Acériculture 24 janvier 2025

Chaulage en érablière : où, quand, pourquoi ?

Essentiel à la santé de l’érable à sucre, le calcium s’est raréfié dans les sols de plusieurs régions. Par le passé, les pluies acides leur ont fait perdre plus de 50 % de leur réserve de cet élément nutritif. Encore visibles, les effets de ces pluies dans les érablières peuvent toutefois être contrés par le chaulage.

Lorsque l’acidité du sol augmente, on observe inévitablement une réduction de la disponibilité de certains minéraux tels le calcium, le magnésium et le potassium. S’il n’existe pas de traitement miracle, le chaulage peut faire partie de l’éventail de solutions possibles. Il importe cependant d’en évaluer la nécessité et de procéder adéquatement, car on doit toujours viser la vigueur de ses érables actuels et futurs. 

« Les secteurs montagneux sont souvent ceux où l’on retrouve le plus d’érables à sucre. Le sol y est habituellement moins épais, et cette essence d’arbre est plus vulnérable à l’acidité – davantage que l’érable rouge, par exemple. Les zones en montagne sont donc celles qui, en temps normal, ont le plus besoin de chaulage ».

Daniel Gagnon, ingénieur forestier et président de SNG Foresterie-Conseil

Détérioration graduelle des cimes, ralentissement de la croissance d’une majorité d’arbres, raréfaction de la régénération de la forêt et diminution du rendement en sirop constituent des signes d’un problème dans l’érablière. Devant ces constats, il est primordial d’effectuer une bonne analyse. Un portrait complet permet de cibler les anomalies, mais aussi leur origine pour pouvoir apporter le correctif approprié.

Le chaulage permet, dans un délai relativement court, de neutraliser l’acidité qui s’est accumulée dans le sol au fil du temps. Photo : Association forestière du sud du Québec

En quoi consiste le diagnostic en érablière

Il s’agit d’une analyse accompagnée de recommandations destinées à maintenir ou à améliorer une série d’attributs comme la vigueur des érables dominants, l’état de la régénération, la fertilité des sols et les caractéristiques du site. Une fois les recommandations appliquées, l’érablière devrait s’autoréguler et ne pas requérir de nouveaux traitements à court ou moyen terme hors des entretiens périodiques.

Cette évaluation exhaustive est généralement réalisée par un ingénieur forestier spécialisé en acériculture. Il examinera l’environnement en partant de la cime des arbres jusqu’au sol. Ces observations et mesures serviront à caractériser la forêt, mais aussi chacune de ses sections, délimitées selon divers paramètres. Le bon traitement pourra être appliqué au bon endroit, sans gaspiller argent et ressources. 

Les espèces compagnes, un atout

Dans une érablière, il est recommandé de préserver une proportion de la surface terrière qui se situe entre 15 et 20 % d’espèces compagnes (tilleul, bouleau jaune, ostryer, cerisier). Les feuilles de ces espèces sont alcalinisantes, contrairement à celles de l’érable à sucre, qui tombent au sol et sont acidifiantes. La présence en quantité suffisante d’espèces compagnes vient contrer l’effet des feuilles d’érable.

Avec le temps, l’acidification des sols rend les érables moins vigoureux, en plus de laisser peu à peu place à des essences plus tolérantes à l’acidité tel le hêtre à grandes feuilles. Toutefois, pour parvenir à renverser la situation, le simple fait de favoriser les espèces compagnes ne règle pas tout. Le chaulage permet, dans un délai relativement court, de neutraliser l’acidité qui s’est accumulée au fil des ans.     

« La chaux est un produit de base utilisé depuis très longtemps dont on sait qu’il fonctionne; il y a eu de nombreuses études là-dessus avec des résultats probants, tient à souligner l’ingénieur forestier. Le recours au chaulage est assez stable dans le temps. Il n’y a malheureusement pas de hausse de la demande comme je le souhaiterais pour résoudre le problème de l’acidité des sols une fois pour toutes. »

Les érablières situées en zone montagneuse sont celles qui, généralement, ont le plus besoin de chaulage.  Photo : Daniel Gagnon

Une nouvelle avenue prometteuse

Une étude financée par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts dont les résultats ont été publiés l’an dernier a démontré que les matières résiduelles fertilisantes (MRF) pourraient représenter une solution de rechange intéressante à l’emploi d’engrais de synthèse et de chaux. Pour l’essentiel, la MRF utilisée dans le cadre de cette étude se composait de cendres de bois et de lie de liqueur verte (un sous-­produit de la fabrication de pâte kraft).

Comparativement aux matières résiduelles fertilisantes, la chaux est un produit relativement dispendieux en raison de son coût d’extraction et de transport. Les MRF produites qui ne sont pas valorisées doivent quant à elles être acheminées dans un site d’enfouissement. Tant sur le plan économique qu’environnemental, les MRF constituent une avenue à explorer pour améliorer les sols des érablières.

Acide ou basique?

Le pH se mesure sur une échelle de 0 à 14. Une valeur de 7 est considérée comme neutre. En dessous, c’est acide et au-dessus, basique. Dans le sud du Québec, de plus en plus de sols ont un pH inférieur à 4. Concernant l’érable à sucre, on a déterminé que celui-ci appréciait particulièrement les sols dont le pH se situe entre 5 et 7,3.