondation, c’est la filière! En effet, il faut d’abord que les éleveurs de race pure produisent des taureaux à bon potentiel, que les producteurs de veaux d’embouche vont acheter, pour produire des veaux qui performent une fois rendus au parc d’engraissement pour devenir de bons bouvillons. Donc, il est assez clair ici que chaque maillon de la filière bœuf a son rôle à jouer dans le progrès génétique global.

L’intensité de sélection

Maintenant que notre fondation est solide, on commence la construction de notre premier étage, soit l’intensité de sélection. En gros, il s’agit de l’intensité que l’on va mettre dans la sélection d’animaux reproducteurs supérieurs génétiquement, c’est-à-dire les parents des veaux qui deviendront des bouvillons. La vitesse du progrès génétique sera plus rapide si vous sélectionnez un taureau qui est dans les tops pour les caractères d’intérêts reliés à votre objectif. 

Bien que l’influence génétique d’un seul taureau dans un troupeau soit de loin supérieure à celle de chacune des femelles, il n’en demeure pas moins que celles-ci ont aussi leur importance. En effet, ce sont elles qui vêlent les veaux et qui les amènent au sevrage. Ainsi, l’intensité de sélection vers des femelles ayant de bonnes qualités maternelles (ex. : bonne précocité, bonne fertilité, vêlage facile, bonne productrice laitière, etc.), sans mettre de côté les caractères d’intérêts reliés à votre objectif, est primordiale pour l’efficacité de votre troupeau.

La précision

Tout ça nous amène à notre deuxième étage, soit la précision. La précision est la force de la relation entre une valeur génétique véritable et la valeur que l’on estime, à partir des ÉPD (écart prévu chez la descendance) par exemple, pour faire la sélection d’animaux reproducteurs. Quand on parle de précision, on touche en fait au concept de répétabilité (ou accuracy en anglais). La répétabilité est le degré de fiabilité des évaluations génétiques (ex. : ÉPD) et elle est influencée par différents facteurs, soit l’héritabilité, la complétude de la généalogie, la quantité de données de performances et l’utilisation de la génomique. Plus la répétabilité est élevée, plus vous serez juste dans votre sélection et plus votre progrès génétique sera rapide.

Chaque maillon de la filière bœuf a son rôle à jouer dans le ­progrès génétique global.­ Photo : PBQ

La variation génétique

La variation génétique sera notre troisième étage. Concrètement, il s’agit des différences qui existent sur le plan du génome des animaux, soit l’ADN. C’est cette différence dans l’ADN propre à chaque individu qui rendra un animal plus performant qu’un autre. Sans un certain niveau de variation génétique, il n’y aurait donc pas de différences entre les animaux et, par conséquent, aucune possibilité de sélection génétique. Bien que la variation génétique d’un caractère n’affecte pas de manière significative la vitesse du progrès génétique, il s’agit tout de même d’un concept important. D’ailleurs, il importe de garder l’œil ouvert en s’assurant de garder un niveau raisonnable de consanguinité dans le troupeau, le tout dans une optique de progrès, d’évolution et de flexibilité.

L’intervalle de génération

Voici maintenant la construction de notre dernier étage : l’intervalle de génération. Il s’agit en fait de l’âge moyen des deux parents à la naissance de leur descendant. Plus l’intervalle est élevé, c’est-à-dire plus les parents sont âgés, plus la vitesse du progrès génétique est ralentie. Comme le bovin est une espèce ayant un cycle de reproduction long, cela fait en sorte que l’on met plus de temps à produire des descendants. La transmission de la génétique prend donc plus de temps, ce qui ultimement ralentit la vitesse du progrès génétique des bovins. En revanche, il existe des technologies intéressantes pour diminuer l’intervalle de génération, comme l’insémination artificielle, l’utilisation de taureau non éprouvé, ou encore les embryons.

Cet article ne fait qu’effleurer les différents facteurs influençant le rythme du progrès génétique. Afin d’avoir des trucs concrets sur comment appliquer ces principes dans votre élevage, consultez la vidéo suivante : cutt.ly/progres-genetique.


Plus on ajoute des données de chacun des secteurs, plus on augmente la vitesse de notre progrès génétique bœuf.

Une affaire de persévérance

Le progrès génétique est un travail qui demande de la constance sur plusieurs générations. En fait, c’est comme lorsque l’on commence à jouer au hockey. Ce n’est malheureusement pas en deux jours que l’on va devenir un pro dans la Ligue nationale. C’est plutôt grâce à des années d’efforts constants qu’on peut atteindre le résultat souhaité. Donc, c’est l’accumulation de chaque entraînement de hockey à travers les années qui permet de devenir un champion. En revenant au progrès génétique, il faut comprendre que chaque fois qu’on effectue une sélection pour améliorer un caractère, on s’appuie sur le progrès réalisé précédemment. Ainsi, si aucun progrès génétique n’est fait dans les générations antérieures, on ne pourra pas, du jour au lendemain, atteindre un progrès génétique substantiel. Morale de l’histoire, n’accrochez pas vos patins après une seule saison d’accouplements et continuez de multiplier vos entraînements de hockey pour ­accumuler le progrès désiré jusqu’à atteindre votre objectif.

Les données… pourquoi on en parle autant? 

Reprenons le parallèle avec la construction de notre étable. Les données sont comme les clous et les vis qui permettent à la structure de chacun des étages de notre étable de tenir ensemble, d’être droite et solide. Sans clous, sans vis, tout ce que l’on va avoir à la fin de l’été, c’est une pile de 2 x 4 par terre. Ainsi, pour atteindre un progrès génétique de manière efficace et rapide, ça nous prend ce qui permet à chaque étage de tenir ensemble, c’est-à-dire les données.

Les données nous offrent une multitude d’informations qui nous permettent de bien sélectionner nos ­animaux en étant en mesure d’apprécier les forces et les faiblesses de ceux-ci de manière fiable et juste. Sans données, on ne peut pas savoir avec quoi on travaille. Ainsi, la prise de données est la clé pour une bonne gestion de troupeau et un progrès génétique efficace.

Bien que l’influence génétique d’un seul taureau dans un troupeau soit de loin supérieure à celle de chacune des femelles, celles-ci ont aussi leur importance. Photo : Gracieuseté des PBQ

On gagne à jouer en équipe

La prise de données va au-delà de l’effort individuel à l’intérieur de son propre troupeau. En effet, il existe une puissance incroyable dans la mise en commun des données d’un secteur à l’autre de la filière. On l’a dit, la filière peut se comparer à la fondation de l’étable. Toutes les décisions prises dans chaque maillon ont un impact sur le produit fini de la filière. Ainsi, le simple fait de mettre en commun les données à l’échelle de la filière permet de :

• préciser les performances des descendants des animaux reproducteurs;

• augmenter la fiabilité et la justesse des ­évaluations génétiques des reproducteurs;

• choisir des reproducteurs de manière plus judicieuse;

• uniformiser les lots de veaux dans les parcs d’engraissement;

• caractériser les croisements de races;

• apprécier les performances de ce que chaque secteur produit, etc.

Plus on ajoute des données de chacun des secteurs, plus on augmente la vitesse de notre progrès génétique à tous les niveaux, et donc, plus on augmente collectivement ­l’efficacité de la filière bovine.