Éric Méthot, Marilyne Fillion, Jacquelin Fillion, Sylvie Morin, Vanessa Fillion et Jonathan Champagne ainsi que les petits-enfants Alexis, Samuel, Mégan et Mikael tenant des photos des premières générations à la tête de la ferme, Lilianne Létourneau et Bertrand Fillion, puis Adéline et Joseph Fillion. Photo : Gracieuseté famille Fillion
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantSAINT-LUDGER – Perchée dans les montagnes de Saint-Ludger, la Ferme Filiale dégage une chaleur réconfortante. Un cocon que les sœurs Fillion n’ont jamais vraiment quitté.
« Ben voyons donc! » s’exclame Marilyne Fillion en prenant le bouquet de fleurs qu’un livreur lui tend à l’entrée de l’étable. Un cadeau-surprise de son conjoint, Éric Méthot, qui n’aurait pas voulu passer sous silence leur anniversaire de rencontre.
Encore sous le coup de l’émotion, les amoureux prennent la pose pour La Terre de chez nous. C’est ici qu’Éric a fait la rencontre de Marilyne, il y a quinze ans, alors qu’il se promenait de ferme en ferme pour son entreprise familiale de Plessisville, spécialisée dans les fondations en béton. Marilyne et sa sœur, Vanessa, travaillaient alors à la ferme avec leurs parents.
Même si toutes deux avaient étudié en agriculture, elles n’étaient pas encore convaincues, à l’époque, de vouloir prendre la relève, un jour. « On n’était pas sûres de nous. On manquait de confiance », se rappelle Vanessa. « Et puis, on avait des craintes. C’est gros, une ferme, et c’est beaucoup de chapeaux. S’il y a un gros bris, on se demandait ce qu’on allait faire », se remémore Marilyne.
Leur mère les avait d’ailleurs poussées à explorer d’autres avenues. « Je savais qu’elles étaient attachées ici, mais je voulais qu’elles connaissent autre chose », souligne-t-elle.

Depuis, Éric est devenu le maillon qui leur manquait. « Il nous fallait quelqu’un qui a de la drive et moi, j’espérais avoir un chum qui viendrait à la ferme », raconte Marilyne. De son côté, Éric y a trouvé des défis et moins d’enjeux de main-d’œuvre qu’avec l’entreprise de Plessisville. « Les filles aiment la routine. Moi, je suis un casseux de routine. Je me demande toujours comment on peut faire pour améliorer les choses et sauver de l’énergie. Comment on peut faire plus en moins de temps? » illustre-t-il.
On a déjà travaillé ailleurs, dans d’autres fermes, pendant nos études et on n’aimait pas ça. On voulait être chez nous, travailler chez nous et tirer nos vaches.
Carmen
Juste avant de rentrer dans l’étable, on peut apercevoir une photo de Carmen, la vache Holstein facteur rouge qui a fait la renommée de la Ferme Filiale à l’époque de Martial, Sylvie et Jacquelin, l’oncle et les parents de Marilyne et Vanessa, des passionnés de génétique qui couraient les expositions agricoles dans les années 1980 et 1990. « C’est une vache qui n’a jamais été malade. Elle ne faisait jamais de mammite. Jamais de diarrhée. Elle a été enterrée ici avec les chèvres et les minous, après avoir vécu 19 ans », relate Sylvie avec tendresse en désignant son enclos. La bête, que les deux sœurs promenaient « comme un petit chien », a été achetée 10 000 $ en Ontario et a permis la vente de nombreux embryons.

Le transfert de la ferme s’est officialisé il y a quelques mois à peine, après des semaines mouvementées, à la suite de l’accident vasculaire cérébral de Jacquelin. Cet événement l’a laissé muet, mais ne l’empêche pas de passer à la ferme tous les jours pour donner un coup de main. Depuis que les filles ont pris la relève avec Éric, la ferme participe moins aux expositions, qui demandaient beaucoup de temps et de déplacements.
Sylvie et Jacquelin ont cédé leur maison tout près de l’étable à Marilyne et Éric, puis ont déménagé deux kilomètres plus loin. Vanessa, elle, habite l’ancienne maison de son oncle Martial, décédé en 2014, avec son conjoint et leurs deux enfants. Le transfert a beau s’être déroulé dans la bonne entente, l’adaptation à cette nouvelle vie n’a pas été évidente, notamment pour Sylvie. « Ç’a été 45 ans à faire à manger tous les midis pour tout le monde à la ferme et tout d’un coup, ça s’arrête sec », décrit-elle.
Malgré tout, la complicité de la famille est palpable et les rires ne sont jamais bien loin. En regardant ses filles, si soudées, qui n’ont jamais vraiment voulu quitter le nid, elle se demande si elle ne les a pas trop aimées. Les sœurs Fillion sont pourtant fières de leur complicité à toute épreuve. « Vanessa et moi, on ne s’est jamais chicanées. Si on n’avait pas eu de ferme, on s’est toujours dit qu’on aurait travaillé ensemble », note Marilyne.
Équipement utile
En 2023, la Ferme Filiale a automatisé l’alimentation des vaches. « C’est un système qu’on voit plus en Europe, mais qui nous a surtout permis de sauver du temps », explique Éric. Alors que la préparation des mélanges de nourriture pour les vaches selon leur stade (préparation, lactation, taries) prenait environ une demi-journée de travail, il n’en requiert aujourd’hui qu’une quarantaine de minutes chaque jour. « Il nous fallait un système qui pouvait fonctionner avec notre type de bâtiments », ajoute Marilyne. Grâce à ce système, les copropriétaires de la ferme constatent que l’alimentation est plus constante et qu’il y a une bonne économie d’énergie.

Le bon coup de l’entreprise
Marilyne est toujours surprise de la notoriété de la Ferme Filiale, qui rayonne bien au-delà de Saint-Ludger. Une telle réputation a été acquise par ses parents, qui ont misé sur la génétique pour faire croître leur troupeau.
Même si Vanessa, Éric et Marilyne ne mettent plus autant d’énergie dans les expositions, ils accordent toujours autant d’importance à la génétique. « On n’a pas beaucoup de vaches, mais grâce à la génétique, on livre 1,8 kilo par stalle [comparativement à une moyenne de 1,5] », note Marilyne.
Si les copropriétaires n’hésitent pas à vendre une vache moins performante pour améliorer la génétique, leurs animaux vieillissent bien à la ferme. Par exemple, leur vache Spaghetti avait 13 ans lorsqu’elle a remporté le titre de Vache coup de cœur Holstein de Beauce, en 2023.

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Filiale St-Ludger |
| Spécialité : | Vaches laitières |
| Année de fondation : | 1901 |
| Noms des propriétaires : | Marilyne Fillion, Vanessa Fillion et Éric Méthot |
| Nombre de générations : | 4 |
| Superficie en culture : | 700 hectares |
| Cheptel : | 250 têtes dont 113 vaches en lactation |
Avez-vous une famille à suggérer?
[email protected] | 1 877 679-7809
Ce portrait de famille est présenté par
