Ma famille agricole 25 avril 2023

Famille et plaisir depuis six générations

Granby — Lorsque nous approchons des bâtiments de l’Érablière Bernard, à Granby, la rumeur d’une foule enjouée s’ajoute à l’odeur de l’eau d’érable qui boue et chatouille nos narines. L’allure manifestement repus des clients qui sortent de la salle à manger confirme que, malgré son expansion significative depuis 2016, l’Érablière Bernard reste d’abord et avant tout une cabane à sucre.

« Ça me fait plaisir de voir que les efforts qu’on a faits plus jeunes profitent à nos enfants », souligne Réal Bernard, le membre de la 4e génération de Bernard sur la terre. « Nous, on a vécu avec ça, alors eux autres aussi peuvent vivre avec la terre s’ils continuent à travailler comme ils le font », observe l’homme, présent presque chaque jour pendant le temps des sucres.

La journée commence à peine que déjà, la famille et les employés s’activent pour accueillir leurs premiers clients. Il y aura les dîneurs à la salle à manger, mais aussi ceux qui se présenteront à la boutique juste à côté, qui a été mise au goût du jour avec un investissement d’un million de dollars. Ceux-ci achèteront l’un ou l’autre parmi la centaine de mets cuisinés à l’érablière familiale de
5 000 entailles.

En 2020, L’Érablière Bernard fêtait son centenaire en pleine pandémie. Photo : Claude Fortin

Rien que dans le sirop

À travers ce fourmillement, les sœurs Cathy et Sarah Bernard, copropriétaires de l’entreprise depuis 2016, pensent développement. Leur plus récent projet : une fabrique de beignes trempés dans le sirop d’érable, rien que dans le sirop d’érable. « On a commencé les beignes il y a à peine six, sept ans, et on est rendus à multiplier la production par cinq. Au lieu de faire mille douzaines de beignes par semaine, on va en produire cinq mille, et on va les trouver dans
300 points de vente, plutôt que 60 », soutient Cathy Bernard. « Quand on a planifié la beignerie, on a prévu ajouter une seconde ligne de production. On pourra produire 10 000 douzaines par semaine », dit-elle, tout en spécifiant que ce n’est pas pour tout de suite. « On veut commencer par s’installer, bien pénétrer le marché et s’assurer que la logistique fonctionne bien », précise l’entrepreneure aux multiples projets.

On se rend compte que tout ce qu’on a fait depuis la pandémie est en train de faire un effet boule de neige.

Cathy Bernard

La fabrique de beignes, avec les 800 000 $ d’investissement qu’elle a nécessité, n’arrive pas par hasard dans la trajectoire de l’entreprise, dont l’histoire débute en 1920. Le volume d’activité qu’elle devrait générer permettra d’intégrer plus facilement la sixième génération dans l’entreprise. « C’est en démarrage, mais on sait qu’il y a un gros potentiel de développement à long terme », indique Louis-Carl Gagné, le fils de Cathy, qui s’occupera de la beignerie avec son frère Alexis. « C’est inspirant. Ça montre qu’il y a un futur dans tout ça », dit-il.

Juste à côté, son grand-père Réal Bernard répare une pièce de la bouilloire. 

« C’est sûr que des fois, on chiale un peu, on n’a pas toujours les mêmes idées », reconnaît Réal Bernard. « Ça reste que c’est toujours ton bien qui est là et que tu partages, et ce n’est pas toujours facile de partager », dit-il.

Sa fille Cathy admet que la gestion multigénérationnelle de l’érablière pose quelques défis. « La communication entre nous est plus directe, moins délicate que si nous étions avec des étrangers, raconte-t-elle. Est-ce que le résultat est négatif? Non. Il est juste différent. »  

Le bon coup de l’entreprise

« Notre bon coup, c’est d’avoir développé notre ligne de mets cuisinés », soutient Cathy Bernard, sans la moindre hésitation. « Ça nous a d’abord permis de sécuriser notre personnel », explique l’entrepreneure qui compte sur une vingtaine d’employés à temps complet, à longueur d’année. « Les mets préparés génèrent de l’achalandage, ajoute Cathy Bernard. Quand on arrive dans la période des sucres et celle des fêtes, qui sont des moments forts pour nous, nos clients pensent à nous tout de suite, parce qu’ils consomment nos produits à l’année, et quand on arrive avec de nouveaux produits ou projets, ils nous suivent », dit-elle. Peut-être plus important encore pour l’entreprise familiale : l’augmentation du volume d’affaires permet d’intégrer la sixième génération, qui met déjà « les mains à la pâte » avec, notamment, l’ouverture imminente de la nouvelle fabrique de beignes. « La beauté de la chose, c’est qu’ils possèdent tous des forces complémentaires, comme moi et Sarah », souligne Cathy. 

Cathy Bernard, dans la cuisine d’antan, aménagée en même temps que la salle à manger adjacente à la boutique. Photo : Claude Fortin

3 conseils pour… réussir en affaires

Suivre son intuition

« Mon premier conseil serait de dire aux gens de suivre leur intuition », lance Cathy Bernard. « Nous possédons tous une petite voix qui nous parle, à l’intérieur de nous. Il faut l’écouter, cette petite voix-là, parce qu’elle porte un sentiment. Il y a quelque chose de vrai dans ce qu’elle nous dit », insiste celle qui dit s’être frottée à bien des oppositions lorsque l’idée de se lancer dans les mets cuisinés lui est venue à l’esprit. « On a fait face à plein d’objections, Sarah et moi, mais ma petite voix me disait de foncer, parce que ça avait du sens pour l’entreprise, parce que ça consoliderait nos bases », dit-elle, convaincue.

Ne pas avoir peur de commettre des erreurs

« C’est le deuxième conseil que je veux donner », poursuit l’entrepreneure. « On a parfois tellement peur du regard des autres, on se demande ce que nos clients et nos associés vont penser. Ça nous bloque », observe la femme d’affaires, qui recommande de ne pas se laisser paralyser par la peur. « Je me dis que si je fais une erreur, ce sera juste un apprentissage qui va me rendre meilleure et me permettre d’en éviter un paquet d’autres. »

Savoir s’entourer

Construire une entreprise comme l’Érablière Bernard ne se fait évidemment pas seul. Savoir s’entourer représente le troisième conseil que souhaite partager Cathy Bernard. « J’ai eu la chance de gravir les échelons dans des entreprises d’envergure, et ce que j’ai retenu de tout ça, c’est qu’il faut une équipe autour de nous pour avancer », dit-elle. « Il ne faut pas hésiter à s’entourer de gens meilleurs que nous, poursuit l’entrepreneure. Ce sont eux qui nous font grandir, qui nous amènent ailleurs. Il faut les écouter. »

La fabrique de beignes permettra de faire passer la production de 1 000 douzaines par semaine à 5 000 par semaine. Photo : Claude Fortin
Fiche technique 🍁
Nom de la ferme :

Érablière Bernard

Spécialité :

Produits de l’érable, mets cuisinés et beignes à l’érable

Année de fondation :

1920 (2020 pour le statut légal actuel)

Noms des propriétaires :

Cathy Bernard, présidente et 1re actionnaire Sarah Bernard, vice-présidente et 2e actionnaire

Nombre de générations :

6

Superficie en culture :

5 000 (700 à 900 gallons par année)


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